En marche vers l’immobilisme …

Publié par le 9 Oct, 2018 dans Blog | 4 commentaires

En marche vers l’immobilisme …

En marche vers l’immobilisme, c’est le titre du dernier ouvrage de Agnès Verdier-Molinié dont je relaye souvent ici les propos.

Agnès Verdier-Molinié est la directrice de la fondation IFRAP, qui se présente comme un Think Tank dédié à l’analyse des politiques publiques, laboratoire d’idées innovantes.

Elle pourfend régulièrement les syndicats pour leur corporatisme et les gouvernements pour leur incapacité à réduire les dépenses publiques.

Voici des extraits d’une interview qu’elle a donnée à Valeurs actuelles :

Valeurs actuelles : Dans la présentation du budget 2019, le gouvernement vient de se féliciter de 6 milliards d’euros de baisses d’impôts pour les ménages. Peut-on réellement espérer un gain de pouvoir d’achat ?

Agnès Verdier-Molinié : Il convient de toujours rester très prudent avec ce genre d’effet d’annonce. Comment l’addition pour atteindre ces 6 milliards de baisses d’impôts pour les ménages est-elle faite ? Pourquoi recompte-t-elle des baisses de charges qui ont déjà été entérinées en 2018 ? Une partie de ces 6 milliards de baisses d’impôts est totalement virtuelle. Regardons un instant les chiffres: la CSG augmente d’au moins 22 milliards quand les cotisations salariales baissent de 22 milliards. Où est la baisse d’impôts ? Elle relève surtout d’un tour de passe-passe.

En réalité, les 6 milliards de pouvoir d’achat en plus annoncés par le gouvernement n’existent pas. Et ce d’autant plus que le gouvernement refuse de compter dans son addition la hausse des cotisations de retraites complémentaires, qui augmentent de 1,8 milliard d’euros en 2019.

Ce n’est guère mieux en ce qui concerne la mise en place du prélèvement à la source. Les 5,9 milliards d’impôts prélevés sur la fiche de paie des Français en décembre ne seront enregistrés dans les recettes qu’en … 2020. Pourtant, ils seront bel et bien payés par les Français en 2019 ! Mais dans ce cas, le gouvernement ne compte pas l’impact sur le pouvoir d’achat des Français …

Il y a pourtant un principe en comptabilité que le gouvernement ne semble pas respecter, celui de la permanence des méthodes comptables d’un exercice à l’autre. Dans les deux exemples cités, la méthode de calcul du gouvernement change. Le jeu de bonneteau est maîtrisé à la perfection, avec un  sens de la communication poussé à l’extrême. C’est ce que je décris dans mon livre, En marche vers l’immobilisme. On assiste ici à un véritable jeu de dupes qui vise à faire un contre-feu au retour du ras-le-bol fiscal.

Valeurs actuelles : La France n’a donc retrouvé aucune attractivité fiscale ?

Agnès Verdier-Molinié :  Comment voudrions-nous que la France retrouve son attractivité fiscale alors que, en face de la fiscalité, les dépenses ne baissent pas ou quasi pas ? Tant que la règle de bon sens qui voudrait qu’on vote en simultané 1 euro de baisse de dépenses pour 1 euro de baisse d’impôts ne sera pas appliquée, renouer avec l’attractivité sera impossible.

D’où le fait que fleurissent en permanence de nouvelles idées de taxes, comme une sur le sel, ou une augmentation de la taxation des successions, ou la taxe foncière progressive en fonction du revenu … Même si ces projets sont rejetés un à un, cela montre bien la fébrilité de la majorité en matière de recettes. Malgré les annonces, l’effort pour baisser et rationaliser notre maquis de taxes est faible. L’exit tax, qui ne rapporte que 70 millions d’euros, devait être supprimée, elle sera juste toilettée. Et, alors qu’on nous parle depuis dix ans de la suppression des petites taxes (celles qui rapportent moins de 150 millions d’euros par an et représentent 5 milliards de recettes), en 2019, le gouvernement n’en supprimera que 20 pour … 130 millions d’euros. À ce rythme, il faudra quarante ans pour toutes les supprimer.

