Les comparaisons audacieuses d’Eric Zemmour

Publié par le 17 Déc, 2017 dans Blog | 11 commentaires

Les comparaisons audacieuses d’Eric Zemmour

Il y a un peu plus de 45 ans, Claude Imbert et Olivier Chevrillon créait le magazine Le Point.

Séduit par le magazine et sa ligne éditoriale, je m’abonnai dès le début de l’aventure de ce magazine. Malheureusement, en 2011, l’arrivée d’un intrus à la tête de la rédaction, un transfuge du Nouvel Obs, me poussa à la décision difficile de rompre avec le magazine.

Cet intrus s’appelait Franz-Olivier Giesberg dont je ne pus supporter la suite ininterrompue de chroniques au vitriol contre Nicolas Sarkozy.

Claude Imbert nous a quitté il y a quelques années et je lui garde une admiration sans borne. Eric Zemmour aussi, semble-t-il, qui, a consacré, à l’occasion la publication d’un ouvrage regroupant toutes les chroniques du fondateur du Point, une billet dans le Figaro.

L’angle de ce texte est très original, voire surprenant – peut-être même provocateur pour certains – puisqu’il ose comparer le calme Claude imbert à la très pugnace Elisabeth Lévy, considérée à gauche comme l’égérie de la fachosphère.

La comparaison m’est apparue pourtant très intéressante. Je vous la soumet pour avis …

Petites maisons avec vue sur l’histoire

La différence fondamentale entre le journaliste et l’écrivain est sans doute dans leur rapport au temps. Le journaliste charrie l’éphémère tandis que l’écrivain flirte avec l’éternel. Et puis, il y a les chroniqueurs. Les pieds dans la glaise du journalisme, ils ont la tête dans les étoiles de la littérature. Ils sont à la charnière des deux mondes. Le passage entre les deux univers est consubstantiel à notre génie national. Les chroniques de Chateaubriand, Péguy, Maurras, Bainville, Suarès, Mauriac, Sartre ou Aron, et bien d’autres, sont partie intégrante de notre Empyrée* littéraire. Le recueil de chroniques est à la fois l’outil et le test du passage réussi – ou raté. Le livre donne l’épaisseur du temps; il révèle aussi cruellement les lacunes – de forme – ou les erreurs de fond.

Comme le reconnaît avec honnêteté Élisabeth Lévy,  « il y a un peu de masochisme à publier en volume des chroniques rédigées au fil de l’actualité et déjà parues ». Masochiste, la patronne du mensuel Causeur s’avère aussi le juge le plus lucide de son travail : « À l’exception de quelques très grandes plumes (du passé pour la plupart), aucun chroniqueur n’échappe aux faiblesses congénitales du genre : le bavardage flirte avec la réflexion, l’impression va au secours de la conception. »

Claude Imbert était, lui, d’une autre génération. Sa prose est plus tenue, contenue, retenue, moins débraillée, à la manière de ses costumes. Avec une pointe de coquetterie parfois, dans un mot rare ou vieillot. Ses cmoniques données chaque semaine au Point, depuis la création du journal, en 1972, s’étalent sur quarante armées et s’achèvent en 2012, au moment même où celles d’Élisabeth Lévy commencent. Les deux ouvrages éclairent crûment le choc des générations : Imbert séduit par l’élégance classique de sa phrase, quand Lévy charme par la truculence de ses formules à l’emporte-pièce. Imbert imite sans l’atteindre le modèle indépassable du Bloc-notes de François Mauriac; Lévy paye sans barguigner sa dette à l’égard de son pygmalion Philippe Muray. L’un vient d’une droite libérale et européenne, sous la tutelle de Raymond Aron; l’autre vient d’une gauche républicaine et souverainiste, sous le parrainage initial de Jean-Pierre Chevènement et de Régis Debray.

Les deux ont en commun d’être membres de ce nouveau pouvoir médiatique dont Imbert a annoncé l’avènement, avec une prescience admirable, lors de la chute de Nixon dans le scandale du Watergate :

Dressée sur la dépouille du président américain, une nouvelle classe de la société d’aujourd’hui émerge : celle des campus universitaires, des intellectuels, des ingénieurs, des professions libérales, des cadres, celle qui (…) se définit par son savoir et ses compétences. Cette classe ne tolérait pas le mépris que Nixon lui vouait.  Distincte du monde ouvrier, comme de cette bourgeoisie industrielle, agricole et commerçante qui reste liée à la propriété, elle constitue le nouveau tiers état des nations modernes. Ce tiers état vient de commettre calmement, sans terreur ni drame populaire, son « régicide ». Il n’est pas au bout de sa route.

Période révolutionnaire que ces années 1970, qui vont faire naître notre monde. Pour le meilleur et surtout pour le pire. Il est savoureux à ce propos de lire l’actuel directeur du Point qui, concluant sa préface élogieuse – forcément élogieuse – , se croit obligé d’utiliser les textes de son prestigieux prédécesseur comme d’un gourdin à l’intention des apôtres du « C’était mieux avant, s ‘accrochant aux photos sépia ». Or, en lisant les chroniques des années 1970, et surtout celles des années Pompidou, on est frappé par l’éclat d’une France sûre d’elle-même et dominatrice, qui n’a que des problèmes d’intendance, soldant grâce à une richesse inédite, les derniers reliquats de la misère ouvrière née au XIX ème siècle. Imbert fait ainsi l’éloge de Pompidou mourant, qui, « en homme d’État – sont- ils si nombreux ? – a maintenu les deux vérins essentiels de la machine française , c’est-à-dire la solidité de l’État et l’indépendance de la France en matière de politique étrangère. Comme cet essentiel est depuis seize ans, assuré, on le croit éternel. Il n’en est rien. »

