Le premier faux pas de Jean-Michel Blanquer ?

Publié par le 11 Sep, 2018 dans Blog | 6 commentaires

Le premier faux pas de Jean-Michel Blanquer ?

Je connais déjà la réaction de Suzanne à mon titre :

« Le premier faux pas ? Mais, Blanquer, il trébuche depuis ses débuts au gouvernement ! »

Oui, pour Suzanne je fais partie de « ces aveugles encore fascinés par ce ministre de l’Education » qu’elle dénonçait dans son dernier post.

Oui, il est vrai que j’approuve en grande partie les orientations de Jean-Michel Blanquer, ce qui n’en donnera que plus de crédibilité à ma critique d’aujourd’hui le concernant.

Car je pense que la promotion de l’enseignement de l’arabe à l’école est une mauvaise décision. J’avais compris que les priorités du ministre de l’éducation étaient limitées à quatre:  « lire, écrire, compter et respecter autrui ! » Même pour les enfants issus de l’immigration, la priorité absolue ne devrait-elle pas d’apprendre le français, première condition d’une meilleure assimilation ?

Par ailleurs, cette décision ne sera t-elle pas interprétée comme une véritable provocation par les nombreux Français (pas tous fascistes) qui voient dans l’islam une menace ? Certains diront même :

« On dirait du Najat Vallaud-Blekacem ! »

Cette idée de promotion de l’arabe à l’école vient d’un rapport de l’essayiste Hakim El Karoui publié par l’Institut Montaigne et intitulé la fabrique de l’islamisme. De nombreuses personnalités se sont élevées contre cette idée et parmi elle, Luc Ferry sur Europe1 et Barbara Lefebvre dont j’ai choisi de vous proposer un texte publié sur sa page Facebook :

Barbara Lefebvre

On prend LE même et on recommence … revoici Hakim El Karoui sur l’islamisme (oui pas l’islam : attention ne pas confondre ça n’a rien à voir – « not in my name »)
Il continue à faire passer ses synthèses de l’institut Montaigne (ici 600 pages que bien peu iront éplucher) pour des travaux inédits de chercheur… la blague.

Il en remet une couche avec son idée d’enseigner l’arabe à l’Ecole publique arguant du fait que le nombre d’élèves étudiant l’arabe à l’école a baissé de 50% quand il a été multiplié par 10 dans les mosquées … et il laisse donc entendre que c’est l’Ecole qui a obligé à ce repli. Odieux (surtout quand le journaliste en face ne dit rien et acquiesce outré par tant de discrimination !) Non l’éducation nationale a fermé progressivement ces classes au cours des dix dernières années car … il y avait de moins en moins d’inscrits, d’années en années. Pourquoi ? parce que les familles préféraient que leurs enfants apprennent l’arabe coranique et pas l’arabe littéraire moderne. Voilà la raison que El Karoui ne veut pas dire ! donc il peut toujours ouvrir des classes d’arabe dans les ZEP, les familles n’y inscriront pas leurs enfants car ils veulent les confier à l’imam, pas à un enseignant de la République.

Ensuite le « pognon de dingue » du halal fait baver bien des gens et El Karoui a bien l’intention d’utiliser cette manne pour construire SON islam « de France » contre l’islam non occidental des salafistes décrits comme des héritiers dégénérés de l’islam bédouin ; c’est en gros sa démonstration … « l’islam religion occidentale » on a hâte de voir ce que ça va donner grâce à El Karoui qui sort très peu du 16 ème arrondissement de Paris. Il a beau rêver de construire son islam sur le modèle consistorial juif, il n’y arrivera pas parce que l’histoire des juifs de France n’a rien à voir avec celle des musulmans. Pas plus que Napoléon n’a à voir avec Macron. La culture diasporique, l’histoire juive depuis l’expulsion de Judée par les Romains, la lente construction d’un judaïsme européen, puis français, tout cela a couru sur des siècles et est très singulier au peuple juif et à l’histoire de l’Occident chrétien puis moderne, mais passons : les leçons d’histoire c’est barbant paraît-il… Vouloir copier les institutions juives, les structures communautaires c’est au mieux naïf au pire débile. Créer un grand imam de France sur le modèle napoléonien (déjà fort contestable sur le plan de la tradition religieuse juive) du Grand rabbin de France est du même ordre : inepte. Et que M. Korsia – grand ami des Macron – ait pu être à l’origine de cette étrange idée comme on l’entend de ci-delà, laisse perplexe.

