La fin du féminisme à visage humain

Publié par le 30 Juil, 2020 dans Blog | 9 commentaires

La fin du féminisme à visage humain

Gisèle Halimi vient de nous quitter …

Pourfendant régulièrement dans ces colonnes le mouvement féministe actuel, je n’en suis que plus à l’aise, et peut-être plus légitime, pour consacrer un article à une figure du féminisme des années 70-80.

La juxtaposition de la photo de Gisèle Halimi à quatre des féministes les plus en vue  aujourd’hui – Alice Coffin, Caroline de Haas, Caroline Fourest et Marlène Schappa – montre combien le visage du féminisme a changé.

Dans quel visage se lit le plus de féminité et plus généralement d’humanité ?

Même si j’avais beaucoup de divergence avec cette femme, j’ai toujours ressenti du respect et de l’admiration pour cette femme de conviction.

J’ai retrouvé une déclaration de Gisèle Halimi à laquelle j’adhère totalement :

Nous n’avons jamais voulu bouter l’homme hors de sa place. Notre revendication, c’est simplement d’être comme lui, à ses côtés, avec les mêmes droits. Un homme n’est véritablement libre que si, à ses côtés, il a une femme libre.
Gisèle Halimi.

Je laisse néanmoins à Nicolas Gauthier le soin de rendre hommage à la grande avocate dans un article paru sur Boulevard Voltaire :

La fin de Gisèle Halimi et, avec elle,
celle du féminisme à visage humain ?

Nicolas Gauthier

À 93 printemps, , avocat féministe, a tiré son ultime révérence, ce 28 juillet dernier. L’occasion de faire le point sur ce que le féminisme de combat fut et ce qu’il est devenu. Car à l’époque, le « féminisme » est plus un apostolat qu’une rente de situation. Née d’une mère séfarade et d’un père berbère, la jeune Gisèle apprend tôt ce que l’émancipation féminine peut signifier à l’époque, surtout en Tunisie. Elle fait une grève de la faim pour ne plus avoir à ranger la chambre de ses frères qui, éternels cancres, ne sont pas exactement des bêtes de concours universitaires.

Pourtant, elle obtient le droit de lire, alors que ses parents ne lui parlent que de trousseau pour fille à marier à un possible barbon, avant de prêter serment au barreau de Tunis, sous les yeux éblouis de son père, finalement fier de ses incartades. Voilà qui peut former une femme.

Dans la foulée, Gisèle Halimi se lie d’amitié avec Habib Bourguiba, leader d’une Tunisie libre en devenir. Elle se veut l’avocat des peuples dominés contre les peuples dominants. On peut le comprendre ; c’est l’époque qui veut ça. D’une indépendance l’autre, elle défend celle du voisin algérien, quitte à rencontrer deux généraux. Massu durant la bataille d’Alger en pleine polémique sur la torture, ce dernier lui assurant : « Croyez-moi, pour avoir des renseignements, c’est efficace », tel que relaté à l’occasion de ce dernier entretien, accordé par la défunte, au Monde, le 22 septembre 2019.

Puis de Gaulle qui, toujours selon la même source, l’écoutant plaider la grâce de condamnés à mort du FLN, hésite entre « madame » et « mademoiselle » avant de se rendre compte que, l’ayant « froissée », s’adresse à elle en ces termes : « Veuillez entrer, je vous prie, Maître. Asseyez-vous je vous prie, Maître. Je vous écoute, Maître. » Dans les deux cas de figure, elle écoute, décrit, sans forcément condamner, se contentant d’évoquer l’esprit de l’époque.

Bref, ce féminisme n’a que peu à voir avec son actuel homologue. Gisèle Halimi veut l’indépendance tunisienne ? Elle l’a. Elle se bat pour celle de l’Algérie ? Elle l’obtient. Elle milite pour que le viol soit qualifié de « crime » et non comme simple « délit » ? Le droit français lui donne heureusement raison. Il faut dépénaliser l’avortement ? Elle finit par faire entendre sa cause et gagne sur toute la ligne.

