La guerre idéologique n’a jamais été aussi violente (1/2)

Publié par le 2 Oct, 2021 dans Blog | 2 commentaires

La guerre idéologique n’a jamais été aussi violente (1/2)

Personne, je l’espère, n’a oublié
le nom de Georges Bensoussan !

L’historien Georges Bensoussan fut l’auteur, avec Emmanuel Brenner, du fameux ouvrage :

Les territoires perdus de la République.

Un ouvrage majeur précurseur dans la prise de conscience des dangers d’une immigration incontrôlée.

A la suite de ce livre et de quelques déclarations, notamment sur France Culture, Georges Bensoussan a été trainé devant les tribunaux par des associations dans une procédure de plus de quatre ans, au terme de laquelle il fut relaxé.

L’historien vient de publier un nouveau livre : l’exil français, dans laquelle il raconte son « épopée » judiciaire. Il en tire des conclusions sur l’Etat de la France et sur l’intolérance qui caractérise la gauche française et dont il a été victime. Il se considère comme l’une des premières victimes de l’arrivée en France de la « cancel culture » et du mouvement « woke ».

Eric Zemmour se réfère souvent aux Territoires perdus de la République qui est vraiment un ouvrage fondateur.

Je relaye aujourd’hui une longue interview de Georges Bensoussan parue dans la rubrique L’Incorrect de Valeurs actuelles.

Je publie cette interview en deux articles successifs compte tenu de sa longueur. Mais je vous en recommande la lecture. Vous y reconnaitrez beaucoup des thèses d’Eric Zemmour mais dans un style moins abrupt, moins provocateur, mais tout aussi percutant. Il décrit parfaitement la faille qui se creuse entre les élites et le peuple, et prend comme exemple le mépris qu’avait essuyé le mouvement des Gilets jaunes.

« La guerre idéologique n’a jamais été aussi violente »

Première partie

L’historien Georges Bensoussan analyse les années de procès qu’il a subies et décrypte comment elles ont été le reflet d’un mal français. Entretien.

Son crime ? Avoir dénoncé, en 2015, dans une émission de France Culture, l’anti-sémitisme arabo-musulman. Pour avoir, une nouvelle fois, dénoncé une vérité déplaisante, le lanceur d’alerte et historien Georges Bensoussan fut conspué et traduit en justice pour racisme. Une expérience douloureuse dont il s’est saisi pour analyser la crise qui, en profondeur, se dessine derrière son procès dans Un exil français. Un livre édifiant à la conclusion poétique et saisissante.

Votre ouvrage relate toutes les étapes du procès qui vous fut intenté en 2017, après des propos tenus en 2015, les quatre années de procédure et votre relaxe définitive. Qu’est-ce qui motive ce besoin de raconter cet épisode de votre vie ?

Ce procès a été le miroir d’un certain nombre de crises, à commencer par le déploiement de tels moyens pour une affaire secondaire sur le fond (mais apparemment capitale sur le plan symbolique) alors que la justice manque de tout. Miroir du déni de réalité comme le rappelle cet adage du Talmud: « Malheur aux hommes qui voient et ne savent pas ce qu’ils voient. [1] » Crise des associations de défense des droits de l’homme, qui rejoignent le CCIF sur le banc des parties civiles. Un CCIF dissous après l’assassinat de Samuel Paty et qui ne dépose son « signalement » que cinq mois après les faits alors qu’on pensait l’affaire close. Enfin, un parquet qui y donne suite et fait même appel de la première relaxe.

Ce procès met aussi en lumière les clivages au sein de la société juive de France. Si l’immense majorité du monde juif m’a manifesté une solidarité sans failles, une mince partie des élites juives, passablement déconnectée des réalités sociales du pays, a pris peur et s’est « séparée de moi« . Ni mise à pied ni licenciement, plus simplement non-reconduction d’un contrat qui venait à échéance. Partant, elle semblait donner raison à ceux à qui m’accusaient de racisme comme le notait récemment et non sans malice le journaliste Dominique Vidal [2] : « Le Mémorial a, lui, décidé de se passer des services de Georges Bensoussan. » Une phrase qui sonne comme la confirmation du bien-fondé des accusations de racisme.

Il reste de ces années un irréparable déni de justice. Vainqueur au terme de l’épreuve judiciaire, vous serez néanmoins considéré avec suspicion et dans les milieux de la posture du Bien, on vous décrétera clivant, ce mot qui à lui seul vaut dissuasion à vous inviter et à vous lire. Il reste aussi le souvenir de la rage épuratrice de ces délateurs passionnés, « progressistes » à l’évidence, que René Char nommait en 1962 des « pétainistes invertis ». Ces sectateurs du gauchisme culturel ont définitivement oublié le mot de Rosa Luxemburg selon laquelle « la liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement ». Enfin, comme partout, l’épisode : révélé le courage de quelques-uns et plus souvent l’opportunisme, le silence honteux ou la franche lâcheté de beaucoup d’autres.

