La macronie rend-elle fou ? (3/3)

Publié par le 20 Jan, 2019 dans Blog | 8 commentaires

La macronie rend-elle fou ? (3/3)

Voici la troisième et dernière partie de l’article de Frédéric Lordon que j’ai entrepris de publier.

Je le fais malgré les critiques de certains d’entre vous qui s’étonnent de voir figurer un tel « gauchiste culturel » dans un blog de droite …

Personnellement je n’avais jamais entendu parler de Frédéric Lordon. Il est vrai que le Monde diplomatique dans lequel il publie n’est pas ma lecture favorite !

J’essaye de relayer des idées cohérentes avec l’esprit de ce blog sans me formaliser des parcours de leurs auteurs … Mais j’accepte les critiques sur cette approche …

La « violence » dont s’épouvante la corporation, et dont elle voudrait épouvanter avec elle le reste de la population, offre donc en creux l’exacte mesure de sa carence. Et comme il est trop tard, comme par ailleurs, à l’image de tous les pouvoirs, le pouvoir médiatique est incapable du moindre apprentissage — les médias ne font-ils pas partie depuis des décennies des institutions les plus détestées, et qu’ont-ils fait, année après année, sinon enregistrer stupidement leur discrédit sans rien changer ? —, alors la corporation campera sur ses équations pour débiles légers : violence = mal incompréhensible, en fait même inconcevable.

Feignant de ne rien comprendre, ou ne comprenant rien vraiment, les médias croient qu’on les chicane injustement sur des questions de comptage, ou bien pour avoir montré quelques fascistes au milieu des « gilets jaunes » — avec l’appui de sociologues à la pointe de la connaissance scientifique, comme Michel Wieviorka, qui a « vu dans Paris des tags avec un « A » entouré, qui est un signe d’extrême-droite (7) ». Aussi bien éclairés, on comprend qu’ils ne puissent pas voir qu’à part leur racisme social foncier, c’est par leur fusion manifeste avec toutes les vues des dominants, et plus encore sur la question de la violence que se joue actuellement leur infamie. Répéter jusqu’à la nausée « casseurs », ne montrer que la violence des manifestants, occulter systématiquement celles de la police, c’est infâme.

 

Aussi bien l’expérience concrète que l’enquête tant soit peu soigneuse confirment que la police porte la responsabilité pratique du niveau des violences. L’expérience concrète car, depuis 2016 déjà, on ne compte plus les témoignages de manifestants parfaitement pacifiques que le matraquage sans motif, sans préavis, et sans justification, a rendus enragés, et déterminés à ne plus se laisser faire « la fois d’après ». Quant à l’enquête, celle de Laurent Bonelli rapporte ce propos recueilli d’un « haut responsable des forces de maintien de l’ordre » : « c’est nous, l’institution, qui fixons le niveau de violence de départ. Plus la nôtre est haute, plus celle des manifestants l’est aussi ». Voilà ce qu’on ne lira jamais dans la presse mainstream.

Qui n’en cultive pas moins l’hypocrisie minimale lui permettant de se croire quitte de ses devoirs « d’informer ». Car, se récriera-t-elle, elle « en parle » ! Si en effet, passé samedi soir, où l’un des journalistes de France Info, un certain Pierre Neveux, encore plus en roue libre que ses collègues, suggère au sous-ministre de l’intérieur d’interdire purement et simplement les manifestations, un flash de dimanche après-midi mentionne bel et bien la scène du flic tabasseur de Toulon. Mais pour l’accompagner d’une interview d’un syndicaliste… de la police, et sans omettre la plus petite des circonstances justificatrices, quitte à relayer toutes les fabrications policières s’il le faut. Pendant ce temps, le boxeur de CRS, lui, est omniprésent. Car voilà toute l’affaire : l’omniprésence, ça s’organise. Et, forcément, ça s’organise sélectivement.