Et, pour la taxation des entreprises, on n’est pas loin non plus du jeu de bonneteau déjà évoqué pour les ménages. Le gouvernement nous rabâche que les entreprises sont les grandes gagnantes de ce budget, mais les 20 milliards de CICE étaient dus de toute façon car ils viennent des années antérieures. Si on fait, là encore, le vrai décompte, c’est plutôt une augmentation de leur fiscalité que nos entreprises vont constater en 2019. De l’ordre de 4 milliards d’euros, notamment avec la hausse de la fiscalité locale qui continue et celle des taxes énergétiques. Et, pendant ce temps-là, le chômage stagne à 9 % et notre balance commerciale est encore annoncée à – 65 milliards d’euros en 2019. La France est désormais le pays le plus taxé, devant le Danemark. Quand allons-nous nous réveiller ?

Valeurs actuelles : Les dépenses publiques continuent de gonfler …

Agnès Verdier-Molinié :   Le gouvernement a peu à peu repoussé, depuis son accession au pouvoir, les objectifs ambitieux de baisse de dépenses à la fin du quinquennat, il a aussi quasi enterré le rapport « Cap22 » … Résultat, pour l’État, les dépenses augmentent, certes peu, mais elles augmentent de 0,7 %. Et pour cause, les suppressions de postes annoncées ne sont pas au rendez-vous.

Souvenons-nous: Emmanuel Macron promettait 120 000 suppressions de postes d’ici 2022, dont 50 000 pour l’État. Une mesure forte, mais qu’en est-il ? 1660 postes supprimés pour l’État en 2018, 4173 en 2019 … Quand serons-nous aux 50 000 ? Dans huit ou dix ans ? Et la masse salariale de l’État continue, elle aussi, d’augmenter et atteindra en 2019 les 88 milliards d’euros pour la première fois. Encore une fois, un record.

Quant aux nouvelles annonces gouvernementales, elles ont tout du virage social et vont clairement dans le sens de dépenser plus. C’est le cas avec le plan pauvreté, estimé à 8,5 milliards d’euros, ou du plafond de dépenses d’assurance maladie, revu à la hausse.

Retrouvez l’ensemble de l’interview dans ce document pdf.

Propos recueillis par Marie de Greef-Madelin et Frédéric Paya pour Valeurs actuelles.






4 Réponses à “En marche vers l’immobilisme …”

  1. J’aurais plutôt titré « En marche vers toujours plus d’oppression fiscale ».
    J’ai le bonheur de l’expérimenter à titre personnel en ce moment même, ayant touché l’an passé en quittant mon entreprise un solde de tout compte comprenant nombre de RTT « épargnées », et avec la taxe d’habitation (non baissée pour moi) et la taxe foncière, je me retrouve en cette fin d’année à payer en impôt chaque mois quasiment tout ce je gagne. J’ai beau avoir prévu tout cela, l’effet psychologique est rude… Et double effet, mon taux de prélèvement à la source en janvier va être surévalué de 5 points, il faudra 3 à 4 mois pour le modifier, et le trop perçu sera restitué en 2020…
    Mais assez parlé de mon petit cas égoïste.
    Tout cela m’amène à citer une interview très intéressant publiée par le Point le 01/09 : Philippe Nemo : « L’effet psychologique du prélèvement à la source sera brutal », disponible pour ceux qui ont les accès abonnés.

