Culture : l’inquiétante dérive mondiale

Publié par le 16 Mar, 2020 dans Blog | 1 commentaire

Culture : l’inquiétante dérive mondiale

J’ai déjà plusieurs fois publié des articles sur les ravages de la pensée progressiste qui veut tout régenter, tout moraliser, tout contrôler, au mépris des libertés d’expression et de création artistique.

Juger des événements ou des oeuvres d’art d’un autre siècle avec nos critères d’aujourd’hui, dont beaucoup sont pour le moins contestables, est une pure hérésie.

Notre démocratie est en danger !

Nous devons réagir et combattre la dictature des minorités avant qu’elle ne détruise la société.

Le Figaro Magazine vient de publier un intéressant dossier sur les dérives moralisantes observées dans le monde de la culture.

Voici des extraits d’un article signé Eugénie Bastié et intitulé :

ART, CINÉMA, ÉDITION, THÉÂTRE : L’INQUIETANTE DERIVE

Réécrire, relire, interdire : ce n’est désormais plus au nom de la morale religieuse que les oeuvres sont mises à l’index, censurées ou interdites, mais au nom du progrès. Quand féministes et antiracistes excluent au nom même de l’inclusivité.

« A chaque fois que je me retrouve comme ça, dans une grande réunion du métier,
je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle
» :

voici comment la comédienne Aïssa Maïga s’est adressée au parterre de la cérémonie des César le 28 février dernier, lançant un grand discours sur l’inclusivité, déplorant que les Noirs aient toujours été relégués aux rôles de voyous des cités avant d’appeler Vincent Cassel « renoi » pour son rôle de délinquant dans La Haine. « On voudrait vous dire, on ne va pas laisser le cinéma français tranquille », proclama- t-elle, le « on» faisant référence aux minorités « invisibilisées » dans le cinéma français.

« Où sont les gens racisés dans le cinéma ? Les réalisateurs racisés ? » s’interrogeait de son côté la même semaine Adèle Hanel, nouvelle coqueluche du « metooisme » français dans The New York Times. « Il y a des exceptions, comme L adj Ly […] (le réalisateur des Misérables; NDLR) ou Mati Diop (réalisatrice d’Atlantique, NDLR), mais ça n’illustre pas du tout la réalité du milieu du cinéma. Cela reste minoritaire», affirmait l’actrice, sous-entendant que les minorités devaient devenir majoritaires dans la production audiovisuelle.

La récompense attribuée à Roman Polanski lors de cette soirée mouvementée fut au fond le dernier acte de résistance de la France à l’empire du politiquement correct américain, le baroud d’honneur d’un monde à l’agonie : celui où l’on pouvait juger de la production artistique sans idéologie.

Quelques jours plus tard, une décision venait acter le retour de la censure : l’annulation par le groupe Hachette de la publication aux Etats-Unis des Mémoires de Woody Allen, accusé d’avoir abusé sexuellement de sa fille adoptive Dylan Farrow : le groupe cédait là à la pression, suite à la manifestation d ’employés américains d’Hachette et aux protestations de Ronan Farrow, frè re de l’accusatrice,journaliste du New Yodoer ayant révélé les frasques de Harvey Weinstein. L’immense cinéaste, dont les derniers films sont privés de sortie aux Etats-Unis, n’a donc même plus la possibilité de s’exptimer alors qu’il n’a été ni jugé ni condamné. À l’image du mouvement #MeToo, parti de Hollywood, le cinéma étasunien est à l’avant-garde d’une nouvelle censure progressiste qui n’agit plus au nom de la morale mais au nom du progrès. Cinquante-deux ans après l’abolition du fameux code Hays, ensemble de règles puritaines censées encadrer la production cinématographique américaine (baisers lascifs et homosexualité interdits à l’écran), la société Wamer Bros a décidé en septembre 2018 d’appliquer la clause « inclusion rider » dans le financement de ses films. Elle prévoit des quotas dans la répartition des rôles :

  • 50 % de femmes,
  • 40 % de minorités ethnique,
  • 20 % de personnes handicapées,
  • et 5% de personnes LGBT.

Là-bas, on compte les Noirs sans complexe.

Quand la censure vient de gauche …

Il est loin le temps où l’Église, les groupuscules d’extrême droite et l’Etat censuraient L’Âge d’or de Dali et Bunuel ou La Religieuse de Jacques Rivette.

Aujourd’hui, les censeurs ont changé de visage: ils ne portent plus la calotte mais les cheveux bleus, ne militent plus à l’Action française mais dans des collectifs intersectionnels ou racisées.

« Jadis la censure venait de la droite conservatrice et moralisle. Désormais, elle surgit de la gauche »,

reconnaît l’essayiste Caroline Fourest dan son dernier livre Génération offensée (Grasset). Progressistes, féministes et antiracistes, ils imposent une nouvelle codification des arts. Reprenant la maxime de Victor Hugo : « L’art pour l’art peut être beau, mais l’art pour le progrès est plus beau encore », les nouveaux Ernest Pinard condamnent et expurgent au nom même de l’inclusivité. Cinéma, théâtre, opéra, expositions, histoire de l’art, littérature: tous les domaines sont touchés par ce nouveau code moral qui se déploie selon trois modalités plus ou moins coercitive: relecture, réécriture, censure.