Un journaliste cependant sauve l’honneur de la profession (heureusement, il n’y en a pas qu’un) : David Dufresne a tenu un compte scrupuleux des violences policières, sauvages, gratuites, illégales. 230 signalements depuis un mois, une encyclopédie de la honte « démocratique », dont la moindre image soulève le cœur et l’indignation. Et surtout — c’est bien ça le problème — suffirait à retourner l’opinion comme une crêpe. Mais qui lui donne la parole ? Envoyé spécial, brièvement et dans un exercice d’équilibrisme visiblement sous haute surveillance.

Et Le Média, seul de son genre, dans une émission comme on est bien certain qu’on n’en verra nulle part ailleurs de pareille. Car dans le cercle des médias installés, pas un n’a encore trouvé la force d’articuler explicitement cette vérité de l’époque Macron qu’aller manifester emporte le risque d’une blessure de guerre, ou de sanctions judiciaires ahurissantes. Ni plus ni moins. On attend toujours de voir la « presse démocratique » éditorialiser ou, comme il lui reviendrait en réalité, faire campagne sur ce thème, à l’appel par exemple des avertissements répétés des institutions internationales, ONU, CEDH, Amnesty International. Car, là encore, il y a une différence entre se dédouaner à peu de frais de la restitution des « faits » et en faire quelque chose. Comme les médias croient se dédouaner, à l’image du Monde, en couvrant le mouvement, pour finir par éditorialiser que l’ordre macronien est le bon et que ceux qui persistent à le contester ne sont plus que des « irréductibles violents (8) », ils rapportent a minima quelques cas de violences policières, et puis éditorialisent… ailleurs, c’est-à-dire rien. Manifester, blessure de guerre — mais rien.

Il apparaît donc que la « presse démocratique » se moque absolument des atteintes réelles à la démocratie. Traquant la fake news jusqu’à l’écœurement, sans d’ailleurs jamais qualifier comme telles toutes celles qui viennent de l’intérieur de son propre système, elle est devenue l’institution centrale de la fake democracy. Et elle s’étonne que les mots-amulettes aient perdu toute efficacité, que les gueux ne mettent plus genou à terre devant le crucifix de la « presse libre », elle se consterne que, ne trouvant rien d’autre pour sa défense que de se réfugier dans « la dent creuse » des principes supérieurs, elle ne recueille plus que les lazzis dans le meilleur des cas, et la rage, à son tour maintenant — implacable mécanique de la solidarité des pouvoirs forcenés : comme ils ont régné ensemble, ils tombent ensemble.

En l’occurrence ce sont les troupiers médiatiques qui tombent les premiers — comme dans toutes les guerres, les bidasses ramassent pour les généraux. Au reste, on n’est pas tout à fait certain de la mesure dans laquelle, à BFM, les options idéologiques de la base diffèrent de celles du sommet. À tout le moins, il semble que le compte n’y soit plus suffisamment pour continuer de se faire traiter « d’enculé » et sortir méchamment des cortèges en conséquence des agissements de la chefferie. Si cependant les reporters de BFM avaient deux sous d’analyse, ils donneraient à leur débrayage un tout autre sens que celui d’un « boycott de la couverture des “gilets jaunes” » : le sens d’une grève, c’est-à-dire d’un avertissement à leur direction, responsable réelle de la situation impossible où ils se trouvent. Du reste, exactement de la même manière que les CRS devraient poser le casque en un geste de défiance enfin bien adressé : à l’endroit du gouvernement, qui répand une colère écumante et laisse ses prolos du maintien de l’ordre aller en accuser réception à sa place.

En tout cas on l’a compris, ce pouvoir médiatique n’est pas moins forcené que ce pouvoir politique. Tous ses choix, et plus encore ses non-choix, le confirment. De quoi parle-t-il, et de quoi ne parle-t-il pas ? Et comment parle-t-il de ce dont il parle, croyant être à jour de ses obligations du seul fait « d’en avoir parlé » ? Pourquoi, par exemple, les médias mainstream qui n’aiment rien tant que se voir partir en croisade et se faire un blason d’investigateurs avec les Leaks et les Papers (qu’on leur envoie) ont-ils fait si peu de choses de ce mail des Macronleaks expliquant benoîtement que les taxes essence étaient écologiques comme Bernard Arnault un militant de la cause du peuple : elles n’étaient faites que pour financer les baisses de cotisations du CICE ? Pourquoi n’en ont-ils pas fait une campagne, comme ils l’ont fait avec entrain au début pour expliquer que les « gilets jaunes » et leurs carrioles puantes étaient les ennemis de la planète ? Pourquoi cet élément accablant n’a-t-il pas fait toutes les une écrites et audiovisuelles pendant plusieurs jours d’affilée, puisque c’est le genre d’opération pour lesquelles les chefferies ont une passion ?

Pourquoi, également, ne se sont-ils pas saisis de cet accident d’un ouvrier de 68 ans, auto-entrepreneur, mort d’être tombé d’un toit, fait qui n’a rien de « divers » puisque, non seulement il dit tout de l’époque, mais qu’il épouse parfaitement le moment ? 68 ans, ouvrier, auto-entrepreneur, mort au travail : n’y avait-il pas de quoi faire quelque chose de cette sorte de synthèse parfaite ?

Pourquoi, encore, se sont-ils joints au ministère de l’intérieur pour crier au scandale à propos de la guillotine en carton, au mépris de toute l’histoire populaire des effigies ? Au mépris surtout de ce qu’à fermer jusqu’aux formes symboliques de l’expression de la colère, après en avoir fermé toutes les formes politiques, ils devraient se demander quelles solutions d’expression ils lui laissent.

Les vrais forcenés sont ceux dont le pouvoir, joint à l’acharnement, produisent ce genre de situation. Du code du travail à la gueule des manifestants, ce sont eux qui cassent tout — c’est bien ça le problème avec les forcenés : ils cassent tout. Cependant, il y a un moyen très simple de les en empêcher : on leur envoie les infirmiers. Les « gilets jaunes » le pressentent-ils : il y a quelque chose en eux de la blouse blanche.

Frédéric Lordon.

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8 Réponses à “La macronie rend-elle fou ? (3/3)”

  1. Je n’écoute aucun des imbéciles qui décorent le mur des cons de la photo.

    Allez,pour faire plaisir à tout le monde,je vais tout de même donner mon podium olympique: sur la plus haute marche: Alain Duhamel;sur la seconde: Roland Cayrol;sur la troisième:tous les autres ex-aequo…

    Article de Frédéric Lordon quelquefois intéressant,mais beaucoup trop long!

  2. Ce sont tous des vendus, a des degrés divers, et ne servent pas les interets du peuple.

    Hors sujet, avez vous remarqué que ses temps troublés, pourtant propices aux actions terroristes sont au point mort zero ? certains accusent meme les politiciens pourris de faire monter la tension, exprès entre chretients et musulmans, pour provoquer, il est tout de meme curieux de constater que rien ne ce passe alors que c’est le moment ideal pour faire davantage parler d’eux…

  3. Non seulement la macronie rend fou, mais, tous les jours montre son visage dictatorial!!

    Je suppose que vous savez tous que la mobilisation des Gilets Jaunes, pacifistes à 99,99%, ne l’oublions pas), non seulement ne s’est pas essoufflée, mais a pris de l’ampleur dès le début de l’année et est restée stable ce WE.

    Vous savez tous que la marche pour la vie, elle aussi stable d’année en année et elle aussi pacifiste a eu lieu ce dimanche.

    Or, que voyons nous ce matin dans la presse?
    Titres du Point :
    — Les fakes news économiques données par les Gilets Jaunes,
    –Les bébés sans bras (en fait sans mains)
    — Le blindage de Bribri devant les médisances
    — Le grand débat : une victoire
    — L’augmentation de l’estime de minus (pardon, manu)
    — le rocambolesque saut du 11emme étage d’un paquebot

    Sur le Figaro
    –Les bébés sans bras
    — Macron reçoit les patrons pour leur vanter ses réformes
    — Plusieurs articles sur le Brexit
    — La cote de popularité de Macron remonte

    ** Rien, strictement rien sur les Gilets Jaunes.
    ** Rien strictement rien sur la Marche pour la Vie
    ** Rien strictement rien sur les blessés d’hier, bien qu’il y ait eu moins de casseurs, ceci grâce aux Gilets Jaunes qui commencent à faire leur service d’ordre.
    ** Rien sur l’état de santé des blessés de l’équipe de sauvages aux ordres de castaner
    ** Rien sur le traité qui sera voté entre l’Allemagne et la France

    Et il est 9h 20!

    Soit les esclaves de la macronie sont en vacances, soit ils respectent les ordres d’une macronie en déroute, qui leur impose de faire un lavage de cerveau du « populo fainéant et inculte et une rétention des informations qui les dérangent!

    Soit celles médias ne sont pas des esclaves de la macronie, mais en font partie, tout comme la justice et, donc, de fait sont tous bons pour la Sibérie, ou, dans d’autres culture, le goudron ou les plumes, ou encore être attachés au poteau totem, autour du quel nous allons danser de joie de les voir effrayés de ce qui les attend…

    (il existe tant d’autres réjouissances de par le monde lorsque les « ennemis des peuples » sont attrapés, que je ne vous délivre qu’une faible partie de celles ci, et ce, parmi les moins cruelles)

  4. Suzanne, vous vous faites du mal en allant lire ces sites! Vous commencez mal la semaine……..

    • C’est vrai Papsy, je devrais boycotter les médias mainstream pour aller sur les médias de réinformation! cela me ferais du bien.
      mais je suis tellement curieuse, que je veux toujours voir -et vérifier- ce qui nous attend, nous moutons, pour la prochaine tonte!

      Ceci dit non, je ne pense pas mal commencer la semaine! (et je n’ai pas mal fini la dernière)

      Je vais aller chanter tout à l’heure « je te veux » d’Erik Satie -version féminine- devant mon prof de chant (pas pour Christiane, qu’elle-il me pardonne,car je n’ai pas viré ma cuti)

      Hier, en concert, nous avons chanté de tout notre cœur (et chœur) : « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine », entre un Debussy et des textes d’Apollinaire

      Ce soir nous allons travailler un Stabat Mater pour notre Concert de juillet!!!

      De quoi me / nous nettoyer le cerveau de toutes les horreurs nauséabondes lues sur les journaux subventionnés par ce petit manuminus.

      Merci Papsy de vous préoccuper de ma santé.
      je vous en suis profondément reconnaissante.

      • Oh mais je ne suis pas tout à fait altruiste, Suzanne! Vous écrivez tellement ce que je pense, que ça m’évite de faire des efforts.
        Bravo pour la chorale, non seulement ça aide à bien respirer mais ça gonfle le moral.

  5. Les medias, fêlés de goche a tout va, se sont vendu depuis longtemps pour leur ideologie.

    Cela ne date pas d’hier cette felonie, cette pseudo incomprehension, ou carrement incomprehension,les medais a force de manipuler,
    et de se manipuler pour etre le plus a goche, a perdu le sens des realités depuis longtemps, et envers le peuple qu’il manipulent…

    Un media normal, ordinaire, normal, c’est un media qui manipule et ceux depuis des decennies, alors rien de nouveau a l’ouest.

  6. Tous les medias sont tenu par 9 ou 10 milliardaires, c’est l’argent qui decide, comme pour macron avec l’immense puissance qu’est la banque rotschildt derriere lui, ou tous les figurants, tous vendus et mis en place executent leurs ordre.

    Fillon le disait a Philippe De Villiers qui ne l’acceptait pas d’ou son retrait de la politique, c’est l’argent qui decide des lois et ses super riches travaillent contre les peuples, dont le fameux Bidelberg, immense puissance d’argent regrouper ensemble par le monde, dont son president a été vu a la telé rencontrant Fillon au presidentielle.

    Un aperçu…

    Philippe de Villiers « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu » (22/10/2015)

    https://www.youtube.com/watch?v=Ugk5CQc4Ypo

    11 Mn
    Entretien avec Philippe de Villiers pour « Le moment est venu de dire ce que j’ai vu »
    https://www.youtube.com/watch?v=SVkAn3esv1Y

    37 Mn

    Politique: Manipulations et corruption des médias ….
    25 Mn
    https://www.youtube.com/watch?v=Qr5E7O6eMRE

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