Au secours ! Nos enfants ne savent plus lire !

Publié par le 2 Jan, 2018 dans Blog | 5 commentaires

Au secours ! Nos enfants ne savent plus lire !

Aujourd’hui, le fait de dire : « C’était mieux avant ! »
vous catalogue immédiatement parmi les vieux c … s !

Vous êtes priés d’admettre le principe suivant : la civilisation progresse, l’Homme progresse, la France progresse, l’Europe avance. Tout est mieux qu’hier et moins bien que demain.

Le progrès est une roue à cliquet : elle ne peut tourner que dans un sens. Le bon ! Dire l’inverse, fait de vous un défaitiste, un adepte du « déclinisme », un conservateur et au final un réac !

Pourtant, s’il est un domaine où l’expression « C’était mieux avant ! » souffre peu de contestation, c’est bien celui de l’école. D’autant plus que la dégradation de la qualité de l’enseignement, en France, est attestée par de nombreux outils de mesure, outils indépendants de l’Education nationale et utilisés au niveau de l’Europe pour comparer les niveaux des jeunes Européens. La France y est très mauvaise et pire, plus mauvaise chaque année !

Voici le résume d’un article très intéressant publié  par Jacques Billard dans les colonnes de Causeur.fr. Un article intitulé :

L’étude internationale du Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS) vient d’être publiée. Sans surprise, nous sommes parmi les plus mauvais. Nos élèves ne savent pas lire. Plus exactement, ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent et c’est le ministère qui le reconnaît :

« Depuis PIRLS 2001, la performance globale française baisse progressivement à chaque évaluation. En 2016, l’écart est significatif et représente – 14 points sur la période de quinze ans. Les performances basées sur la compréhension de textes informatifs baissent davantage (- 22 points) que celles des textes narratifs (- 6 points).

Les processus de compréhension les plus complexes (Interpréter et Apprécier) baissent davantage (- 21 points) que les plus simples (Prélever et Inférer, – 8 points).

On retient que les élèves parviennent à suivre une histoire qu’on leur raconte (narratif), mais n’en relèvent pas les détails (informations) et qu’ils prennent tout au premier degré (ils n’interprètent pas).

On ne joue pas d’un instrument sans connaître son solfège

On retient aussi que le vocabulaire du ministère reste un vocabulaire pédagogiste : « performance », « prélever », « inférer », « développement de stratégies », développement des « compétences en compréhension »…

Ce vocabulaire, à lui seul, explique déjà le problème de l’enseignement de la lecture, car il fait de l’acte de lire une activité extérieure au texte lu. Il fait du texte non un milieu dans lequel on plonge, mais un objet qu’on saisit à l’aide d’instruments. Or, ce qui permet de comprendre un texte, c’est justement d’y entrer et nullement de le prendre comme un objet extérieur auquel on applique des techniques d’inquisition. Le rapport au texte doit être fusionnel, intime. Le tenir sous le scalpel en vue d’une extraction de sens, c’est le perdre ! C’est confondre Victor Hugo avec le Chaix.

La lecture, c’est donc d’abord un rapport à la lecture. Or, toute notre pédagogie, depuis au moins une quarantaine d’années, repose sur des postulats qui ne facilitent guère l’apprentissage de la lecture, voire l’interdisent.

D’abord il y a ambiguïté sur la notion de lecture, mot par lequel on désigne à la fois l’apprentissage, le déchiffrage, le b-a-ba et la lecture courante, l’immersion dans un texte. Le mot désigne à la fois le déchiffrage et la compréhension. Les méthodes classiques d’enseignement distinguaient bien les deux, mais les méthodes pédagogistes se sont employées à dévaloriser la première au prétexte de la seconde.

Apprendre à lire, c’est avant tout construire des automatismes, lesquels, une fois acquis, permettront de lire. Tant que ces automatismes ne sont pas acquis, rien n’est possible. Bien entendu, on peut travailler les deux finalités en même temps, déchiffrage et acquisition du sens, ce que faisaient les maîtres d’autrefois, aujourd’hui disparus, en faisant déchiffrer jusqu’à la mise en place des automatismes. Mais dans le même temps, le maître lisait le livre de manière à ce que le contenu du texte motive ce premier geste de déchiffrage.

