L’ENA bouc-émissaire idéal

Publié par le 23 Avr, 2019 dans Blog | 3 commentaires

L’ENA bouc-émissaire idéal

Emmanuel Macron s’apprêterait, d’après des fuites savamment orchestrées par l’Elysée, à supprimer l’Ecole Nationale d’Administration.

N’êtes-vous pas choqué qu’un seul homme, fut-il élu au suffrage universel, ait la prérogative, seul, de décider de la mort d’une institution ? Sommes-nous vraiment en République ou encore dans une sorte de République, par bien des aspects, monarchique ?

Derrière une école que je n’ai pas vocation à défendre, il y a des professeurs, tout un personnel, et aussi une histoire vielle de 3/4 de siècle.

Par ailleurs, la mesure prise par Emmanuel Macron après 23 semaines de pression mise par les Gilets jaunes, a tout de la mesure démagogique ! L’ENA est le bouc-émissaire symbolique idéal qu’il donne en pâture au peuple pour qu’il oublie ses autres revendications, notamment sur le pouvoir d’achat.

Une mesure d’autant plus démagogique que le même Emmanuel Macron, alors candidat, défendait mordicus l’ENA.

Extraits de la vidéo donnée en fin d’article :

J’ai la tête d’un moule ? et ben non ! L’ENA, c’est pas un moule. C’est un moule pour quelqu’un qui veut le devenir ou qui l’avait été déjà.

Je ne fais pas partie des hommes politiques qui pensent qu’il faut supprimer l’ENA. Qu’y avait-il avant l’ENA ? Des concours de bonne manière et des cooptations individuelles ! Je préfère un concours méritocratique.

Je ne vais pas l’attaquer cette école. Je vais la défendre ! Moi, je ne suis pas un fils de haut fonctionnaire, pas un fils de responsable politique.

Le revirement est spectaculaire et jette une fois de plus le doute sur le Nouveau monde qui devait mettre fin aux mensonges et aux politicailleries de l’ancien !

L’ENA est-elle l’école des élites ou le bouc-émissaire idéal ?

C’est la question à laquelle le débat objet de la vidéo suivante tente de répondre :

Je retire de ce débat que le problème ne se situe pas au niveau de l’ENA elle-même mais plutôt en amont et en aval :

  • En amont par le recrutement de cette école.  La faillite de l’Education nationale est la première raison à la panne de l’ascenseur social, les classes aisées ayant plus de facilité à échapper à l’enseignement public et à trouver les bonnes filières. L’idée de ne recruter que des candidats ayant une dizaine d’années d’expérience dans la fonction publique (et je rajouterai ou dans le privé) me parait par ailleurs excellente.
  • En aval, il faudrait en finir avec cette pratique qui fait que le rang du classement de sortie détermine toute la carrière du diplômé.

En conclusion …

Ce n’est pas avec la suppression du haut de la pyramide de la sélection en France qu’on changera en quoi que ce soit la rigidité de l’édifice. Il faut libérer l’Education nationale de 30 ans de pédagogisme idéologique. Il faut créer des passerelles entre le public et le privé pour instiller dans la fonction publique un peu de sens du management, de la gestion intelligente des ressources humaines et un peu de connaissance des réalités économiques.

Voici comment le candidat Macron défendait l’ENA, à l’époque :

 

A lire une réflexion bien plus savante sur l’ENA, cet aticle de l’IREF :

Suppression de l’ENA : Entre anti-élitisme primaire et lutte légitime contre les privilèges

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3 Réponses à “L’ENA bouc-émissaire idéal”

  1. Richard Mauden dit:

    Macron a raté 2 fois le concours de Normale Sup’ et raté 1 fois l’ENA.
    Vanessa Schneider : « Au lycée Henri-IV, le temple de l’élitisme républicain, les infortunes du jeune Macron ». « Pour Macron, il faut peut-être remonter à cette école d’élite, à Paris, où ses parents l’envoyèrent pour qu’il réussisse Normale Sup’. S’il n’avait pas, à plusieurs reprises, raté le concours de l’école normale supérieure, Macron aurait eu un autre destin. L’échec l’a contraint à s’inventer une autre voie. Henri-IV se situe dans la tradition de l’élitisme républicain. Guy de Maupassant, Alfred de Musset, André Gide ». Jean Paul Sartre fut élève au Lycée Henri-IV puis à Louis-le-Grand avec Paul Nizan, ensuite les deux « camarades » intègrent l’École normale supérieure, en 1924, dans la même promotion que Raymond Aron.
    Macron, qui a depuis ses échecs répétés la haine de l’élitisme républicain, n’avait pas les capacités pour pouvoir faire partie de ce club très fermé.

  2. Je ne comprends pas Macron.

    A sa place, si je voulais me venger d’un affront, ce n’est pas l’ENA que je supprimerais,l’un des rares exemples de sa modeste réussite de bête à concours mais l’ENS, où il a eu le rare privilège d’échouer deux fois 😉

  3. Le problème c’est l’emprise tentaculaire des énarques sur la haute administration … Pensée unique, avec de gros morceaux d’étatisme forcené, et des bouts de socialisme qui flottent, ça fait un brouet indigeste que nous devons avaler !
    Depuis Giscard, le nombre de non-énarques présidents, ministres, dirigeants d’entreprises publiques, se compte sur les doigts de la main, et c’est préoccupant : ils pensent et agissent tous pareil !

    De plus, le statut privilégié de haut fonctionnaire, avec la sécurité de l’emploi, et d’une carrière qui continue, permet à nombre d’entre eux de se lancer en politique, en étant assuré de pouvoir se recaser. Je rappellerai qu’en Grande Bretagne, les fonctionnaires doivent démissionner pour se présenter aux élections …

    Et oui, l’ENA a créé une aristocratie étatique, qui jouit de nombreux privilèges .

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