Ce rapport El Karoui comme les précédents n’a qu’un objectif (médiatique) : se rendre politiquement légitime et incontournable pour être bientôt nommé Grand mamamouchi de l’islam de France par son ami Macron (qu’il a connu à la banque Rothschild et au sein des Young Leaders : CQFD). La fondation que El Karoui a prévue pour gérer le « pognon de dingue » du halal sera dirigée par lui ou un de ses sbires et le pompon du grand imam de France sera attribué au gentil imam Tarek Oubrou qui n’est plus du tout un méchant Frère musulman bien entendu depuis qu’il a vu la lumière de la Légion d’Honneur – merci Juppé … On va pouvoir dormir tranquille.
Tout cela est cousu de fil blanc pour qui suit ces sujets depuis des années, depuis le calamiteux CFCM de Sarkozy qui a mis les islamistes au cœur du jeu politique de l’islam en France. A l’époque El Karoui soutenait tout cela. Maintenant il le dénonce pour devenir vizir à la place des vizirs (algériens, turcs etc.). Pas une fois El Karoui n’interroge pourtant la question de la binationalité qui est pourtant centrale (et pour cause il est franco-tunisien). Phénomène massif en France qui montre que créer l’islam DE France est une illusion.

L’islam en France existe, il doit s’organiser dans le cadre de la loi de 1905, point final. Il n’a pas besoin d’accommodements, de cadres particuliers. Il se fond dans le moule d’une culture politique qui l’a précédé ou alors il va voir ailleurs. Les Musulmans qui veulent vivre leur foi de façon orthodoxe (voile, barbiche du Prophète, kamis-Nike et tutti quanti) disposent de nombreux Etats dans le monde pour ce faire, personne ne les retient. Ceux qui veulent vivre en France parce qu’ils sont attachés à ce pays qui les a accueillis ou les a vus naître respectent notre distinction « laïque » entre vie publique (où règne la neutralité religieuse et où domine le bien commun national) et vie privée (où on peut vivre librement sa foi dans toute la richesse de son folklore ou de sa spiritualité – au choix !).

Arrêtons de donner à des pantins comme El Karoui aujourd’hui,
Boubakeur hier, une autorité et une légitimité qu’ils n’ont pas.

Pas plus que le Grand rabbin de France ou le président du Consistoire, moins encore les notables du CRIF n’ont d’autorité spirituelle et politique sur les Français juifs qui pensent par eux-mêmes. Tous ces gens ont été nommés (crées) pour être des interlocuteurs des pouvoirs publics, c’est tout. Ils ne parlent, ni n’agissent au nom des groupes qu’ils sont supposés représenter.

Qu’on se le dise … 

Barbara Lefebvre

Vendredi 14 septembre : je rajoute la vidéo d’une interview de Jean-Michel Blanquer sur LCI. Même s’il n’y a rien à retirer au papier de Barbara Lefebvre, il faut reconnaitre que les propos de Jean-Michel Blanquer ont été trop souvent  interprétés et même déformés. Cette vidéo est accessible ici.






6 Réponses à “Le premier faux pas de Jean-Michel Blanquer ?”

  1. JM Blanquer vient de faire la démonstration qu’il est bien un des apôtres du « en même temps » jupitérien.. En même temps revenir aux fondamentaux et en même temps enseigner leurs langues aux enfants issus de l’immigration. Quoi de plus équivoque, pour ne pas dire antinomique?
    Etant enseignante dans les écoles françaises au Moyen-Orient, je me souviens l’exigence que nous avions à demander aux élèves (d’une vingtaine de nationalités différentes) de communiquer entre eux en français, puisque leurs parents avaient choisi une école française pour leur éducation. C’était un devoir pour le corps enseignant d’être strict dans ce domaine et les parents nous en étaient gré.
    Il me semble que nous avons ce même devoir en France. Celui d’enseigner notre langue et notre Histoire, les vecteurs de notre culture. Ce n’est pas à l’Etat français de veiller à ce que la culture d’origine des enfants de l’immigration perdure. Les familles sont là pour transmettre ce qu’elles souhaitent à leurs enfants. Comment peut-on vouloir une assimilation à la culture d’un pays et en même temps donner les moyens de s’en détourner? J’ai du mal à comprendre la logique!

  2. Certes Blanquer vient « d’expliquer » sa pensée complexe!

    « nous avons intérêt à différencier la langue arabe d’un certain fondamentalisme religieux ». Il s’agit, selon lui, d’un « cas typique d’un emballement médiatique », (le point.fr)

    Une manipulation communicationnelle de plus.

    Je me demande si les français (ou ceux qui parlent français parfaitement) vont avaler cette nième couleuvre arabo-musulmane (je ne parle pas de fondamentalisme, entendons-nous bien), destinée à assimiler les français aux « nouveaux arrivants » et non pas l’inverse.

    Que l’arabe ne soit pas obligatoire -pour l’instant- est une chose.
    Qu’on le préconise comme option est une autre chose
    Toute option étant, en général -pas en particulier- sous-tendue par une volonté autocratique actuelle d’obligation ultérieure.

    Pourquoi n’y aurait-il pas une option espagnol, italien, russe, dans nos écoles maternelles ou à partir du CP (voire chinois dans le 13eme ?), puisque, selon cette personnalité « préférée » de la droite française, l’arabe était une langue « très importante » comme le chinois ou le russe, qu’il fallait « développer » et à qui il fallait « donner du prestige ».

    L’arabe comme « langue très importante », je rêve ou quoi ? Il est vrai qu’un grand nombre d’africains parlent désormais l’arabe et non plus leurs dialectes d’origine, grâce à la culture de miséricorde, de tolérance et de paix qui s’est étendue dans ces pays, ce que l’on peut constater, par ailleurs, tous les jours.

