La Pologne, caillou dans la chaussure bruxelloise

Publié par le 3 Nov, 2026 dans Blog | 0 commentaire

La Pologne, caillou dans la chaussure bruxelloise

Le putsch en cours du gouvernement polonais contre le tribunal constitutionnel, réalisé avec la bénédiction de Bruxelles, a remis les projecteurs sur ce pays.

Avant l’accession au pouvoir du premier ministre Donald Tusk, un européiste convaincu, la Pologne, comme la Hongrie, résistait aux oukases de l’Union européenne.

Depuis l’arrivée de Donald Tusk, Bruxelles est rassuré et le soutient pour faire rentrer dans le rang ce pays qui tentait farouchement et scandaleusement de conserver une part de sa souveraineté.

Le contrôle de force du tribunal constitutionnel par le gouvernement polonais n’est qu’un épisode de la normalisation à marche forcée en cours de ce pays.

C’est le grand amour entre Donald Tusk et Ursula von der Leyen

Voici un tweet de Guillaume Herblot qui montre comment ce pays résiste à Bruxelles :

La Pologne est ce caillou particulièrement agaçant dans la chaussure de l’Europe selon von der Leyen et ses affidés, elle réussit trop bien en refusant de suivre le mode d’emploi.

Ce n’est pas une anomalie passagère, c’est un contre-modèle structurel qui contredit plusieurs axiomes du projet fédéraliste bruxellois.

Axiome 1 : sans euro et sans centralisation monétaire, point de salut.

L’idée est élégante. Une monnaie unique, une politique calibrée pour tout le monde, et éventuellement une union fiscale pour finir le travail. Sauf que la Pologne a gardé son złoty, a absorbé les chocs par dépréciation, et a continué à croître plus vite que la zone euro. L’opinion y est majoritairement hostile à l’euro. On se retrouve donc avec un grand pays qui converge économiquement tout en gardant sa monnaie. C’est gênant. Ça donne l’impression que l’euro n’est pas la condition magique de la prospérité qu’on vend. On préfère donc parler d’« égoïsme » plutôt que de regarder les chiffres.

Axiome 2 : l’État de droit, c’est ce que Bruxelles décide.

Sous le PiS, on a gelé des fonds et lancé des procédures. La Pologne a continué à devenir la 6e économie de l’UE. Depuis Tusk, l’apaisement est partiel, mais le président Nawrocki et d’autres continuent de dire qu’on peut être dans l’UE sans être l’UE. Le caillou, c’est que la croissance n’a pas suivi la courbe de la docilité institutionnelle. On peut donc continuer à brandir le « backsliding » comme si les résultats économiques étaient un détail.

Axiome 3 : la migration, c’est la relocalisation ou rien.

Les quotas de 2015 étaient présentés comme la solidarité incarnée. La Pologne a dit non. Elle a absorbé beaucoup d’Ukrainiens, orientés vers le travail, et n’a pas connu les mêmes transformations sociales et sécuritaires que d’autres. Chômage bas, croissance élevée. On peut toujours parler d’« illibéralisme » ou de refus de partager, mais le résultat concret est qu’une politique plus sélective n’a pas empêché le développement. Ça dérange ceux qui veulent que le modèle unique soit le seul possible.

Axiome 4 : la sécurité se pense d’abord en instruments européens.

Pendant que certains discutent d’autonomie stratégique et de projets communs, la Pologne dépense autour de 4,5-5 % de son PIB pour la défense, renforce le flanc oriental et soutient concrètement l’Ukraine. C’est le plus haut ratio parmi les grands alliés de l’OTAN. On peut appeler ça du nationalisme ou du manque de foi européenne. On peut aussi constater que le hard power national et les liens transatlantiques produisent des capacités plus rapidement que les mécanismes encore en construction. Encore un contre-exemple malvenu.

Axiome 5 : les normes(climatiques, industrielles, sociales) s’imposent de manière uniforme, et ça bénéficie à tous.

Le Green Deal et les conditionnalités partent du principe qu’une transition rapide et homogène est forcément bonne. La Pologne, avec sa structure industrielle et énergétique différente, a résisté à certaines exigences tout en attirant des investissements et en exportant. Sa croissance n’a pas été stoppée. On peut continuer à expliquer que le coût est juste et nécessaire. Le problème, c’est que le pays qui freine partiellement continue de tourner plus vite que la moyenne.

Le réflexe « pro-russe » qui tombe dès qu’on souligne ces réalités est particulièrement pratique. Il permet de ne pas répondre sur le fond. La Pologne est l’un des pays les plus hostiles à Moscou, avec des dépenses de défense élevées et un soutien à l’Ukraine. Mais dès qu’elle refuse de se dissoudre dans le modèle unique, on trouve plus simple de coller une étiquette que de discuter des chiffres.

Ce qui irrite vraiment, ce n’est pas un archaïsme. C’est qu’un grand État membre tire profit du marché unique et des fonds sans adopter pleinement l’euro, les quotas, la subordination institutionnelle et l’uniformisation normative.

Les axiomes de l’Europe voulue par von der Leyen et ses alliés supportent mal les contre-exemples qui marchent.

Guillaume Herblot sur X.

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