Venezuela : la légitimité l’emporte sur la légalité !

Publié par le 5 Jan, 2026 dans Blog | 0 commentaire

Venezuela : la légitimité l’emporte sur la légalité !

Cette photo de Nicolas Maduro, diffusée par Donald Trump, lui-même, a fait le tour du monde en relançant le débat millénaire entre légalité et légitimité.

En l’occurence, elle relance le débat entre le respect du droit international et donc l’interdiction d’enlever un chef d’Etat d’un pays étranger et la morale et le bon sens qui justifient que l’on stoppe un dictateur qui a ruiné son pays et fait émigrer 25 % de sa population.

En France, mis à part Jean-Luc Mélenchon, l’amoureux aveugle des régimes dictatoriaux de Hugo Chavez et de Nicolas Maduro, et de l’illuminé Dominique de Villepin, la classe politique a approuvé, souvent sans nuances, l’arrestation de Nicolas Maduro.

Mais, il y a le revers de la médaille qui fait que ce coup d’éclat américain pourrait donner des idées à la Chine à propos de Taïwan, et des arguments à Vladimir Pourine pour justifier son entrée en Ukraine …

C’est l’objet du brillant édito de Nicolas Baverez publié ce matin dans Le Figaro :

« 2026, l’an I du nouvel âge des empires »

Par-delà la nature dictatoriale et criminelle du régime vénézuélien, l’intervention des États-Unis acte leur rupture avec le droit international et valide les revendications de Moscou sur l’Ukraine et de Pékin sur Taïwan. L’année 2026 inaugure une nouvelle ère dominée par les prédateurs.

Toutes les générations, sous le choc des événements, ont l’impression de vivre une période historique sans précédent. Le plus souvent, elles se trompent car la stabilité des structures du système géopolitique et économique prend le pas sur les changements ressentis. Parfois cependant, l’histoire bascule, comme ce fut le cas en 1914, en 1917, en 1945 ou en 1989. Il ne fait pas de doute que 2025 restera comme l’un de ces nœuds de l’histoire, marquant la fin du cycle de la mondialisation et l’émergence d’un nouvel âge des empires. En 2026, nous entrons dans cette nouvelle ère, dominée par les prédateurs, où les rapports de puissance se substituent à l’ordre mondial et où la force prime le droit.

Dès lors s’imposent les trois questions qu’Emmanuel Kant, à la fin du XVIIIe siècle, confronté à la déstabilisation des monarchies d’Ancien Régime, mettait au cœur de sa Critique de la raison pure.

Que puis-je connaître ?
Que dois-je faire ?
Que m’est-il permis d’espérer ?

Que puis-je connaître ?

Les quatre ruptures fondamentales qui dessinent le nouveau monde du XXIe siècle.

1 – L’avènement d’un nouvel âge des empires tout d’abord, qui s’accompagne de l’effondrement de l’ordre mondial de 1945 au profit de la constitution de zones d’influence et d’un recul de la démocratie sans précédent depuis les années 1930. Le second mandat de Donald Trump a joué un rôle décisif en ralliant les États-Unis aux valeurs et aux objectifs des empires autoritaires. Avec pour dernier avatar les frappes sur le Venezuela et la capture du président Maduro, qui matérialisent la nouvelle stratégie de sécurité des États-Unis, affirmant, dans la ligne de la doctrine de Monroe, la mainmise politique, économique et militaire de Washington sur les Amériques. Par-delà la nature dictatoriale et criminelle du régime chaviste, la rupture assumée des États-Unis avec le droit international et le respect de la souveraineté des nations valide les revendications de Moscou sur l’Ukraine et de Pékin sur Taïwan. La Chine s’est immédiatement engouffrée dans la brèche ouverte par Donald Trump pour s’imposer comme l’égal des États-Unis, en sortant vainqueur de la guerre commerciale qui lui était imposée, en resserrant la pression sur Taïwan dans la perspective des élections présidentielles de 2028, en confortant son quasi-monopole dans la plupart des industries stratégiques. La Russie poursuit méthodiquement la reconstitution de l’empire soviétique au prix de son suicide démographique, économique ainsi que de sa vassalisation par la Chine. L’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Indonésie, le Nigeria, l’Afrique du Sud, portées par leur volonté de revanche sur les anciennes puissances coloniales, assument leurs ambitions de puissance.

2 – La libération de la violence ensuite, marquée non seulement par le retour de la guerre mais par l’ensauvagement des sociétés et du monde, en rupture avec le long mouvement d’endiguement de la barbarie entrepris depuis la fin des guerres de Religion en Europe. Le temps des empires s’accompagne logiquement de la multiplication des conflits armés qui n’ont jamais été aussi nombreux depuis 1945, favorisés par le ralliement des États-Unis au culte de la force. La violence ne se contente pas de monter en intensité mais change de nature. Elle n’est plus le monopole des États mais aussi le fait de milices, de groupes terroristes et d’organisations criminelles.