    Le continent africain est celui qui donne le plus de prix Nobel, de découvertes scientifiques, techniques, de peintres, sculpteurs, écrivains géniaux, de la planète (hormis l’Égypte ancienne, dont il va falloir détruire la culture, à l’instar de la destruction des Grands Bouddhas?)).

    Sans doute pour cela qu’il faut lui donner du prestige…

    Il est vrai que le RAP transgenre (en langage de banlieue, sans doute assimilé au français, surtout lorsqu’on risque de voir ultérieurement l’accord des participes passés supprimés) est devenu la culture et l’art le plus au top du top depuis l’avènement de petit-manu-premier.

    Mais quid de nos banlieues, de nos quartiers occidentaux (enfin je dirais plutôt de nos « anciennes » banlieues et de nos « anciens » quartiers occidentaux)????

    Parleront ils le français, langue devenue langue morte, au même titre que notre culture, notre morale, notre éthique, nos arts et lettres, nos rituels anciens, ces derniers datant de presque 2000 ans

    Un pas de plus vers le remplacement culturel?

    A quand l’arabo-français remplaçant le globish cher à petit-manu-Premier, dans ses discours?

    Je plussoie ce que dit Mme Barbara Lefebvre

    • Pb de balises, comme à chaque fois que j’utilise word pour commenter, suivi d’un copier/coller

      Il ne fallait lire en italique que l’arabe était une langue « très importante » comme le chinois ou le russe, qu’il fallait « développer » et à qui il fallait « donner du prestige »., citation de ce monsieur, le reste étant du Suzanne dans le texte 😉

      • Stop à la destruction de nos racines, après le coup d’arrêt des langues mortes. J’ai fait du latin dans ma scolarité, il n’y a pas mieux pour comprendre l’étymologie de la langue française.

        Quand j’habitais Toulon, le père d’un camarade de classe de ma fille avais demandé à mon épouse pourquoi nous ne l’inscription à pas à l’école
        « Malbousquet »?
        Ma femme lui répond qu’une école nous a été attribuée pour l’année suivante.
        Il lui répond qu’à « Malbousquet », on apprend l’Arabe alors, c’est mieux !
        J’ai quitté (fuit) Toulon il y a 10 ans, donc j’en déduis que cela existe en école privée. De plus, il y a des options arabe LV3 au baccalauréat.
        Cela suffit largement pour ceux qui veulent l’étudier, il n’est pas besoin de generaliser une langue déjà trop utilisée dans nos quartiers pour mettre à la marge les autochtones qui se sont pliés à la législation lors de la disparition des patois régionaux, racines de la France.

        C’est un choix politique, visant une nouvelle fois la culture française (pardon, elle n’existe pas) au profit du multiculturalisme que nous ressasse Jupiter depuis son avènement.

  3. El Karoui et Blanquer posent une bonne question : la dérive communautaire dans le meilleur des cas, fondamentaliste dans le pire cas, de l’enseignement de l’arabe via des structures religieuses. Et apportent une réponse qui relève comme le dit Luc Ferry de la fausse bonne-idée.
    On retrouve le même type de questionnement (à des niveaux d’enjeux différents, et chaque problème ayant ses propres spécificités pouvant mener à des conclusions différentes ) que pour des débats tels que la prostitution, la légalisation des drogues « douces », les salles de shoot,… : puisque nous ne pouvons supprimer le problème (ici la dérive communautariste, pas l’enseignement de langue), organisons une offre « institutionnalisée » ou légalisée, qui nous permettra de mieux la contrôler et en réduire les effets négatifs. Et pourquoi pas au passage en tirer quelques substantiels revenus en taxant tout cela.
    Je ne vais pas ici argumenter sur les principes – ce qui conduit souvent à radicaliser le débat – mais sur le simple plan des chances de réussite. Or je vois au moins deux écueils majeurs qui amèneront ce projet à échouer s’il était entrepris.

    1. L’Etat n’a pas les moyens humains et financiers d’un tel projet. Pour arriver à son objectif, l’Etat ne doit rien déléguer ni sous-traiter. Or il ne dispose pas du personnel qualifié et le coût pour le former, en supposant qu’on le trouve, sera exorbitant. Donc soit rien ne se passera, soit on dupliquera la catastrophe des ELCO sous-traités aux pays d’origine qui en ont fait un outil de propagande et de prosélytisme.

    2. Pour avoir une chance de réussir, un tel plan suppose que la population cible soit à même d’adhérer massivement à l’offre « institutionnelle ». Réponse qui dans le cas qui est débattu aujourd’hui est clairement négative. Il suffit de lire l’interview sur le site du Point d’un influenceur de la blogosphère islamique pour s’en convaincre.

    Donc j’adhère à la conclusion de Barbara Levebvre. A une nuance près : je ne suis pas sûr que certains des individus cités à la fin de son article soient tant les bienvenus que ça même dans les pays du Maghreb ou en Turquie…

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