C’est en lisant qu’on devient un bon enseignant de la lecture

Si l’école ne parvient pas à corriger les effets induits par le monde moderne, c’est aussi parce que la formation des maîtres est quasi inexistante. C’est d’ailleurs bien simple : depuis qu’il a été décidé d’élever le niveau de recrutement des professeurs des écoles à bac+2 puis bac+3 puis bac+4, les maîtres n’ont plus de formation. Un bac + n, n pouvant tendre vers l’infini, ne fera jamais un instituteur d’autrefois seulement pourvu des vrais baccalauréats de Première et de Terminale.

Les écoles normales primaires se sont dégradées en IUFM, lesquelles ont été fermées à cause de leur nocivité et remplacées par des ESPE qui ne sont pas plus utiles, sinon pour relayer auprès des maîtres les lubies pédagogiques et politico-idéologiques des ministères cédant aux groupes de pression. Et on n’est toujours pas sorti du principe d’ignorance qui pilote la formation : le maître doit savoir enseigner, sans nécessairement être lui-même très savant.

Sur les questions de lecture, il est triste de devoir remarquer que les maîtres eux-mêmes ne lisent pas, ou très peu. Comment pourraient-ils donc obtenir des élèves ce qu’ils ne pratiquent pas eux-mêmes ?

Sacraliser le livre à l’école

Enfin, sur les questions de compréhension des textes, le problème n’est pas dans les techniques d’interrogation des textes (la « prise d’indices »), mais dans le milieu culturel où l’élève est plongé. Si, à la maison, le livre n’existe pas et si à l’école le livre n’est pas d’une certaine manière sacralisé, rien ne sera possible. Et si l’école ne constitue pas, pour les élèves qui en ont besoin, un vrai milieu de culture, les textes autres que narratifs ne seront jamais compris.

Nous verrons bien ce que le ministère va proposer pour remonter la pente. Mais si le pédagogisme continue de conserver les postes stratégiques, on ne proposera, à coup sûr, que le renforcement des méthodes responsables du mal à soigner.

Jacques Billard pour Causeur.fr






5 Réponses à “Au secours ! Nos enfants ne savent plus lire !”

  1. On nous annonce, enfin, il faut le découvrir en bas de page, écrit en tout petit, la « fin du passé simple » …
    Cela fait des années que j’ai pu constater la médiocrité de l’expression, écrite et orale chez les jeunes diplômés, et je parle de Bac + 4 et plus … C’est affligeant. même sur Internet où il y a l’aide du correcteur orthographique …
    Le ministre Blanquer affiche de bonnes intentions, j’attends de voir la mise en application.

  2. La fin du passé simple, du subjonctif, de l’orthographe, des accords du participe passé, la féminisation de certains mots, l’écriture inclusive, l’accord des adjectifs avec le nom le plus proche….. Que va-t-il rester de notre belle langue? Et comment les générations futures (et même les enfants actuels) pourront comprendre nos grands auteurs de Zola à Hugo, Baudelaire ou Molière?
    Heureusement qu’il existe encore des adorateurs de la langue française dans d’autres pays qui la feront vivre!

  3. Toute cette baisse afin de remplacer notre culture ( la vraie) par celle des migrants arrivant du desert ou de milieu defavorisés, qui parait ‘ils, sont une chance pour la France…
    cette vue extremiste et partiale est evidement celle de la goche.

  4. Nos enfants ne savent plus lire… Mais leurs parents non plus, en tout cas pour certains!
    Ancienne formatrice dans le milieu médical (formation continue), je me suis aperçue, au fil du temps que mes stagiaires, dont l’âge allait de 20 ans à 50 ans, étaient de plus en plus incultes.

    Les médecins prescrivaient : « une cuillèr à cafer au dîné » (véridique, même le mot « cuillèr, mot que l’on peut supposer non fini par manque de temps, si nous débordons de gentillesse).