Soit toute la différence entre revendications, alors limitées, et tocades, aujourd’hui illimitées.

Ou de l’art de savoir s’arrêter. La perfection n’est pas de ce monde : saint Ignace de Loyola le savait plus que personnee, persuadé que l’imitation du Christ était plus objectif mystique à souhaiter que but tangible à atteindre. Dans le même registre, Gisèle Halimi demeurait aussi dans la sphère du possible.

Voilà peut-être pourquoi les hommages qui lui sont aujourd’hui rendus sont si tièdes, au-delà des minauderies de circonstance. Ainsi, ayant estimé avoir gagné la bataille du féminisme, elle participa, en 1999, à une guerre autrement plus rude, ne bénéficiant pas là du soutien de ses habituel goumiers médiatiques, en prenant fait et cause pour la création d’un État palestinien digne de ce nom, tout en présidant à la création du premier mouvement antimondialiste un tant soit peu sérieux, ATTAC, avant que ce dernier ne se dilue en une sorte de brouet écolo-sociétal, avant de manifester son opposition à la guerre menée par l’Europe et l’OTAN contre la Serbie, en 1998.

En un mot comme en mille, cette femme fut aussi, et ce, à sa façon, une grande dame. Après, on a toujours le droit de préférer Alice Coffin à Gisèle Halimi, et Bécassine à Antigone.

Nicolas Gauthier pour Boulevard Voltaire.

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9 Réponses à “La fin du féminisme à visage humain”

  1. Christian 54 dit:

    Le parallèle ente À. Coffin et Bécassine m’a rappelé que le nom de cette dernière, souvent ignoré est Anaïk Lebornez.

  2. une certitude elles ne feront certainement pas l’objet d’un recrutement pour un défilé de mode, aucune féminité,
    aucun charme, il est vrai on ne se fait pas soi-même mais quelques artifices, maquillage coiffure habillement peuvent remédier à cette carence
    Peut être dans un film de Shrek mais cela donnerait des cauchemars à tous les spectateurs

    • Même si j’aimais beaucoup Gisèle Halimi, et que je n’ai pas vraiment d’atomes crochus avec les 4 en photo, vous les ramener encore et toujours au statut de femme objet, belle, maquillée, féminine, etc..

    • Allez sur le lot des 4 en photos, on doit bien pouvoir sauver la Schiappa. Une femme qui a écrit (sous pseudo) des romans érotiques dont je tairais ici le titre ne peut être un véritable ennemi du sexe masculin. Et puis elle prend un mauvais pli à défendre la présomption d’innocence de Darmanin. Par les temps qui courent elle va vite se retrouver cataloguée facho.

      Quant à C.Fourest, il m’a semblé qu’elle avait eu un éclair de lucidité quant à « l’autre » ennemi. Mais tant qu’elle continuera dur le registre « ne pas faire ne jeu du RN » ça ne servira strictement à rien.

      Pour les autres elles sont définitivement à classer dans le camp des sectaires avec qui aucune discussion sensée ne sera possible.

  3. Le feminisme est remplacé par des personnes radicalisées, voire extremistes.

  4. jacques boudet dit:

    Mais elles approuvent la burqa!
    Vu et vécu en Arabie Saoudite: les mâles dans la cabine climatisée, dans la benne du pick-entre dromadaire moutons et chiens à leurs juste place!

  5. Annette Mateu Casado dit:

    Quelle est la source de la citation de Gisèle Halimi, avec la quelle je suis pleinement d’accord aussi ?

    « Nous n’avons jamais voulu bouter l’homme hors de sa place. Notre revendication, c’est simplement d’être comme lui, à ses côtés, avec les mêmes droits. Un homme n’est véritablement libre que si, à ses côtés, il a une femme libre.
    Gisèle Halimi. »

    J’aimerais la publier. Merci.
    Cordialement.

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