Quand on voit le niveau intellectuel de beaucoup des élus de la France Insoumise, on se dit que tous ces gens ne bénéficient sans doute pas d’un parti disposant d’une solide pensée structurée.
On se trompe partiellement puisque la France Insoumise dispose de son propre Think tank, l’Institut La Boétie, coprésidé par Jean-Luc Mélenchon et Clémence Guetté.
Cette dernière vient de commettre un livre, Pour une politique de l’amitié, qui propose ni plus, ni moins, de remplacer la Famille par les Amis dans la structuration de la société.
Voici une courte présentation de l’ouvrage par son éditeur que j’ai traduite en français en la dépouillant de son écriture inclusive :
Avec nos amis, nous nous entraidons, prenons soin les uns des autres, cheminons souvent côte à côte durant des décennies. Mais nos amitiés sont privées de droits. Dans ce premier essai tranchant, Clémence Guetté pose les bases d’une tout autre manière de penser la société en reconnaissant le rôle des ami.es dans nos vies.
Elle dessine les contours d’une politique de l’amitié et ouvre un nouvel horizon d’émancipation, où celle-ci permettrait de l’emporter contre le capitalisme et l’extrême droite.
Qu’on ne prétende plus que le clivage droite-gauche n’existe plus ! La famille constitue l’un des points de divergence majeure entre le progressisme et le conservatisme.
Mais ne nous y trompons pas ! Si les élites progressistes veulent déconstruire la famille pour extraire les enfants de l’influence des parents, il n’est pas sûr que le sympathisant de gauche lambda partage cette haine de la famille !
Dans un article de Valeurs actuelles, Laurent Dandrieu nous dit tout le mal qu’il pense de cette proposition aussi fumeuse que dangereuse :
L’amitié contre la famille ?
Dans sa passion de tout déconstruire, la gauche radicale va jusqu’à embrigader l’amitié dans sa lutte à mort contre la famille.
Familles, je vous hais ! Cette profession de détestation n’est pas neuve, et si c’est Gide qui la rendit célebre avec les Nourritures terrestres, paru en 1897, beaucoup avant lui ont dû, au fil des siècles, énoncer semblable répudiation, au gré des malentendus, des frustrations et des blessures de toutes sortes que produit inéluctablement la vie en commun.
Ces ruptures de ban individuelles n’ont jamais empêché la famille d’être tenue par le commun des mortels pour le cadre naturel de la vie intime comme de l’apprentissage de la vie sociale et, bien souvent, l’ultime refuge contre les
duretés et les épreuves de l’existence.
Si la famille a toujours eu ses réfractaires et ses éclopés, les attaques portées contre elle ont pris un tour plus systématique depuis que l’Occident se livre aux délices de la déconstruction — ce jeu de démolition consistant à traquer, derrière chaque institution, un insidieux système oppressif, et à la miner méthodiquement pour faire advenir, enfin, l’âge d’or de l’émancipation progressiste. A cette déconstruction, la famille a longtemps mieux résisté que d’autres institutions, parce qu’elle correspond plus évidemment à une nécessité naturelle et que les accusations portées contre elle se fracassent souvent sur l’expérience quotidienne. Elle a néanmoins été fragilisée par des décennies de dérision, d’abandon politique et d’individualisme triomphant. Et l’extrême gauche n’a pas renoncé à l’envie de lui porter l’estocade.
Depuis des années, Geoffroy de Lagasnerie, icône du progressisme radical, mène la charge contre ce qu’il nomme le « familialisme autoritaire » et cette institution « conservatrice, égoïste et fasciste ». Avec des arguments d’ado attardé (« Le simple fait de se mettre en couple divise par cinq les fréquentations et le nombre de sorties »; quant à la famille, elle empêche de faire la fête jusqu’à 3 heures du matin…), l’essayiste ambitionne de remplacer ce « mode de vie répressif » par un autre plus propice à la liberté: l’amitié, qu’il transforme en cheval de Troie de son antifamilialisme. Prônant « la séparation de la famille et de l’État », il veut donner à l’amitié des droits comparables : regroupement amical pour faire pièce au regroupement familial, allocations amicales contre allocations familiales, etc.
Tout en se donnant les gants de faire œuvre originale, la députée LFI Clémence Guetté ne dit rien d’autre dans Pour une politique de l’amitié, le livre qu’elle vient de publier (La Découverte). Même mépris de la famille traditionnelle, institution réactionnaire qui « structurait l’imaginaire nazi », même instrumentalisation de l’amitié en arme de combat contre le capitalisme et l’extrême droite, même volonté de la gaver de droits (congés amicaux, héritage en ligne directe…).
Passons sur la contradiction : si toute institution est une structure d’oppression, institutionnaliser l’amitié en l’encadrant par la loi, c’est la transformer de facto en système oppressif. Plus fondamentalement, voir la famille comme un simple enfermement, c’est oublier qu’elle est, au contraire, la première école de la sociabilité et de la charité. La famille, c’est le premier lieu où l’on apprend à se contraindre, à faire passer les autres avant soi, à huiler les rouages humains par l’attention, la courtoisie, l’oubli de soi; c’est l’école de la gratuité, du service rendu ou du geste délicat sans rien attendre en retour, l’école de l’écoute, de la solidarité, de l’effort commun au service du bien commun. Et cette école apprend d’autant mieux que l’on n’a pas choisi ceux avec qui on la partage, et que parfois on les aurait volontiers remplacés par d’autres … Ce n’est certes pas un hasard si la déstructuration de la famille va de pair avec l’effondrement du savoir-vivre et la montée
de l’ensauvagement.
Politiser l’amitié, c’est se tromper aussi sur ce qu’elle est : une dilection gratuite, un refuge intime contre les injonctions et les mots d’ordre de tout poil. Embrigader l’amitié dans un projet collectif, fragiliser la famille pour mieux déconstruire la société, c’est en réalité saper les meilleurs remparts contre le Léviathan étatique qui veut diriger nos vies à notre place. Et ce n’est pas par hasard
que ceux qui jouent l’amitié contre la famille cousinent avec la gauche la plus totalitaire.
Laurent Dandrieu pour Valeurs actuelles.




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