3 – La fragmentation de l’espace économique mondial avec la généralisation du protectionnisme et la résurgence d’un capitalisme de prédation, émancipé de l’État de droit, en lien direct avec les autocrates. Les États-Unis en sont le laboratoire avec l’alliance de Donald Trump avec l’oligopole de la Big Tech.

4 – L’accélération de la révolution de l’IA enfin, qui irrigue désormais l’ensemble des activités économiques, particulièrement les services, tout en générant une énorme bulle spéculative sur les marchés d’action qui ne peut manquer d’éclater.

Que dois-je faire ?

Chateaubriand rappelait qu’

il n’est pas nécessaire d’aimer le monde qui vient pour le voir venir.

L’âge des empires est volatil, dangereux et dévastateur pour la liberté. Sa résurgence souligne l’inconséquence et la démesure des démocraties qui, en 1989, ont dilapidé les chances de la paix et de la construction d’une mondialisation stable, juste et régulée. L’heure n’est cependant plus aux regrets mais à l’adaptation la plus rapide possible à une nouvelle donne dont la seule loi est la force. La situation est asymétrique entre les empires, qui rivalisent pour étendre leurs zones d’influence, comme le montrent :

  • les États-Unis avec l’Amérique latine ou le Groenland,
  • la Chine avec Taïwan,
  • la Russie avec l’Ukraine, les États baltes et l’Europe orientale,
  • l’Iran avec le Moyen-Orient,
  • la Turquie avec la Méditerranée et l’Asie centrale,

et les nations qui luttent pour leur souveraineté et leur liberté.

L’Europe, pour avoir succombé aux illusions de la fin de l’histoire après l’effondrement de l’Union soviétique, est le continent le plus vulnérable. L’Union européenne et ses nations ont pour alternative la vassalisation ou bien la reconquête de la puissance et de la souveraineté. Autour de trois priorités :

  • la compétitivité et la sécurité économiques ;
  • un réarmement massif dirigé par un directoire des grands États du continent afin d’établir une capacité de dissuasion autonome de la Russie ;
  • le soutien militaire et financier de l’Ukraine, en première ligne face à l’impérialisme russe.

Que m’est-il permis d’espérer ?

L’espérance est le meilleur allié de la liberté et l’antidote le plus efficace à la loi d’airain des empires, dont le principe réside dans l’union du mensonge et de la terreur. Dans un monde dominé par les tyrans et les brutes, la tentation est forte de céder au désespoir et de renoncer. Ce serait une dramatique erreur. Car les empires autoritaires ne sont forts que des faiblesses des démocraties. Et celles-ci n’auront définitivement perdu que lorsque le dernier homme aura renoncé à lutter pour sa liberté. Or tel est loin d’être le cas, comme on le constate du Venezuela à Taïwan en passant par l’Ukraine ou l’Iran.

La violence n’engendre que la violence. Ne renonçons pas à la vocation commune de l’humanité et à la défense de droits universels des hommes. Entretenons l’espoir, avec les pays du Sud, d’un système multilatéral sans les États-Unis. Sans céder à l’illusion d’un retour à l’Amérique de 1945 et tout en actant le caractère largement irréversible du tournant illibéral des États-Unis, surveillons les élections de mi-mandat et misons sur la remise en marche progressive de certains contre-pouvoirs. Libérons surtout les atouts considérables de l’Europe et confortons son unité en jouant à fond sa chance historique de devenir le cœur de la liberté au XXIe siècle.

Et pour nous, Français :

oublions résolument Emmanuel Macron, son déni des réalités, ses échecs en chaîne et son impuissance.

Actons la fin de vie du macronisme et faisons de 2026 une année utile en répondant aux deux questions fondamentales qui se présentent à nous lors du cycle électoral qui s’étendra des élections municipales jusqu’aux présidentielles et aux législatives de l’an prochain.

  • Acceptons-nous le choix de la classe politique de remettre le destin du pays entre les mains du FMI, de la BCE et de nos partenaires européens en continuant à programmer l’étranglement financier de notre pays ?
  • Nous résignons-nous à la victoire annoncée de l’extrême droite ou nous mobilisons-nous pour faire émerger une alternative républicaine crédible, ce qui suppose certes un candidat mais surtout un projet crédible de reconstruction de la France et une stratégie pour rassembler les Français autour de lui ?

Nicolas Baverez pour Le Figaro.

Merci de tweeter cet article :





Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *