Le politiquement correct gouverne notre société

Publié par le 3 Mai, 2019 dans Blog | 0 commentaire

Le politiquement correct gouverne notre société

Je relaye ce matin un article de Mickaël Fonton paru cette semaine dans Valeurs actuelles. Il a regroupé dans son texte, 9 petites histoires qui illustrent l’emprise du politiquement correct dans la France d’aujourd’hui.

C’est ici une créature androgyne choisie pour représenter la France à l’Eurovision (on aura mis, cette fois-ci, toutes les chances de notre côté !) C’est là un être humain ayant l’apparence d’un homme qui prétend ne pas l’être, sans crainte de paraitre ridicule. C’est aussi l’incroyable et intense campagne médiatique pour la promotion du livre de Marc-Olivier Fogiel écrit à la gloire de la GPA, pourtant interdite en France. C’est encore une pièce d’Eschyle interdite pour délit de « black face » ou Alain Finkielkraut empêché de parler à La Sorbonne.

La France est en train de perdre toute sa liberté de parole, d’opinion, pour satisfaire à la dictature des minorités.

Bilal Hassani, Hapsatou Sy, Bolsonaro :
le politiquement correct en pleine forme

À ceux qui le pensent moribond, on rappellera que le politiquement correct sévit encore très régulièrement en France. La preuve avec quelques histoires édifiantes.

Autant l’avouer tout de suite : on les avait oubliés. On avait oublié Mamoudou, Hapsatou, Bilal et Maryam. Pour tout dire, on ne s’en portait pas plus mal, tant leur irruption dans l’espace médiatique avait donné lieu à une avalanche de commentaires aussi absurdes qu’irritants. On est malgré tout content de se rafraîchir la mémoire, car il ne suffit pas de dire que le politiquement correct sature le débat, encore faut-il le prouver. C’est chose faite et, finalement, ce ne fut pas très difficile. Il a suffi de sonder rapidement le paysage médiatique français, et une bonne dizaine d’histoires sont remontées à la surface. Des histoires édifiantes qui font une année et qui surtout, avec le temps, font une société.

Le balcon de Mamoudou Gassama

Il y a donc eu Mamoudou, Mamoudou Gassama, le jeune Malien qui, il y a bientôt un an, le 26 mai 2018, a sauvé un enfant suspendu à un balcon. Le geste était beau — ça s’appelle du courage, voire de l’héroïsme. Bien sûr, ce ne sont pas le courage ou l’héroïsme qui ont valu à Mamoudou d’être célébré, car, bien souvent, le politiquement correct ne se prive pas de prendre de haut ces vertus. Ce qui a compté dans cette histoire d’escalade, c’est le symbole : un jeune migrant qui sauve un enfant. En pleine crise migratoire, l’épisode tombait à pic. On a parlé de « leçon de vie » voire de « leçon d’humanité » pour la France, on a évoqué un « terrible pied de nez » à tous ceux qui refusent d’accueillir chez eux la misère du monde. Mamoudou a, certes, commis l’impair de remercier Dieu de l’avoir aidé, ce qui ne se fait pas dans une République laïque, mais comme on ne savait pas de quel Dieu il parlait, ça n’a pas empêché qu’il soit reçu par Emmanuel Macron, décoré par Anne Hidalgo puis promptement naturalisé.

Le voile de Maryam Pougetoux

Après Mamoudou, Maryam ! Maryam Pougetoux. Cette jeune femme n’a pas escaladé un immeuble, elle a simplement porté un voile, comme des milliers de jeunes Françaises. En général, le politiquement correct évite de s’attarder sur ce phénomène, mais la situation est devenue médiatiquement sensible car Maryam est responsable d’un syndicat étudiant, l’Unef, producteur historique de cadres du Parti socialiste et jusque-là farouche défenseur d’un féminisme progressiste qui entre mal dans un hidjab. En exhibant tranquillement le sien devant une caméra de M6 pour justifier le blocage des universités, Maryam a donné lieu à un affrontement musclé entre féministes anti-voile et antiracistes antianti-voile ; affrontement où se devine la mort d’une certaine gauche, ce qui réjouira les adversaires du politiquement correct, mais affrontement tout de même pénible à suivre, puisque mettant aux prises deux discours pontifiants et agressifs.

