« Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral »
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Effectivement, cette parole du pape prononcée en conclusion de sa condamnation, on ne peut plus claire, de la loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, pourrait faire l’objet d’une dissertation à proposer aux candidats au Bac.
Le pape a d’ailleurs largement démontré, en y revenant à plusieurs reprises – même et surtout devant Macron, artisan de la loi – que la morale a depuis longtemps disparu des « Valeurs de la République » brandies par les progressistes de tout poil.
Lors du débat sur le mariage gay et surtout l’adoption plénière d’enfants par les couples homosexuels, à l’argument contre cette adoption qui affirmait que « tout enfant a droit à un père et une mère », le Grand Ayatollah progressiste Jean-Louis Touraine avait répondu :
Il n’est écrit nulle part qu’un enfant ait le droit d’avoir un père et une mère !
On ne pouvait pas choisir plus clairement entre le droit et la morale !
La brillante journaliste Eugénie Bastié ne pouvait que réagir à l’affirmation du pape évoquée plus haut et nous a proposé son analyse, ce matin, sur Europe 1 :
Lancement de Dimitri Pavlenco : Eugénie, vous avez souhaité réagir à une phrase de Léon XIV qui vous a particulièrement marquée, celle que le pape a prononcée à Lourdes en s’adressant aux soignants qui veillent sur les personnes malades. Avant de vous entendre. On va écouter Léon XIV :
Le pape Léon XIV : Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral.
Eugénie Bastié : Oui, ce qui est légal n’est pas nécessairement moral. Cette phrase m’a frappée avec la force de l’évidence. En quelques mots, Léon XIV résume l’un des grands malentendus de notre époque.
Le pape faisait évidemment référence à l’euthanasie votée sous le mandat d’Emmanuel Macron. A plusieurs reprises, pendant son séjour, il a condamné cette logique de la mort programmée. Et alors que certains voudraient remettre en cause la clause de conscience des soignants qui refusent de pratiquer l’euthanasie ou l’avortement, cette phrase résonne comme la défense d’un acquis essentiel de la civilisation occidentale, largement façonnée par le christianisme, la liberté de conscience.
Relance de Dimitri Pavlenco : Cette phrase, ce qui est légal n’est pas nécessairement moral, est-ce qu’elle n’est pas dangereuse ? Est-ce qu’elle ne signifie pas que les catholiques devraient se soustraire aux lois de la République ?
Eugénie Bastié : Non, elle signifie simplement qu’au-dessus des lois écrites demeure la conscience. On pourrait rappeler d’ailleurs à certains progressistes que ce principe leur est familier :
Les adversaires de la peine de mort la jugeaient immorale lorsqu’elle était encore légale.
Le fait qu’une chose soit permise par le droit n’a jamais suffi à clore la discussion morale. Pour les chrétiens, la loi ne crée pas le bien et le mal, même si elle doit, autant que possible, les reconnaître. C’est ce que la tradition chrétienne appelle la loi naturelle, l’idée que certaines règles du juste et de l’injuste sont antérieures aux droits positifs et ne dépendent pas entièrement d’un vote au Parlement, c’est Antigone invoquant les lois non écrites contre Créon.
C’est au nom de cette conviction aussi que les chrétiens de la Rose Blanche ont opposé le droit naturel aux droits positifs nazis. Face à eux, Eichmann incarnait au contraire la terrible excuse de la légalité, j’obéissais aux ordres. Mais ça ne conduit pas le chrétien à vouloir se séparer des lois de la cité ? Non, le chrétien n’est pas un zadiste qui pratiquerait la désobéissance civile à longueur de journée.
Le catholicisme ne dit pas qu’il faut se soustraire à la loi commune, il dit qu’il ne suffit pas de respecter la loi pour être un homme juste. Montesquieu avait une très belle image, il disait que si le christianisme est la plus puissante des religions pour organiser une société, c’est parce qu’elle ne tient pas l’homme par une chaîne, mais par un nombre innombrable de fils. Une société ne tient pas seulement par ses lois, parce que le gendarme menace et que le juge sanctionne, elle tient aussi par ses mœurs, les devoirs et la conscience de ses citoyens.
Elle tient parce que des hommes se sentent obligés, même lorsque personne ne les regarde. Or nous avons tellement pris l’habitude de faire de la loi la source ultime de toute légitimité, que nous lui demandons désormais de consacrer le moindre de nos désirs et de prohiber la moindre de nos répulsions. Au fond, nous ne savons plus très bien distinguer ce qui relève de la loi et ce qui relève des mœurs, ce qui doit être interdit et ce qui doit être simplement désapprouvé.
Ce que l’Etat doit sanctionner et ce que la conscience doit juger. C’est aussi pourquoi inscrire les racines chrétiennes dans la Constitution, aussi séduisante que puisse paraître l’idée, ne suffira jamais à assurer l’avenir chrétien de notre civilisation si par ailleurs les mœurs chrétiennes s’affaissent. La culture et la civilisation catholique ne sont pas le produit d’articles de loi, mais le fruit d’une liberté et d’une discipline intérieure.
Eugénie Bastié pour Europe 1.




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