Terrorisme intellectuel en milieu artistique

Publié par le 8 Fév, 2019 dans Blog | 8 commentaires

Terrorisme intellectuel en milieu artistique

« Un conformisme et un nouvel académisme obéissant à une certaine doxa viennent paralyser la création artistique et renforcer le rejet populaire de la culture  »

C’est le constat que dresse Isabelle Barbéris, Maître de conférences à l’université Paris-Diderot et spécialiste du théâtre contemporain. J’avais relayé précédemment une chronique d’Eric Zemmour dédiée à cette chercheuse et à son dernier ouvrage : L’Art du politiquement correct.

Cette semaine, Valeurs actuelles a interviewé Isabelle Barbéris.  Je vous propose quelques extraits de cette interview dont l’intégralité est consultable ici.

A l’université américaine de Notre-Dame-du-Lac, dans l’Indiana, des fresques du XIX ème siècle (image ci-dessus) consacrées à Christophe Colomb vont être recouvertes car accusées de donner une image coloniale des « peuples autochtones », jugée « humiliante ». Un exemple parmi cent des nouveaux impératifs qui règnent sur le monde de l’art au nom d’un certain politiquement correct. C’est cette nouvelle emprise idéologique qu’analyse Isabelle Barbéris dans son ouvrage d’expert.

Valeurs actuelles : Vous écrivez sur un sujet peu abordé: le politiquement correct dans le monde de la culture et de l’art. Comment s’exprime-t-il ?

Isabelle Barbéris

Isabelle Barbéris : Il ne s’exprime pas, justement, dans le sens où il est constitué d’angles morts qui sont les négatifs de sujets obsessionnels très répétitifs et qui font d’ailleurs globalement consensus : le sexisme, l’homophobie, le racisme, l’extrême droite, dans le meilleur des cas le capital … La plupart des oeuvres se légitiment en usant de figures de style répétitives comme la « diatribe anti-FN ». Ce qui ne fait qu’accentuer le spectacle d’une élite culturelle de gauche qui se retourne contre le peuple – qui est effectivement globalement passé à droite – et qui, en substitution de ce peuple devenu haïssable, s’invente un peuple édénique, complètement fantasmé. Ainsi, le mécanisme de haine réciproque (haine de la culture, haine du peuple) se renforce des deux côtés.

Plutôt que de politiquement correct je préfère parler de nouvel académisme. On peut dès lors s’interroger sur l’emploi du terme « académisme » dans le sens où l’Académie n’est plus une instance normative comme par le passé. Mais lorsque l’on regarde, par exemple, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, on s’aperçoit qu’il applique des préceptes idéologiques formatés par les consignes de l’intersectionnalité, notion visant à démontrer et à dénoncer une domination plurielle – de sexe, de classe, de race et visant la déconstruction des imaginaires hétéronormés. […]

Valeurs actuelles : Carmen revisité, auteurs sexistes: à travers le procès des oeuvres du passé, vous évoquez une certaine uniformisation stylistique. D’où vient-elle ?

Cette uniformisation est produite par la certitude inébranlable de bien agir, qui ne laisse plus d’espace pour le doute et dont le fonds de commerce repose sur des invariants plus moralisateurs que véritablement éthiques. Prenons l’exemple du film Edmond, lui-même tiré d’une pièce à succès: outre le conservatisme de la vision de l’art (on y découvre un Rostand qui s’inspire à l’extrême de sa propre vie – biais hyper-réaliste – pour écrire son chef-d’oeuvre), le film nous impose une captation de bienveillance antiraciste.

On nous raconte que la tirade du nez serait inspirée de la verve antiraciste de M. Honoré, un personnage de gérant de café joué par un acteur qui est lui-même connu pour son militantisme antiraciste. Il faut donc désormais « autoriser » Rostand par ce type de passage obligé. La pilule passe grâce à l’avalanche de bons sentiments … Tant pis s’il s’agit de délivrer une vision de l’art caricaturale et mièvre. […]

Valeurs actuelles : Vous évoquez d’ailleurs une « hystérisation du motif identitaire. »
Qu’est-ce ?

Le dernier ouvrage d’Isabelle Barbéris

Isabelle Barbéris : Dans notre culture très individualiste et narcissique, formatée par les réseaux sociaux, nous développons un imaginaire où chacun est auteur, acteur, metteur en scène et même spectateur de sa propre vie et où nous nous retrouvons isolés dans une forteresse d’autoconstruction. L’idéologie identitaire, très présente dans les discours décoloniaux et intersectionnels, est l’idéologie dominante : celle du marché, du capitalisme financier et globalisé qui atomise les individus ou les renvoie dans des sous-groupes qui se pensent politiques, mais qui sont hostiles à la vérité du politique, qu’ils considèrent désormais comme fasciste: la nation, l’État de droit, la majorité démocratique, la République, etc. Le post-marxisme intersectionnel, décolonial et identitaire, celui qui valorise le groupe et l’individu apolitiques, est un marxisme dénaturé, car devenu compatible avec la globalisation.