    L’informatique n’a rien changé à la donne, si ce n’est l’obligation pour les infirmiers et autres professionnels ayant besoin de ces prescriptions de tout vérifier, du fait des fautes de frappe. (j’ai vu 77 comprimés, par exemple…)

    Tout cela pour dire que les correcteurs d’orthographe, c’est bien, sauf s’ils corrigent seuls selon une occurrence souvent idiote qui fera qu’un mot sera remplacé par un autre, et non souligné de rouge, donc indécelable si on relit vite.

    Quant aux autres professionnels, l’année de ma retraite, une bonne partie d’entre eux m’ont reprochée d’utiliser des mots compliqués (et pourtant des mots typiquement professionnels non remplaçable par des périphrases)

    Lorsqu’un.e stagiaire hurlait à une autre : « tu nous em…erde avec tes questions », vous imaginez bien le vocabulaire succinct utilisé au domicile devant les enfants!
    Combien de mots utilisés?
    « M..de », « P..in c’ke t’esch….t », ayant sans aucun doute les plus grandes occurrences!

    Aussi, il est certain que le passé simple ou le subjonctif (trop bourge!) n’étaient pas leur tasse de thé. Donc comment leurs rejetons pouvaient-ils apprendre leçons d’orthographe et de grammaire?

    Quel pouvait être le niveau de compréhension d’un texte, lorsque les susdits ne parlaient que de Nabilla et autres « artistes » de télé-réalité ou de « Plus belle la vie »?

    Avez vous vraiment lu un discours politique? Où sont les textes littéraires auxquels on devrait s’attendre?
    Et pourtant, il est évident que les auditeurs ne captent pas la moitié de ce qu’ils ont entendu! (la pensée du politique étant « trop complexe »!)

    Donc oui, problème de milieu culturel.
    (il suffit de lire les nouvelles versions adaptées du Club des 5, par exemple…)

    Et oui, aussi, problème de recrutement de bas niveau des instits (pardon, des « professeurs des écoles »)
    J’image la difficulté de recrutement : qui choisir entre un nul et un nul?
    Les bons, retenus, s’empressant de partir vers d’autres cieux professionnels dès que possible, lorsqu’ils constatent le vide sidéral installé dans la boîte crânienne de leurs élèves.(associé à l’obligation de mettre systématiquement la moyenne afin de ne pas stigmatiser!)

    Autrefois, l’école permettait de faire grandir les enfants de toutes couches sociales.
    Aujourd’hui, l’école permet aux bons de rejoindre le troupeau des médiocres.

    Et ce n’est pas près de s’arrêter.
    Je doute que la volonté de ce gouvernement soit d’améliorer la lecture et la compréhension d’un texte!

    Comment voulez vous faire avaler à quelqu’un qui sait lire, raisonner et réfléchir, les absurdités d’un discours de Jupiter (qui manie avec art, je le reconnais, l’oxymoron)ou qui prend conscience des vulgarités éructées par certains autres?
    Comment voulez vous faire accepter des lois sordides (comme les futures lois d’éthique à l’étude) à des lecteur sachant ce que veut dire : respect de l’autre, autonomie, responsabilité, physiologie, questions existentielles, bienfaisance, bientraitance, empathie (mot toujours mal compris et utilisé dans la majorité des cas à la place de l’expression « identification-projection »)…

    La perte de la possibilité de lecture allant avec la perte de compréhension d’un texte, il est plus facile de manipuler un peuple inculte, voire analphabète, qu’un peuple qui sait lire, comprendre, réfléchir, se questionner et donc refuser une loi ou un règlement stupide (sauf pour celui qui l’a écrit)

    Donc il est peu probable qu’un gouvernement dictatorial veuille créer le bâton pour se faire battre aux élections, en permettant aux électeurs de comprendre ce qu’ils veulent dire.
    je ne crois donc pas à une amélioration de l’apprentissage de la lecture (et tout ce qui gravite autour) sauf si celui qui la met en place est masochiste!

  5. Suzanne,
    « qu’en termes élégants , ces choses-là sont dites ! »
    Merci pour vos textes!

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