Ukraine, la fin prochaine de la partie (2/3)

Publié par le 11 Oct, 2026 dans Blog | 0 commentaire

Ukraine, la fin prochaine de la partie (2/3)

Voici la deuxième partie d’un article de fond publié par le Sanker Francophone et consacré au conflit en Ukraine.

Dans la première parti, l’auteur décrivait la situation actuelle du conflit et prédisait sa fin prochaine en notant le durcissement du conflit après les bombardements en profondeur des raffineries russes largement pilotés par l’OTAN.

Dans la suivante, l’auteur plonge dans l’histoire et la géostratégique pour mieux faire comprendre les origines historiques du conflit et ses enjeux.

2 – Le rappel historique et géostratégique de cette guerre

« Peuples frères »

La raison pour laquelle les Russes ont adopté cette approche de l’Ukraine réside dans le concept particulièrement russe de parenté entre les nations slaves.

Ce concept a été expliqué en juillet 2021, lorsque Vladimir Poutine a publié un essai intitulé « Sur l’Unité historique des Russes et des Ukrainiens ». Il y expliquait comment les Russes et les Ukrainiens — ainsi que les Biélorusses — étaient des « peuples frères » — une trinité de nations, toutes issues de la même racine, le Kievan Rus.

Pour Poutine, la trinité des trois nations est une trinité fondée en partie ou même principalement sur une foi religieuse partagée, à savoir l’Église orthodoxe russe :

Les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses sont tous des descendants de l’ancienne Rus, qui était le plus grand État d’Europe. Les tribus slaves et autres dans tout ce vaste territoire étaient liées par une seule langue, des liens économiques et, après le baptême de la Russie, la foi orthodoxe. Le choix spirituel fait par Saint Vladimir, qui était à la fois Prince de Novgorod et Grand Prince de Kiev, détermine encore largement notre affinité aujourd’hui.

Poutine déplore également le fait que cette “affinité” entre la Russie et l’Ukraine ait été sapée :

Tout d’abord, je voudrais souligner que le mur qui a émergé ces dernières années entre la Russie et l’Ukraine, entre les parties de ce qui est essentiellement le même espace historique et spirituel, est à mon avis notre grand malheur et tragédie communs.

L’utilisation du mot « tragédie » par le Président russe rappelle un discours antérieur, un discours annuel dans lequel il décrivait l’effondrement et l’éclatement de l’Union soviétique comme un « désastre » :

Par-dessus tout, nous devons reconnaître que l’effondrement de l’Union soviétique a été un désastre géopolitique majeur du siècle.

Cette citation a été immédiatement interprétée par les néoconservateurs occidentaux comme la preuve que Poutine avait des objectifs impériaux et expansionnistes et voulait « reconstituer l’Empire soviétique ». Une telle interprétation était et reste un non-sens total. Poutine n’est certainement PAS un fan de l’Union soviétique ou du communisme. En effet, son plus grand adversaire politique dans la Russie d’aujourd’hui reste le Parti communiste russe.

Dans son discours, si vous voulez le lire, Poutine a ensuite expliqué POURQUOI l’effondrement de l’URSS était une telle tragédie :

Pour la nation russe, c’est devenu un véritable drame. Des dizaines de millions de nos concitoyens et compatriotes se sont retrouvés hors du territoire russe.

En effet, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, le HCR, 25 millions de Russes se sont réveillés un matin avec des passeports soviétiques sans valeur, pour constater qu’ils ne vivaient plus sur le territoire russe.

Des millions de Russes vivent dans l’est de l’Ukraine

C’était particulièrement le cas en Ukraine, qui représentait près de la moitié de cette population russe dépossédée (12 millions).

En fait, 83 % de la population du Donbass d’avant 2014 – y compris la plupart des oblasts de l’Est et du Sud – étaient d’origine russe ou parlaient russe.

Dans l’ensemble, près de la moitié des Ukrainiens parlaient russe. Il est également bien connu, par exemple, que Volodymyr Zelensky était un natif russophone, qui n’a appris l’ukrainien qu’une fois élu président.

Dans son discours, Poutine a ensuite expliqué l’origine de cette tragédie :

Ce sont d’abord et avant tout les conséquences de nos propres erreurs, commises à différentes époques. Mais elles sont aussi le résultat d’efforts délibérés de ces forces qui ont toujours cherché à saper notre unité. La formule qu’ils appliquent est connue depuis des temps immémoriaux — diviser pour mieux régner. Il n’y a rien de nouveau ici.