Dans le domaine de la culture, l’idéologie décoloniale est à la fois marginale et omniprésente.

Les indigénistes purs et durs restent minoritaires (bien que présents) dans les programmations publiques. En revanche, le discours intersectionnel et décolonial est dominant: pour qu’une programmation soit « inclusive », il va falloir qu’il y ait une cuillérée pour les femmes, une cuillérée pour telle minorité, une autre pour telle autre minorité … Au final, il n’y a pas de phénomène de sous-représentation: ces sujets sont surreprésentés! Il n’y a presque plus d’oeuvres qui parlent de la condition humaine dans sa globalité et sa complexité, affranchie de ces passages obligés. On ne l’approche plus qu’à travers des « singularités » préconçues.

Or, ce tournoiement du monde de l’art autour de ces quelques thématiques obsessionnelles, avec la certitude de faire de l’universel – lorsqu’Olivier Py programme tout son Festival d’Avignon autour des transgenres, il pense bien sûr faire de l’universel -, nourrit une incompréhension et une forme de haine de la culture, mais aussi un certain extrémisme: l’esprit de tribunal attise les colères. Je pense par exemple à un spectacle d’Anne-Cécile Vandalem, Tristesses, que j’ai vu au Théâtre del’Odéon, qui dépeignait l’homme blanc comme un insulaire dégénéré, raciste, xénophobe, incestueux, débile, etc … et révélait en creux un édénisme complètement caricatural. Ce spectacle était pourtant présenté comme engagé contre la xénophobie: c’est déplorer les effets dont on chérit les causes … On ne résout pas la question de la haine de l’autre par le manichéisme, bien au contraire. […]

Valeurs actuellesAu lieu de lier, la culture d’aujourd’hui sépare …

Isabelle Barbéris : Mon livre peut paraître pessimiste, car il cible des phénomènes qui font effectivement partie de l’idéologie dominante. Mais l’objectif diffère de celui d’un Baudrillar (« le complot de l’art »), ou encore du laïus « l’art, c’est de la merde ». C’est parce que j’aime les artistes que je me refuse à la complaisance. Il reste encore beaucoup de poches de résistance, mais le problème est qu’elles s’expriment peu. En effet, il existe une sorte de terrorisme intellectuel qui fait que les artistes qui sont opposés à ces phénomènes dominants n’osent pas le dire. Il y a une sorte d’autocensure.

Finalement, on n’a jamais vu autant de manque de diversité que depuis qu’on ne jure plus que par elle …

Propos recueillis par Anne-Laure Debaecker pour Valeurs actuelles.

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8 Réponses à “Terrorisme intellectuel en milieu artistique”

  1. Bof, on a jamais tant parlé de culture qu’aujourd’hui, au moment où elle disparaît à grande vitesse.

  2. Richard Mauden dit:

    LIBERTÉ D’EXPRESSION
    Terrorisme intellectuel au sein de l’université française
    Par Michel Janva le 26 novembre 2018

