Ensauvagement des jeunes, où sont les pères ?

Publié par le 25 Oct, 2018 dans Blog | 5 commentaires

Ensauvagement des jeunes, où sont les pères ?

Je voudrais rapprocher deux articles qui se référent à la délinquance des jeunes notamment issus de l’immigration.

Le premier est un article du Figaro assez ancien (septembre 2010) dont le titre, probablement ne pourrait plus être utilisé sans que des officines anti-racistes ne portent plainte :

Délinquance : les enfants d’Africains surreprésentés

Rappelons-nous qu’Eric Zemmour a été condamné pour avoir expliqué que les contrôles d’identité touchent plus les noirs et les arabes, que les « Blancs » parce qu’ils sont surreprésentés parmi les dealers.

Le second article, publié également dans Le Figaro, est de la philosophe Chantal Delsol et pointe la responsabilité de l’absence de père dans les familles de jeunes délinquants.

La liaison entre ces deux articles tient dans un chiffre que j’avais eu il y a quelques années et qui disait que dans 70 % des familles d’immigrés noirs, le père était absent du domicile familiale.

1 – Surreprésentation des enfants africains dans la délinquance

Extraits :

Novembre 2005, la France se réveille abasourdie après trois semaines d’émeutes. On évoque le malaise d’une jeunesse marginalisée. Mais tous les quartiers sensibles n’ont pas flambé. La carte des émeutes épouse celles des cités où vivent de larges familles africaines, constate à l’époque le sociologue Hugues Lagrange. Depuis, ce chercheur au CNRS a poursuivi son enquête auprès de 4 500 adolescents, de la banlieue parisienne, du XVIIIe arrondissement et d’une périphérie de Nantes. Les résultats, exposés dans Le Déni des cultures, paru la semaine dernière affinent son diagnostic : «Les jeunes Noirs français issus de l’immigration africaine, sont, à conditions sociales égales, 3 à 4 fois plus souvent mis en cause en tant qu’auteurs de délits que les autochtones. Ceux qui sont éduqués dans des familles maghrébines, deux fois plus.»

La sociologie française n’aime guère l’approche par les origines ou le « facteur culturel », perçue comme l’antichambre des théories raciales. Elle privilégie l’analyse sociale. Mais les temps changent. La démographe Michèle Tribalat vient de montrer la transformation radicale de certains quartiers en Île-de-France, sous la poussée d’une forte immigration subsaharienne. Vingt villes franciliennes présentent maintenant des concentrations exceptionnelles, avec un jeune sur cinq d’origine subsaharienne. À Grigny, dans l’Essonne, c’est un mineur sur trois.

Ces travaux restent polémiques. Hugues Lagrange souligne d’ailleurs l’importance de la ségrégation sociale et ethnique, avant de livrer un portrait de la dernière vague d’immigration africaine venue de la région du Sahel dans les années 1980. Ces familles rurales, patriarcales, souvent illettrées, ont été profondément déstabilisées à leur arrivée. Leur système d’éducation par le village, avec l’intervention de tous les adultes, plus que des parents, n’opère plus. «Les pères, souvent autoritaires, dominent leur épouse plus jeune, confinée au foyer, mais peinent avec les enfants», selon le sociologue.

2 – Ensauvagement des jeunes, où sont les pères ?

Texte de Chantal Delsol :

La stupeur domine à voir un garçon de 13 ans tué à coups de barres de fer par des adolescents de son âge aux Lilas (Seine-Saint-Denis). On a le sentiment – le souvenir ? – que « cela n’arrivait pas avant ». Les rixes et les règlements de comptes existent dans toutes les zones urbaines, et certaines en sont coutumières. Mais un jeune ado, presque un enfant! Puis, on nous informait que, à Créteil, un lycéen a braqué un pistolet à bille sur son professeur afin d’être marqué présent pendant qu’un de ses camarades filmait la scène et la diffusait sur les réseaux sociaux …

L’enfant n’est pas le bon sauvage de Rousseau. Il attend son humanisation. Si on ne l’humanise pas d’une manière ou de l’autre il se hâte de demeurer au chaud dans la barbarie primitive. Ainsi, ce ne sont pas de mauvais enfants qui vont chercher la barre de fer pour assassiner le voisin de cité – ce sont des enfants qu’on a renoncé à humaniser. Ou pire encore, qu’on se refuse d’humaniser, par utopisme, par démagogie, par lâcheté d’adulte.

Dans les sociétés mondiales l’ordre social, celui qui permet d’éviter ce genre d’insupportable meurtre, peut être atteint de deux manières possibles. Ou bien l’enfant est éduqué à la liberté, c’est-à-dire en permanent apprentissage de la responsabilité personnelle, ce qui est en principe le cas dans les sociétés démocratiques qui sont des fabriques de citoyens. Ou bien l’enfant est élevé dans la soumission, et un État autocratique vient réprimer tout écart, en général avec tant de sévérité que finalement l’ordre règne. Dans le premier cas l’enfant n’ira pas chercher la barre de fer parce qu’on lui a appris patiemment à remplacer la violence par les mots, et parce qu’il est contrôlé et accompagné par ses parents. Dans le second cas, il n’ira pas chercher la barre de fer parce qu’il sait que la police sera là avant lui, et que sa vie est ruinée s’il se livre à ce genre d’agression.

Aussi y a-t-il une grande incohérence à vouloir écarter les pères et récuser l’autorité des parents (interdire la fessée !), ou à vouloir comme c’est le cas des lois en cours, programmer délibérément des enfants sans père.

Le problème est que chacun de ces modèles sous-entend des conditions spécifiques. Notre modèle, celui occidental qui préfère l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité, et la fabrique de citoyens, requiert une éducation soignée, qui ne s’arrête pas à l’affection et au dressage. Éduquer à la responsabilité exige généralement deux parents, c’est-à-dire deux pôles d’autorité capables de maintenir l’équilibre entre l’affection essentielle et la prise de risque que nécessite tout apprentissage de la liberté. Pour cela, les psychiatres le savent bien, il faut généralement un père. L’affirmation s’entend évidemment de façon générale sans préjuger des exceptions nombreuses. On constatera que dans toutes les sociétés dont les pères sont absents ou lointains (sociétés polygames, sociétés matriarcales), le gouvernement est autocratique. Il n’y a pas de hasard si les sociétés occidentales démocratiques sont en même temps, traditionnellement, des sociétés patriarcales (mais certaines sociétés patriarcales peuvent être en même temps autocratiques, comme la Chine).

Aussi y a-t-il une grande incohérence à vouloir écarter les pères et récuser l’autorité des parents (interdire la fessée!), ou à vouloir comme c’est le cas  des lois en cours, programmer délibérément des enfants sans père. On aura remarqué l’enthousiasme frénétique avec lequel nos médias tentent de nous convaincre des bienfaits du matriarcat. Lors de son 50 ème anniversaire, en 1995, les Nations unies ont déclaré que les Moso (une minorité ethnique de Chine, NDLR), une société matriarcale sans père ni mari, étaient un « peuple modèle », une « société parfaite » (je cite)!

On croit rêver. La société sans père est autocratique, parce qu’il faut bien à un moment donné stopper les méfaits du jeune barbare. Et la mère seule a beaucoup de mal à éduquer à la liberté en même temps qu’elle apporte l’indispensable affection, car l’un et l’autre s’entrechoquent et se contredisent.

Des études sociologiques américaines et norvégiennes (un abstract de nombre de ces études figure dans Le Coût social de la famille déstructurée, de Paul C.Vitz, in Revue éthique, 1996, n° 21) ont été faites depuis vingt ans sur le devenir des enfants élevés par la mère seule. Sur des chiffres importants qui garantissent le sérieux des enquêtes, les résultats sont impressionnants. Les jeunes garçons délinquants sont le plus souvent ceux qui ont été privés de père. En France, on renâcle à publier ces enquêtes, et, placés devant ces chiffres, les sociologues ont tendance à récuser la corrélation, qui pourrait « discriminer » les familles monoparentales … Elle existe pourtant, sur le long terme et dans des pays fort divers (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, Norvège … des dizaines d’études sont référencées dans l’article cité ci-dessus).

Si on ne veut pas de pères dans les maisons, on aura un jour prochain la police dans les lycées et une sévérité pénale singapourienne. Aujourd’hui, le garçon de 13 ans est assassiné parce que nous sommes dans une situation politico-sociale de transition: nous avons une société démocratique (et non un État policier) et en même temps l’autorité parentale et paternelle est dénigrée ou récusée. Nous ne pourrons pas demeurer longtemps dans cette situation. Il nous faudra accepter de légitimer une autorité d’un côté ou de l’autre – aucune société ne peut vivre dans une situation anomique, où les enfants s’entretuent.

* De l’Institut. Dernier ouvrage paru: «Un personnage d’aventure: petite philosophie de l’enfance» (Cerf, 2017).

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 24/10/2018. Accédez à sa version PDF en cliquant ici

Chantal Delsol pour Le Figaro.

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5 Réponses à “Ensauvagement des jeunes, où sont les pères ?”

  1. 45 % des mariages finissent par un divorce.Vive la stabilité familiale.

    Pour le reste, on ne passe pas impunément d’une structure familiale élargie à une famille nucléaire sans dégâts. C’est un changement complet de mode de vie.

    • Il faut dire que les programme TV comme: « scene de menage » doit beaucoup aider les jeunes a croire a l’avenir du couple.

      De meme, on habitue les gens avec des nouvelles norme de libertée, et amusement, qui permettent de deresponsabiliser les personnes.

      On peut dire que la TV participe au massacre des valeurs et du rommantisme.

  2. Si cela ne tenait qu’a moi, tout reviendrait comme avant, et les valeurs recommencerait a se developper.

    J’en ai rien a faire des idées « progressistes » des usual neuneu de goche et du « centre », qui veulent changer le monde, ( les autres), sans etre capable de se changer eux meme.

  3. Bonjour, ayant été moi-même élevée dans un environnement totalement féminin j’ajoutetais une chose qui provient de mes multiples observations, corroborées par un article lu sur un site américain:
    La douceur et l’affection ne sont pas naturellement féminines. Autrement dit, il existe une grande violence dans les relations des femmes entre elles et vis-à-vos d’elles-mêmes. On dit que les hommes règlent leurs pb vite fait en une bagarre puis passent à autre chose tandis que les femmes mûrissent leur vengeance.
    Oui, je peux témoigner d’une forte violence ds un milieu féminin. Comme il est dit dans l’article, la civilisation – qui apprenait à chacun à endiguer la violence en lui par des codes précis, par le savoir, la morale, ET la crainte de l’autorité – n’existe plus. Les femmes ont pris le pouvoir – l’esprit féministe du moins.

    Or, une femme est une barbare comme une autre. Nous avons tous besoin de l’autre pour nous civiliser. Les enfants doivent être parfois « dressés » car ils ont tout du chien fou. Leur éducation à la liberté et à la responsabilité prend du temps, beaucoup de temps. Elle réclame en général un milieu stable dans le temps. Y compris si les parents se « forcent » pour le « bien de l’enfant ».
    Idem pour nous. Un homme apprend à canaliser sa virilité par tous les codes de séduction si bien élaborés par notre civilisation, et désormais perdus: plus de séductions, plus de fiançailles et des filles devenant de simples objets à « sauter ». La femme n’etant plus lointaine et désirable, réclamant sans cesse et aimant si peu, paraît ce qu’elle est, une virago, alors autant s’aimer entre hommes, on prend moins de risques…
    Car éduquer une fille à la vie en couple c’est aussi lui apprendre – attention gros mot – la soumission à son mari: son mari par son autorité met des limites à son désir de puissance. Et à son instinct de protection sur ses enfants. Père et mère s’équilibrent. La femme peut parfaitement accepter cette soumission si en retour elle est aimée par son mari, respectée dans ses avis et son être, et surtout si son mari est fidèle et attentif.
    Tout cela marche dans un équilibre excellent pour tous, et surtout pour la vie en société.
    Mais ns vivons sur une utopie qui veut croire à un bon sauvage qui n’existe pas. On nous a fait croire que notre civilisation était la cause de tous nos maux et qu’en revenant à l’état de nature – tels des « Candide » – nous trouverions paix et harmonie.
    C’est faux. C’est la loi du plus fort qui s’instaure. Et elle ne peut être que renforcée par le refus de l’altérité, dans la famille, dans le couple, dans la société. Ni la femme ni l’homme ne peuvent faire seuls. Ils en ont le désir et l orgueil… mais c’est de l’orgueil de l’hubris. Cette nouvelle société où chacun fait ce qu’il veut et fonde la famille comme il veut ne peut que conduire au chaos.

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