    J’en résume les grandes lignes.
    – Le prélèvement à la source va créer un choc psychologique majeur (qu’il juge heureux) car les Français vont enfin prendre conscience du poids réel de la fiscalité. Et qu’une part majoritaire de leur travail va à l’Etat et aux organismes sociaux qui l’utilisent conformément à leurs intérêts propres.
    – Pour 100€ de pouvoir d’achat réel, un français paye 135 € de charges, impôts et taxes. La moyenne européenne est à 85€.
    – Toute une partie des ces prélèvements est masquée. Les impôts indirects, mais aussi la dissimulation partielle délibérée des charges à travers la notion de « charges patronales » inventée par les socialistes, et dont VGE a imposé au forceps qu’elles figurent sur la fiche de paie
    – Le fait de transformer les entreprises en collecteurs d’impôts, sans contrepartie ni rémunération de l’acte, s’apparente à un rétablissement de la corvée
    Il aborde le point essentiel de la philosophie de l’impôt :
    -« On tient pour évident que la justice sociale consiste dans la « redistribution », comme si « redistribution » ne signifiait pas, par définition, la spoliation des uns au profit des autres (pas des plus pauvres, hélas, mais plutôt des catégories sociales qui savent s’organiser au sein de puissantes bureaucraties) »
    – Depuis le début du XXe siècle, le poids des prélèvements a quintuplé (de 10% à 50% de la richesse. Cela s’est fait sans trop de cris car la forte croissance connue à certaines époques a permis l’accroissement de l’impôt sans diminuer le revenu disponible en francs.
    – Mais cette époque est révolue, et l’état continue à prélever toujours plus ce qui ne peut se faire sans appauvrir la société.
    Ce cite le dernier paragraphe qui décrit parfaitement la France de Hollande, Macron, & Co, et que malheureusement la Droite n’a jamais vraiment osé remettre en cause :
    – « Le socialisme a totalement bouleversé la nature de l’impôt par rapport à ce qu’il était au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe. Sous la Révolution française, on avait supprimé le mot « impôts » au profit de celui de « contributions ». On voulait souligner par là que dans la société de droit qu’on entendait fonder, composée de citoyens égaux et libres liés par un contrat social, il pouvait y avoir un consentement à contribuer volontairement aux dépenses publiques. Les citoyens sont rationnels, ils comprennent qu’ils ont besoin d’un appareil d’État pour assurer les tâches régaliennes (police, justice, défense…) et la production de services collectifs (routes, infrastructures…), que ces services ont un coût, et qu’il est légitime que chacun y contribue. L’impôt était donc conçu comme un échange : les citoyens paient pour que l’État leur rende des services. C’est cette philosophie de l’impôt qu’on enseignait dans les écoles de la République jusqu’au début du XXe siècle. Mais les socialistes (et une de leurs branches très influentes en France, le solidarisme), ainsi que les marxistes avaient une conception toute différente de l’impôt, qu’ils ont fini par faire prévaloir. Pour eux, l’impôt est essentiellement un correcteur d’inégalités sociales. Paiera l’impôt celui dont on considère qu’il a « trop » de revenu ou de patrimoine par rapport à une norme arbitrairement définie. L’impôt sera sans contrepartie : on donnera, et on n’aura rien en échange, procédé autrement connu sous le nom de vol. C’est donc une injustice. L’impôt devient une violence, à laquelle, bien évidemment, nul ne peut plus consentir. L’État socialiste refranchit la ligne de la Révolution française dans le sens rétrograde : il revient à l’Ancien Régime, à l’impôt imposé. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, sachant que l’impôt n’est plus et ne peut plus être consenti, l’État est conduit à employer de plus en plus de ruses pour le collecter. Il multiplie les taxes invisibles – et c’est bien pourquoi, peut-être, il est en train de commettre une erreur fatale en instituant le prélèvement à la source qui rend l’impôt visible comme le nez au milieu de la figure. »

  2. Les ex-Républicains zélés ont plein d’idées pour se faire une place en Macronie comme la championne des affamés Aurore Bergé qui veut faire payer la taxe sur l’audiovisuel à tous les écrans.
    Après avoir soutenu Juppé, puis Fillon, candidat officiel des LR, elle a rallié LREM pour hériter d’un poste de député.
    Je pense qu’elle veut un poste de ministre ou secrétaire d’État alors elle est devenue plus royaliste que le roi, ou plus macronienne que « Manu » lui-même.
    Voilà la colonne vertébrale du Juppéisme et de la droite molle en général comme Hugues Renson, Franck Riester et consorts !!!

  3. En marche vers l’immobilisme?

    Mais non, voyons, Son Altesse sérénissime, Grand Maître des Horloges , « Que la paix et la bénédiction de ses copains soient sur lui  » , a dit, à propos du remaniement dû gouvernement du aux démissions de deux ministres :

    « « je souhaite prendre tout le temps nécessaire, dans le calme, le professionnalisme et le respect des personnes, à la composition d’une équipe cohérente et de qualité au service des Français »

    Ce n’est donc pas de l’immobilisme, mais du professionnalisme!

    • C’est donc que ceux déjà en place ne seraient pas compétents? Et pourtant, il parait qu’on va les garder, ça ne se bouscule pas au portillon!!!

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