Carmen en meurtrière …

Parfois, on va jusqu’à réécrire les classiques. comme le metteur en scène italien Leo Muscato, qui, à l’opéra de Florence, en janvier 2018, a proposé une version féministe de la fin de Carmen : la jeune bohémienne n’est plus tuée par le brigadier don José fou de jalousie, mais appuie sur la détente et supprime son agresseur. Une (ré)vision plus conforme à l’esprit du temps. « L’idée m’a été suggérée par le directeur du théâtre, qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen. Il estime qu’à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable d’applaudir le meurtre de l’une d’elles. »

Enfin, il y a la censure pure et simple. On ne compte plus les expositions, pièces de théâtre, films boycottés ou annulés sous la pression de groupes militants. Citons, entre autres, l’annulation d’un spectacle de chant sur l’esclavage en juillet 2018 au Festival international de jazz de Montréal accusé d ‘« appropriation culturelle » car les interprètes étaient majoritairement blancs. Ou celle de la pièce d’Eschyle Les Suppliantes, qui devait se tenir à la Sorbonne dans le cadre du festival Les Dionysies, annulée au motif que les comédiens emploieraient des masques faisant songer à la pratique du blackface. Parfois, ce sont des tableaux qui sont décrochés : à la Manchester Art Gallery, Hylas et les Nymphes de John William Waterhouse a été retiré pendant une semaine « pour réfléchir sur le genre », dans le sillage de la révolution #MeToo : les nymphes dénudées seraient le symbole de la domination des femmes à l’ère victorienne.

En réalité, le tableau représente une scène de harcèlement d’un homme par des femmes, puisque le pauvre Hylas est enlevé par des nymphes éprises de sa beauté ! Dans la salle à manger de la très prestigieuse université de Cambridge, c’est une toile représentant un tableau de chasse qui a été un peu plus tard décrochée car elle indisposait les étudiants végans pendant leur déjeuner …

Vague de censure

On le voit, la majorité de ces atteintes à la liberté créatrice provient des pays anglo-saxons, où, enclenché plus tôt, le politiquement correct est encore plus puissant que chez nous, où l’esprit voltairien et la culture universaliste constituent de solides anticorps. La France semble résister à la vague puritaine : de nombreux intellectuels de tout bord se sont élevés contre l’interdiction de la pièce d’Eschyle, tandis que Roman Polanski, pourtant accusé de viol, a remporté le César 2020 du meilleur réalisateur. En France, Proust triomphe encore sur Sainte-Beuve. Mais jusqu’à quand ? La vague de censure est d’autant plus puissante qu’elle ne s’appuie plus sur un ordre moral transcendant mais sur le « sentiment » et la culture des droits. Ce que Greg Lukianoff et Jonathan Haidt appellent « le droit de ne pas être offensé » dans leur livre The Coddling of the American MindLe chouchoutage de l’âme américaine »). Difficile aux modernes de résister à d’autres modernes, comme le prédisait déjà Charles Péguy :

« Les anciennes censures, l’ostracisme grec, l’exil ancien, l’extermination de la cité, la rn ise au ban […] l’excommunication, l’index étaient ou comportaient des sanctions redoutables. Souvent mortelles. […] Elles atteignaient […] beaucoup moins gravement et définitivement les libertés intellectuelles que ne les atteint le savant boycottage organisé dans le monde moderne par le monde moderne contre tout ce qui toucherait à la domination du moderne. ».

Eugénie Bastié pour Le Figaro Magazine.

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Une réponse à “Culture : l’inquiétante dérive mondiale”

  1. Richard Mauden dit:

    “Français malgré eux” : ces indigénistes qui veulent déconstruire la France
    Mickaël Fonton
    Publié le 08/03/2020 à 17:35

    Anne-Sophie Nogaret professeur de philosophie, et Sami Biasoni, normalien, chargé de cours à l’Essec, consacrent un essai à la pensée racialiste, décolonialiste ou indigéniste. Ses sources historiques, ses acteurs, ses réseaux, la menace qu’elle fait peser sur l’unité nationale.
    Valeurs atuelles. L’expression “malgré eux” renvoie aux “malgré nous”, ces Alsaciens et Lorrains ayant dû combattre dans les rangs allemands. Pourquoi avoir choisi de titrer ainsi votre ouvrage ?
    Sami Biasoni. Le terme “malgré nous” désigne en effet les Alsaciens et les Mosellans intégrés contre leur gré aux forces allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale, à la suite de l’annexion des départements français germanophones de l’Est. Il y a bien sûr un écho à cette terrible période de dislocation nationale dans l’évocation des « Français malgré eux » de notre époque. Lorsque la porte-parole du Parti des indigènes de la République déclare avec emphase appartenir « à [s]a famille, à [s]on clan, à [s]on quartier, à [s]a race, à l’Algérie, à l’islam », il nous paraît légitime de questionner les sentiments intimes de son auditoire militant – celui de la mouvance indigéniste et décolonialiste – à l’endroit de la France.
    Le fait qu’une partie de nos concitoyens ne puisse désormais envisager les rapports sociaux autrement qu’au travers de l’opposition systématique entre une “blanchité” occidentale intrinsèquement dominatrice et une “indigénité” synonyme de subalternité imposée remet en cause le socle universaliste sur lequel notre nation a été bâtie. Sans parti pris, si ce n’est celui de l’attachement à notre bien commun, nous nous proposons de déconstruire la déconstruction historique et philosophique qui sous-tend cette “pensée”, tout en tentant de rendre visible la manière dont ses arguments influencent le débat national.

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