Il est évident que lorsque Poutine parle de « ces forces », il entend les États-Unis et leurs alliés occidentaux, en particulier le Royaume-Uni, qui cherchent activement à briser la Russie depuis le début de leur “Grand Jeu”, il y a environ 200 ans.

Pourquoi est-ce important ?

Ce que la plupart des Occidentaux ne réalisent pas, c’est qu’en raison de l’histoire et des événements décrits ci-dessus, le conflit actuel en Ukraine est, pour l’esprit russe, une guerre civile.

Premièrement, il convient de noter qu’un tiers (1 sur 3) de tous les Russes ont des parents en Ukraine. De plus, avant le coup d’État de 2014 qui a vu un changement de gouvernement en Ukraine, 74 % des Russes avaient une attitude favorable envers l’Ukraine ; il semble donc que Poutine n’était pas le seul à les considérer comme un “peuple frère”.

En fait, parmi les Russes vivant dans l’est de l’Ukraine, où se déroulent les combats, 75 % des gens parlent russe, avec des pourcentages élevés utilisant le russe comme “langue maternelle unique”.

Une véritable guerre civile

À partir de ces données, nous pouvons conclure que ce qui se déroule dans les oblasts de l’Est de l’Ukraine est bien une guerre civile de facto. Comme la guerre de Sécession, c’est un cas où les deux parties parlent la même langue, partagent un héritage commun, et beaucoup partagent même des liens familiaux. En d’autres termes, c’est pratiquement “frère contre frère” (une expression souvent utilisée pour décrire la guerre civile américaine).

Pourquoi Poutine voulait “aller lentement”

Un autre domaine d’incompréhension occidentale, ou ce que les Allemands appellent un Denkfehler, est l’approche apparemment laborieuse, méthodique et même hésitante de Poutine face au conflit.

Une « Opération Militaire Spéciale »

Premièrement, il y a la question de l’insistance de Poutine sur le fait que le conflit n’est pas une guerre, mais une “Opération militaire spéciale”. Les Occidentaux se moquent et refusent d’utiliser le terme, affirmant qu’il s’agit d’une feuille de vigne ridicule pour couvrir une soi-disant “invasion à grande échelle” (ce n’en était pas une).

C’est parce que Poutine ne voulait pas appliquer une politique de la “terre brûlée” en lançant une guerre totale. Il ne souhaitait pas non plus déclarer la guerre à un “peuple frère”, en particulier lorsque près de 50 millions de Russes ont de la famille en Ukraine.

Pas de “Chock and awe” pour l’Ukraine

Poutine a fait tout son possible pour décrire l’utilisation de la force militaire comme une sorte de “mission de sauvetage” pour protéger les Russes vivant dans l’Est de la Russie (Donbass) du régime de Kiev dont les forces les bombardaient et tiraient dessus tous les jours, tuant environ 10 000 d’entre eux dans les années précédant l’incursion de la Russie en 2022.

En d’autres termes, Poutine est intervenu pour arrêter le meurtre de Russes en Ukraine, et non pour en tuer encore plus par des dommages collatéraux.

C’est pourquoi Poutine a adopté la stratégie “d’y aller doucement” en Ukraine. Il a même demandé à l’armée russe d’éviter de faire passer ses chars au travers des champs des agriculteurs. Le but de la soi-disant “invasion” était de forcer l’Ukraine à négocier et à mettre fin à la guerre assez rapidement pour que le peuple russe de l’Est de l’Ukraine puisse récupérer une vie normale.

En bref : Poutine ne voit pas les Ukrainiens comme un ennemi, mais plutôt de futurs citoyens russes attendant d’être “libérés”.

La vie à Kiev est restée normale

La guerre aérienne en Ukraine a été, jusqu’à récemment, une affaire relativement calme. Les attaques étaient intermittentes et les structures clés n’étaient pas ciblées. En fait, Kiev a même toujours été jugée suffisamment sûre pour que les responsables américains et européens pratiquent une sorte de « tourisme de guerre« , avec de fréquentes visites dans la capitale ukrainienne, en train depuis la Pologne, dont ils savaient qu’elle ne serait pas ciblée (encore une fois, jusqu’à récemment).

À Kiev, la population a continué à mener une vie normale : les bars et les discothèques étaient ouverts, les gens allaient travailler et menaient une vie normale.

EuroYankee sur son Blog.

A suivre …

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