Arnaud Gauthier-Fawas : “Je ne suis pas un homme”

Après l’homme-araignée et la femme voilée, place à l’homme qui n’en était pas un. Invité d’un numéro sur le site Internet Arrêtsurimages.net pour parler de la Gay Pride, Arnaud Gauthier-Fawas stupéfie le présentateur, Daniel Schneidermann, avec cette réplique, qui a fait le tour du Net : « Je ne suis pas un homme, Monsieur […] si vous confondez identité de genre et expression de genre, on est mal partis. » Toute une vie au service du politiquement correct pour se faire ainsi reprendre de volée ! On comprend la stupeur du pauvre Daniel Schneidermann, qui en était resté à la lutte pour la parité (il y avait quatre « hommes » pour une seule « femme » en plateau) quand Arnaud était déjà trois combats plus loin. La séquence a beaucoup fait rire, mais ce ne sont pas les rieurs qui ont gagné. Le bon sens et l’humour sont même les grands ennemis du politiquement correct. Arnaud Gauthier-Fawas n’est pas un hurluberlu ou quelqu’un de dérangé, comme on pourrait le croire : il est l’avant-garde de l’armée des non-binaires, la dernière minorité en lutte, l’opprimé du nouveau genre. Organe du politiquement correct par excellence, l’Obs vient d’ailleurs de leur consacrer un dossier spécial.

Hapsatou : Le prénom du scandale

Venu sur le plateau des Terriens du dimanche pour évoquer Destin français (Albin Michel), son dernier ouvrage, l’essayiste Éric Zemmour souligne, dans le cours du débat, que les prénoms ne sont pas anodins, qu’ils incarnent l’histoire de France, et rappelle qu’il y a peu il était encore obligatoire de choisir le prénom de son enfant dans le calendrier chrétien. Pris à partie par une chroniqueuse de l’émission prénommée Hapsatou Sy, qui exhibe son prénom comme un joyeux démenti, Zemmour lui répond en substance : « Votre mère a eu tort de vous appeler ainsi, elle aurait dû vous appeler Corinne, par exemple, ça vous irait très bien. » L’identité chrétienne et l’impératif de l’assimilation contre le libre choix individuel et la glorification de l’origine exotique ! Difficile d’imaginer façon plus efficace de choquer la bien-pensance contemporaine ! Si Éric Zemmour a pu compter sur le soutien du présentateur, Thierry Ardisson, la scène médiatique lui est, une fois de plus, tombée dessus.

La belle histoire de Marc-Olivier Fogiel et de ses deux filles nées de GPA

Le politiquement correct fonctionne beaucoup à l’émotion, à la juste douleur, comme celle d’un homme qui aime un homme et qui, n’ayant pu assouvir par ce biais son “désir d’enfant”, a eu recours à d’autres méthodes. Grande figure médiatique, Marc-Olivier Fogiel est cet homme. Marié avec François, il a deux filles, conçues par GPA aux États-Unis. « Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? », questionne-t-il dans une biographie dont la parution a été accompagnée d’un « plan com » soigneusement ficelé. Avant de se plaindre de cette exposition, « Marco » s’est répandu sur tous les plateaux, dans tous les magazines, en commençant par faire la une de Paris Match. Il a pleuré et fait pleurer. La GPA est illégale en France ? Inutile de vous emporter, tout le monde est contre, même ceux qui ont trouvé l’histoire « tellement émouvante ». Rassurez-vous, la loi est la loi et il ne s’agit pas de la changer ni même d’influencer le débat. Ou à peine. Seulement, on ne résiste pas à une belle histoire d’amour, c’est tout. Médiatiquement du moins : malgré une promo hors norme, le livre s’est mal vendu. Par ailleurs, quand un vrai père perd sa vraie fille, au Bataclan par exemple, et qu’il ose protester contre le laxisme de la justice face à l’islamisme, sa douleur n’intéresse plus personne, au contraire. Comme l’écrira le Monde, ce pauvre monsieur se laisse aller à « la haine ».

Tout le monde déteste Bolsonaro !

Homophobe« misogyne »« raciste »« fasciste » : le nouveau président brésilien, Jair Bolsonaro, coche toutes les cases. Son élection, au mois d’octobre, a donné lieu dans la presse nationale à une collection de portraits au vitriol. Un cri d’effroi d’une rare unanimité, à faire pâlir d’envie Trump, Poutine ou Assad, ces autres maudits du politiquement correct. Le Brésil recouvert d’une « ombre brune » « basculé dans une grande inconnue ». Aucune démocratie n’est à l’abri dès lors que « le néolibéralisme avait préféré Hitler au Front populaire » (dixit le député mélenchoniste Éric Coquerel), et il faut d’urgence « ériger des murs contre le fascisme ». La difficulté à trouver une analyse qui ne se contentait pas d’énumérer les multiples saillies de « l’ancien député d’extrême droite », d’un goût effectivement douteux, est assez éloquente, quand on repense aux centaines d’articles défendant la politique désastreuse du président du voisin vénézuélien. Morale de l’histoire : quand on est un ancien militaire (circonstance très aggravante aux yeux du politiquement correct) il vaut mieux s’appeler Chávez que Bolsonaro !

Greta Thunberg sauve le climat

C’est la « papesse » de cette nouvelle religion qu’est la lutte contre le changement climatique. Greta Thunberg, une Suédoise de 16 ans, a vu tous les lycéens de la planète prendre modèle sur sa « grève climatique » (du moins ceux qui ont le temps et les moyens d’être, comme elle, révoltés par les méfaits de la civilisation occidentale), puis a reçu tous les honneurs des grands de ce monde — à commencer par ceux d’Emmanuel Macron, qui n’a pas perdu sa fibre « écologiste » avec le départ de Nicolas Hulot du gouvernement. De plus en plus d’articles (dont un reportage édifiant du mensuel Causeur, vidéo à l’appui) ont beau démonter les mécanismes de ce qui n’est qu’une vaste opération de propagande où la pauvre adolescente tient le rôle d’un effrayant pantin, il y a fort à parier que cela n’incite pas nos décideurs à changer de credo. Sauver la planète, c’est le slogan politiquement correct par excellence.

Bilal Hassani, Tintin au Congo et Eschyle censurés, passages piétons arc-en-ciel, on y a eu droit aussi

Le politiquement correct, ce sont de grands événements mais aussi, mois après mois, une petite musique de fond. Ce sont les passages piétons parisiens coloriés en arc-en-ciel pour lutter contre l’homophobie, c’est Tintin au Congo désormais uniquement publié en édition numérique pour ne pas encourager la diffusion d’une oeuvre aux relents colonialistes, c’est l’écriture inclusive qui, lentement, grignote du terrain. Quoi d’autre ? C’est le candidat homosexuel Bilal Hassani choisi pour porter les couleurs de la France au concours de l’Eurovision, c’est l’Académie française qui se soumet à la féminisation des noms de métier, c’est Marlène Schiappa qui annonce sur RTL la création d’une « brigade antidiscrimination ». C’est enfin une pièce d’Eschyle empêchée d’être jouée parce que certaines actrices feraient acte de racisme en portant des masques noirs… Ce sont de petits symboles ou de grands combats qui, chacun à leur niveau, en disent long sur une société et expliquent comment celle-ci a lentement changé de visage.

La promotion de l’ESM, Général Loustaunau-Lacau, débaptisée pour « antisémitisme »

Il faut en tout cas éviter de commettre certaines fautes ! La preuve en a été donnée en novembre dernier, dans le contexte très franco-français de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, quand les autorités de l’armée de terre ont décidé de renoncer à baptiser la promotion 2016-2019 du nom du général Loustaunau-Lacau. Saint-cyrien, héros des deux guerres mondiales, résistant, déporté à Mauthausen, rescapé de la « marche de la mort », Loustaunau-Lacau était aussi, semble-t-il, « notoirement antisémite ». C’est-à-dire qu’il avait, juste avant-guerre, animé une maison d’édition, La Spirale, dont certaines revues publièrent des articles antisémites. La réalité est qu’il fut aussi et surtout farouchement anticommuniste, ce qui lui valut un procès (sans suite) à la Libération. Peu importe, certaines erreurs ne pardonnent pas. Déjà accusée d’avoir voulu célébrer Pétain (parmi huit maréchaux de la Grande Guerre), pour le centenaire de l’Armistice, l’armée avait tout intérêt à faire profil bas. Ce fut chose faite. La promotion fut débaptisée et un « parcours de mémoire » mis en place pour le choix d’un nouveau parrain.

Mickaël Fonton pour Valeurs actuelles.

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