Pourquoi Mélenchon soutient le régime des mollahs

Publié par le 23 Mar, 2026 dans Blog | 0 commentaire

Pourquoi Mélenchon soutient le régime des mollahs

Les résultats des élections municipales viennent de le montrer de façon éclatante : la France Insoumise ne peut gagner que dans les territoires où la démographie a débouché sur une population d’origine immigrée majoritaire. A l’image de Saint-Denis et de Roubaix !

Les vrais démocrates se satisferont de constater que les électeurs ont sanctionné, dans les urnes, les alliances entre les socialistes et la France Insoumise.

Les victoires des socialistes Emmanuel Grégoire à Paris et Benoît Payan à Marseille, tous deux ayant refusé des alliances avec LFI, mettent en défaut la théorie de Jean-Luc Mélenchon qui prétendait que les socialistes ne pouvaient gagner sans lui.

Les outrances des responsables de LFI, notamment leurs propos clairement antisémites, ont, semble t-il, effrayé l’électorat de centre gauche.

Pour convaincre les derniers hésitants qui votent encore Jean-Luc Mélenchon, je relaye aujourd’hui, cette tribune de l’écrivain Kamel Daoud dans Le Point, qui tente de décrypter le soutien que Jean-Luc Mélenchon apporte au régime des mollahs iraniens :

Monologue du politique français pro-mollah

Ecoutons le leader d’un courtage communautaire pour devenir un chef de la contrition en France :

Pourquoi je suis pour les mollahs et contre les attaques américaines en Iran, alors que je vis en France, dans un pays libre, laïc, démocratique – jusqu’à pouvoir gifler un président sans être dissous dans l’acide par ses polices secrètes ?

Parce que c’est compliqué quand on gagne sa vie à faire le commerce de fruits exotiques. Si je soutiens les mollahs contre les Iraniens qui meurent, se relèvent, continuent de protester contre leur dictature, c’est parce qu’il y a un lien entre ma carrière politique, ici en France, et le mollah.

Lequel, à 4 200 kilomètres ? L’Histoire !

En effet, le mollah, c’est l’islamiste. C’est-à-dire le musulman. C’est faux, n’est-ce pas, d’après ce que l’on dit ? Mais ce n’est pas une raison pour que cela ne soit pas vrai. Il suffit de le faire croire. C’est mon métier. Je le leur répète, à mes électeurs en France.

Car si je soutiens les frappes de Trump, c’est que je suis pro-américain, pro-israélien et pro-juif, sinon un juif. Le mollah étant musulman, le condamner, c’est condamner mes musulmans. En quoi cela me concerne-t-il, moi, dans mon Paris qui confond keffieh et révolution ? Le musulman est mon électeur en France. Ma seule armée de défavorisés, d’exclus, de gens qui n’ont pas où aller, ni vers où revenir – sauf le passé. Alors moi, je les aide, à vivre dans leur passé.

Défendre le mollah, c’est défendre les musulmans et se faire aider par les islamistes pour gagner en France. C’est mon « peuple de service », mes fruits exotiques. Quand on ne sait pas faire grand chose de ses mains, il faut suivre son flair, et le mien me mène à ça : fouiller dans les greniers de l’histoire du pays, trouver des traces, des gens pas heureux et les faire travailler pour moi, en travaillant leurs imaginaires. Voyez-vous, c’est un peu comme diriger une plantation :

j’utilise la main-d’œuvre communautaire du pays pour faire pousser mes récoltes électorales.

Mais cette fois, la main-d’œuvre y croit. Je ne donne plus le fouet ni la loi, je donne des histoires à mon « boy »: je cultive ses croyances, son Allah intime, son Gaza imaginaire, ses dettes envers ses ancêtres. Je suis malin, car c’est ce que les colons n’ont pas compris: les gens travaillent gratuitement quand vous leur faites croire qu’ils travaillent pour un paradis.

Je ne prends pas aux gens leur salaire, mais leurs espoirs. Je ne leur promets pas un avenir, je leur raconte leur passé, là où ils se sentent le mieux, là où ils sont fiers alors qu’ils n’y sont pas nés. Je leur raconte que c’est leur chance qui arrive, avec moi, alors que ce n’est que la mienne. Je leur dis que je suis algérien, marocain ou tunisien, ou arabe, malgache, et ils sont heureux. Peau blanche, masque noir. Voilà ce que personne n’a saisi avant moi. Expliquer qu’un plus un est égal à deux, ça fatigue. Ça condamne le monde à la raison, au travail. Mais soutenir, contre tous, qu’un plus un est égal à dix, cela fait rêver, absout, autorise à attendre la révolution et le chaos pour s’enrichir, à se rêver comme justicier. Rêver de renverser l’ordre et la comptabilité, cela permet de croire n’importe quoi.

Donc oui, je soutiens les mollahs alors que je vis en France et que les mollahs tuent. Et les Iraniens qui meurent, diriez-vous ? Je vous réponds, puisqu’on est entre nous: ce n’est pas ma guerre. Il ne suffit pas de mourir pour m’intéresser. Et si on m’interroge sur Gaza ? Alors là je suis franc : la Palestine, c’est le pays rêvé de ma clientèle en France. C’est un peu l’histoire du pays volé, des colons qui arrivent, des terres qu’on se refile par l’usage de la guerre, des musulmans qui perdent et qui rêvent de gagner. Je m’adapte à la clientèle. Les plantations idéologiques, il faut y ajouter du rêve, du passé splendide, de l’avenir.

C’est ce que vous ne comprenez pas: je ne peux pas lâcher les mollahs en Iran. C’est mon travail. ma fortune, ma clientèle qui sont en jeu en France. Vous voyez ? Je ne peux pas dire qu’Alger est une dictature, par exemple. Et je ne peux pas m’occuper de la Somalie ou de Kaboul, car c’est mauvais pour garder ma clientèle. C’est lié. Chez moi, l’exotique et le politique, c’est la même chose. C’est du fruit tropical.

Et si j’écris dans un journal en France qu’Alger emprisonne, c’est médire de mes « victimes favorites ». Alors je me tais, je n’écris rien, je regarde ailleurs. Et ensuite, je suis malin, j’ai beaucoup réfléchi: on ne peut plus faire travailler ces gens pour sa canne à sucre, ses safaris ou ses fermes.

Alors moi, je les fais travailler pour mes urnes, ma carrière, mon parti.

Kamel Daoud pour Le Point.

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