    Philippe Soual est enseignant en philosophie depuis plus de trente ans. Suite à des affiches placardées dans la fac par le lobby LGBT lui reprochant sa participation à une université d’été de la Manif pour tous, il s’est vu retirer son cours d’agrégation sur Hegel. Il répond au Figarovox :
    Précisons tout d’abord que je suis, non pas un polémiste, mais un professeur de philosophie, et un spécialiste en particulier de Hegel. J’enseigne en classes préparatoires et à l’université depuis maintenant plus de trente ans. Or Hegel est précisément au programme de l’agrégation de philosophie cette année: à ce titre, mes collègues de l’université Jean Jaurès m’ont demandé de donner un cours sur cet auteur, ce que j’ai accepté avec plaisir. L’université a publié la maquette des enseignements, incluant mon cours qui devait avoir lieu de novembre à mars. Mais, à ce moment-là, des étudiants de cet UFR qui ont vu mon nom apparaître ont placardé des affichettes dans l’université, affichettes qui ont été relayées ensuite sur Facebook par une «association» d’étudiants, l’Union des ÉtudiantEs de Toulouse (UET).
    Cette affiche sur laquelle figurent mon nom et ma photo est diffamatoire: je ne suis pas porte-parole de la Manif pour tous et mon propos était simplement un discours philosophique portant sur une question anthropologique. En effet, j’ai été invité à donner une conférence qui portait sur l’anthropologie et le transhumanisme, à l’université d’été de cette association en septembre 2015. Cette intervention, chacun peut en juger puisqu’elle est accessible à tous sur Internet. Il ne s’y trouve pas la moindre attaque ou marque de haine à l’encontre de qui que ce soit.
    Voyant ces affiches, mes collègues de l’université se sont réunis en urgence et ont délibéré entre eux. Ils ont alors pris la décision de me retirer ce cours d’agrégation, invoquant comme motif le «maintien de l’ordre public». Car ils ont eu peur que tout cela ne provoque des débordements.
    […] Il apparaît, à en croire mes collègues ou à en juger par mes nombreux voyages dans des universités étrangères, que l’université française accorde bien moins de place à la diversité intellectuelle que les universités étrangères. Dans une université américaine, allemande, italienne… on peut trouver une grande variété d’opinions, de prises de position politiques ou métaphysiques différentes et concurrentes. L’université française au contraire, et ce depuis quelques décennies, tend à devenir de plus en plus monochrome, au point que c’en est désormais inquiétant. Car l’université est le lieu par excellence de la liberté intellectuelle, de l’examen rationnel, de la recherche et du dialogue, et elle est l’institution de la transmission de la connaissance.
    J’observe aussi une crispation autour de certains débats, et plusieurs intellectuels font la même constatation que moi. Au lieu d’un débat raisonnable entre personnes civilisées, certaines opinions sont dorénavant criminalisées, et nous assistons à de plus en plus d’invectives et de soupçon, avec de nombreux amalgames blessants. […]
    En réalité, le «vivre ensemble» apparaît dans le discours lorsqu’il a disparu dans la réalité, ou plutôt ce discours se propage à partir du moment où la société est entièrement atomisée pour des raisons d’ordre économique et social, mais aussi «métaphysiques». Pourtant nous devons nous demander: une société entièrement individualiste, sans bien commun, est-elle toujours une société? […]
    Enfin, je ne suis pas rassuré non plus quand je vois à quel point est parfois maltraitée la liberté d’expression, y compris à l’université. Étymologiquement et depuis sa fondation au Moyen-Âge, l’université est une communauté de maîtres et de disciples, et elle englobe la totalité des connaissances humaines. Elle repose sur elle-même, précisément pour permettre un libre examen de ces connaissances, offrant à chacun la possibilité du doute, nécessaire pour exercer toute forme d’esprit critique. En outre, l’idée de pluralité est constitutive de la démocratie. Or, si ce pluralisme intellectuel, éthique et politique s’étiole dans l’université française, alors la liberté intellectuelle n’est plus réellement possible.

  3. Les indigénistes purs et durs restent minoritaires (bien que présents) dans les programmations publiques.
    Au final, il n’y a pas de phénomène de sous-représentation: ces sujets sont surreprésentés! Il n’y a presque plus d’œuvres qui parlent de la condition humaine dans sa globalité et sa complexité, affranchie de ces passages obligés. On ne l’approche plus qu’à travers des « singularités » préconçues.

    Sans doute pour cela que l’on a eu droit à l’exhibitionnisme malsain et vulgaire de la Fête de la Musique à l’Élysée.

    Je me demande, néanmoins, si c’est pour « vaincre la xénophobie » ou simplement pour faire accepter au peuple le dévoiement tant moral que physique, psychologique et spirituel d’une classe politique qui se vautre dans la luxure, la médiocrité et, le sachant, veut que le peuple l’y rejoigne…

    …(allant jusqu’à laver le cerveau de nos enfants dès l’âge de 3 ans, afin, je cite :
    –Peillon « « le but de la morale laïque est d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel».
    –Taubira :  » «dans nos valeurs, l’Éducation vise à arracher les enfants aux déterminismes sociaux et religieux et d’en faire des citoyens libres».

    Nous vivons véritablement, et le théâtre élyséen perpétuel le prouve, dans une période de décadence certaine, où , faute de pouvoir satisfaire le peuple pressurisé de toutes parts, les zélites offrent du pain (ou plutôt de la brioche depuis que le pain bas de gamme a pris 10%), des jeux et du cirque.

  4. La bien pensance, au gout de plus en plus stalinien, est un moyen des élites pour diriger et controler les peuples, ou le moindre écart est sanctionner severement, pourquoi ? pour aboutir a une nouvelle societé au relents nauseabond et contre nature, on commence a le voir, avec un pouvoir qui deviendras extreme avec leurs serviteurs corrompus, la justice et les medias.

    Ce ne sont que les prémices de cette nouvelle société pourrie et presque dictatoriale, et pour mieux affaiblir notre societé, passe par le grand remplacement et le renversement des valeurs.

    Les peuples sont a un tournant, qui, s’ils ne ce reveillent pas rapidement, ce repentiront pour toujours de n’avoir rien fait, car la force des armes ne sera pas de leurs coté.

    D’ou deja ce prepare la scission entre les peuples et les élites qui refusent de les ecouter.

  5. Ce terrorisme imposé par les bobos et leur syteme qui vaut deux balle et a geometrie variable, ne sert que leur interets: faire du peuple de parfait imbeciles, dociles a souhait.

    Rien dans ce terrorisme ne convient au peuple, malgres tout cette dictature de la pseudo bien pensance, s’impose aussi a travers des medias aussi laches que cupides.

  6. C’est la préparation de la dictature de la société de demain qui passe par le contrôle de la pensée par la bien-pensance qui est imposée actuellement.

    Ce n’est qu’un début dont les élites veulent le contrôle des peuples.

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