À l’origine de votre procès, une « passion épuratrice » de la part de vos délateurs. De quoi s’agit-il ? D’où provient-elle ?

La « cancel culture », qui gagne une partie des élites françaises, qui fait un procès rétrospectif à l’histoire, qui déboulonne des statues de Colbert pour cause de Code noir, qui refuse de laisser figurer le nom de Maurras dans la liste des commémorations en confondant au passage commémoration et célébration. Bref, qui substitue le procureur à l’historien et remet au goût du jour ce qu’on disait jadis en URSS, à savoir qu’« on ne savait pas de quoi hier serait fait ».

Cette passion épuratrice trouve en partie son origine dans la « basse intelligentsia », ces diplômés de l’université que la société a fabriqués par millions, qui vivent une situation de déclassement social génératrice de ressentiment. Si puissant parfois qu’il rejaillit en violence destructrice et dénonciatrice contre la société entière. La Révolution française, en particulier au cours de la Terreur (1793-1794), n’a pas été avare de ces profils, avocats médiocres et demi-lettrés qui nourrissent un ressentiment global contre une société jugée ingrate leur égard, une amertume muée bientôt en radicalité politique. Jean-Paul Marat, mi-médecin, mi-journaliste, directeur de l’Ami du peuple en était l’archétype. L’accent est insuffisamment mis sur cette partie de la société qui gronde d’amertume et dont la violence s’exprime entre autres dans la « cancel culture » et la « Woke culture ».

Comment expliquer que tous vos détracteurs viennent principalement de la gauche ?

La gauche a dominé la scène intellectuelle depuis 1945. Comme beaucoup d’autres, cette « basse intelligentsia » (au sens du « bas clergé » de 1789) est marquée par cette matrice, a fortiori dans les études de sciences humaines, de littérature et de philosophie. Le déclassement (par rapport à leurs attentes) qui menace la majorité de ces diplômés les pousse à épouser la cause de tous les dominés, à commencer par les immigrés qu’ils jugent, comme eux, écrasés par « la société ». Et dans la cause des « migrants », ces immigrés sans statut, ces parias exclus du « monde légitime » auquel eux non plus n’ont pas accès en dépit de leur parcours scolaire.

Par ailleurs, mes détracteurs voulaient atteindre à travers moi les Territoires perdus de la République. La dénonciation de certains comportements venus des enfants d’anciens colonisés, désormais citoyens français, ce public qu’ils avaient toujours défendu et réifié en victimes par essence leur était insupportable. Comme si, quasi ontologiquement, une victime ne saurait être coupable de rien et n’aurait que des droits sans devoirs.

Était également visé, et bien davantage sans doute, un autre de mes livres Juifs en pays arabes, le grand déracinement (1850-1975) [3], Dans ce travail d’archives, je tentais de montrer que bien avant la colonisation et l’émergence du sionisme, le « monde arabe » était imprégné d’une culture du mépris envers « le juif » allant parfois jusqu’à l’oppression ouverte dans un monde de violence systémique contre les femmes, les enfants, les juifs et les autres minorités. A mon corps défendant, j’avais piétiné les « paradis perdus » que cette « gauche » s’était inventés, ici l’innocence
« naturelle » des caïds des banlieues, et là, la mythique « idylle judéo-arabe » pourvoyeuse du non moins mythique « vivre-ensemble » d’aujourd’hui.

Propos recueillis par Anne-Laure Debaecker pour Valeurs actuelles.

[1]. Traité Haguiga, 12.
[2]. « Racismes en France », sous la direction d’Omar Slaouti et Olivier Le Cour Grandmaison, La Découverte, 2020, page 219.
[3]. Tallandier, 2012.

Voir la seconde partie ici.

Merci de tweeter cet article :





2 Réponses à “La guerre idéologique n’a jamais été aussi violente (1/2)”

  1. La goche debile, tombe dans tous les pieges de la basse société…
    Mais certains au contraire savent tirer de ces problemes, des interets electoralistes…

    Le peuple francais de souche et les autres, savent ce que valent les « elites » la plu^parts des politiciens, et la pseudo justice depuis un certain temps.

    La goche transformée en progressiste selon les opportunités politiques a bien compris ce probleme, et a choisis societalement, judiciairement, ces electeurs qui sont desormais d’une autre culture…

    • J’ajoute MLP ne voit pas dans cette société de grand remplacement, elle le nie,
      ajoutant qu’elle est laïque, et que l’islam est compatible avec la republique…

      MLP ( et pas son parti), fait le meme jeu que les autres partis…

Trackbacks/Pingbacks

  1. La guerre idéologique n’a jamais été aussi violente (2/2) | A droite fièrement ! - […] Voici la suite de l’interview de Georges Bensoussan par Valeurs actuelles (première partie ici). […]

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *