Les Français ne travaillent pas assez !

Publié par le 26 Mai, 2019 dans Blog | 0 commentaire

Les Français ne travaillent pas assez !

On taxe souvent les Français d’arrogance. C’est parfois justifié, particulièrement dans le domaine politique !

Dans combien de débats avons-nous entendu l’échange suivant ?

– La comparaison de la France avec les autres pays européens n’est pas en notre faveur.
– Mais, sur ce point, la situation en France est particulière !

On entend aussi très souvent cette maxime assénée sans aucune justification :

Comparaison n’est pas raison !

Je pense exactement le contraire ! Les jugements en relatif sont bien souvent beaucoup plus pertinents que les jugements en absolu ! Dire que la France est un pays ultra-libéral est un non-sens mais dire qu’elle est plus étatiste que l’Allemagne ne se conteste pas.

Prenons par exemple, le sujet de la durée du travail en France. Dites à un politique de gauche qu’en France on ne travaille pas assez, notamment comparé à l’ Allemagne. Vous serez immédiatement taclé avec la répartie suivante : « vous voulez qu’on importe les minijobs allemands en France ?  Ou les contrats zéro heure anglais ? »

Et l’argument est immédiatement poussé sous le tapis. « Circulez, y’a rien à voir !  »

Voici un article de l’économiste Pierre Cahuc qui se réfère à une étude comparative pertinente réalisée par des chercheurs scandinaves qui montre que la France est en queue de peloton en terme de durée du travail par habitant :

Travailler tous, travailler plus : le secret du miracle allemand

Des experts reconnus affirment que les Français travaillent peu comparé aux habitants des autres pays riches. D’autres, tout aussi reconnus, affirment le contraire. Difficile de s’y retrouver car la comparaison n’est pas évidente. Tout d’abord, il faut savoir de qui on parle : des personnes en âge de travailler ou de l’ensemble de la population ? Des personnes en emploi à temps plein seulement ou aussi à temps partiel ? Il faut également préciser la nature des heures : la durée hebdomadaire du travail ou la durée annuelle ? Les jours fériés ?

Deux chercheuses et un chercheur (*) viennent de créer une riche base de données, à disposition du public, sur les heures de travail de différentes catégories de personnes à partir  d’une définition harmonisée pour 18 pays européens et les Etats-Unis, de 1983 à 2015. Ces données présentent l’intérêt de pouvoir comparer le nombre d’heures de travail des personnes en âge de travailler, de 15 à 64 ans. C’est une mesure pertinente pour apprécier l’intensité du travail sur l’ensemble du cycle de vie. Selon ce critère, ce sont les Italiens qui travaillent le moins, avec 890 heures par an en moyenne de 2013 à 2015. Viennent ensuite les Grecs, les Espagnols, les Irlandais, puis les Français avec 1 000 heures. La France est donc bien en queue du peloton. Les plus gros travailleurs sont les Suisses, avec plus de 1 300 heures, et les Américains, avec 1.260 heures. Les Allemands, les Anglais et les habitants des pays scandinaves sont en milieu de peloton, avec 1 100 heures.

Ces différences conditionnent en grande partie les différences de PIB par habitant pour ce groupe de pays. L’évolution de la France et de l’Allemagne depuis deux décennies l’illustre clairement. Au début des années 2000, le revenu par habitant était 6 %plus élevé en Allemagne et l’écart est aujourd’hui passé à 16 %. Pendant la même période, les heures travaillées sont passées de 1 000 à 1 100 en Allemagne, tandis qu’elles ont stagnées autour de 1 000 en France.

La progression allemande s’est essentiellement opérée grâce à une forte chute du chômage et en repoussant l’âge de départ à la retraite. C’est surtout la création d’emplois à temps partiel qui a réduit le chômage : les personnes en marge de l’activité, dont beaucoup ont des difficultés à trouver. des emplois à temps plein, ont pu travailler à temps partiel grâce à des réformes qui ont flexibilisé le marché du travail. Selon l’Enquête sociale européenne, cette diminution du chômage est associée à une amélioration considérable du bien-être des personnes les plus défavorisées et de l’ensemble de la population.

De nombreuses études montrent en effet qu’obtenir un emploi, même à temps partiel, améliore le bien-être indépendamment de l’accroissement de revenu induit par la reprise d’emploi. En deux décennies, les Allemands sont donc devenus nettement plus riches et plus heureux que nous car ils se sont mis à travailler plus en ouvrant l’accès à l’emploi à des personnes qui en étaient exclues. Les finances publiques en ont évidemment aussi largement bénéficié. Ainsi, le « miracle Allemand » repose sur une recette très simple : travailler tous, quitte à ce que certains travaillent peu, pour travailler plus collectivement.

Pierre Cahuc, professeur d’économie à Sciences Po, pour Le Figaro

*Alexander Bick, Bettina Brüggemann, Nicola Fuchs Schündeln, Hours worked in Europe and the United States: new data, new answers, «The Scandinavian Journal of Economics », Février 2019

L’article original est disponible ici :

Hours worked in Europe and the US: New data, new answers

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