À sa manière, Elisabeth Lévy ne dit pas autre chose, lorsqu’elle écrit à propos des problèmes rencontrés par l’école : « Je suis vernie. Je suis entrée au collège en 1973, alors que la réforme Haby était encore dans les tuyaux et je l’ai quitté avant qu’elle produise ses effets les plus désastreux.  »

Cette lutte contre le « pédagogisme » et les « baguenauderies en tous genres » (Imbert, bien sûr) ne sera pas le seul rapprochement que les temps de plus en plus orageux vont susciter entre ces deux- là. Seule la manière les oppose. Même le féminisme ne les sépare pas. Imbert glorifie « un féminisme à la française qui n’abolit pas la distinction biologique des sexes » tandis que Lévy, évoquant drôlement le temps de « Cro-Magnon et cro-mignonne » dénonce « ces effrayantes donzelles (qui) finiront par nous faire regretter la domination masculine ». Seule l’Europe reste une pomme de discorde. Affaire de génération encore. Imbert est de celle qui, au sortir de la guerre, « rêvait d’un arc-en-ciel européen pour remplacer le rose des planisphères où se peignaient la France et son Empire » , tandis que Lévy est adepte d’un agnosticisme tout voltairien vis-à-vis de la religion de l’Europe : « Seulement, essayez de fonder une religion dont le prophète serait Habermas *** ».

Et puis, il y a l’islam. La question saute au visage de tout lecteur de bonne foi. Inexistante au cours des années 1970 et 1980, elle s’impose à partir de l’affaire des voiles de Creil en 1989. « L’entêtante question de l’islam et de son acculturation en France, devenue le révélateur et l’accélérateur du malaise identitaire » (Lévy), devient au fil des ans et des chroniques, préoccupation, souci, angoisse, obsession, jusqu’à écraser, chez l’un comme chez l’autre chroniqueur, tous les autres sujets de réflexion et d’inquiétude. C’est alors, dans cette accumulation même, que le recueil de chroniques sort du journalisme pour entrer dans ce qui n’est pas encore l’éternité – et ne le sera peut-être jamais – mais est déjà l’Histoire.

Eric Zemmour pour le Figaro.

* Empyrée : Nom donné dans certains systèmes cosmologiques antiques à la sphère céleste supérieure, où était réuni l’élément igné **. Partie la plus élevée du ciel, que les dieux habitaient.

** igné : Qui est en feu. Qui se fait sous l’action de la chaleur : Fusion ignée.

*** Habermas : Jürgen Habermas (, Düsseldorf) est un théoricien allemand en philosophie et en sciences sociales. Il est avec Axel Honneth l’un des représentants de la deuxième génération de l’École de Francfort, et développe une pensée qui combine le matérialisme historique de Marx avec le pragmatisme américain, la théorie du développement de Piaget et Kohlberg, et la psychanalyse de Freud. Il a pris part à de nombreux débats théoriques en Allemagne, et s’est prononcé sur divers événements sociopolitiques et historiques. Lire la suite sur Wikipedia






11 Réponses à “Les comparaisons audacieuses d’Eric Zemmour”

  1. Certes FOG ne portait pas Ns dans son cœur, mais il faut bien avouer qu’a de nombreuses reprises je fus d’accord avec lui sur de nombreux sujets.
    Un peu comme Philippe Bilger, qui n’aimait pas Nicolas Sarkozy mais qui pour le reste est excellent.
    Je pense que l’on se doit d’accepter que la droite n’est pas que le Sarkozysme,sinon autant abandonner la lecture de BVoltaire et de Riposte laïque, très loin d’être des médias Sarkozystes.

  2. FOG, comme tout les gochistes est un jour contre NS et un autre jour, pour.
    C’est ça la goche bobo qui ne sait pas ou elle habite, en general.

    J’ai souvent entendu FOG, et je n’ai jamais ete d’accord avec lui, fourbe, pretendant etre de droite pour mieux la couler, voir affaire bigmalion.

    il est de ce moule ou un jour est plutot goche, et un autre jour d’accord avec certaines idées de droite, (mais sans jamais aller trop loin),
    plus gochiste que droite, ( evidement)
    on peut toujours compter sur lui si on cherche quelqu’un qui ne sait pas ce qu’il est.

    Pour la plupart qui n’ont pas observé les journaleux comme je l’ai fait, il peut tromper son monde il est assez malin pour presenter diverses forme d’idée mais qui n’en rejoint qu’une : rester de goche, meme si parfois il peut se perdre.

    • FOG, comme tout les gochistes est un jour contre NS et un autre jour, pour.
      C’est ça la goche bobo qui ne sait pas ou elle habite, en general.

      Rectification, je veux dire certains pas tous les gochiste.

    • J’ajoute que quand un journaleux de goche est pour la droite, c’est en general pour mieux la couler, sympa les journaleux de goche.

      F Copé, disait, il y a environ 40 % de journaleux ( gochiste ) extremiste, je vous invite a reflechir
      sur ce que j’ai pu aussi observé.

      J’invite aussi, a ceux qui croient a certains journaliste de goche, a mieux s’informer sur ceux ci,
      j’ai 25 ans d’observation particuliere sur ces zozos, croyez plutot en N Sarkozy, ou F Copé, par exemple.

      Toutes les « affaires » construite, par les journaleux de goche contre F Fillon, ne m’ont pas etonné, elle ne sont au contraire que l’aboutissement de leur sentiment contre la droite depuis deja une bonne quinzaine d’année, ou la goche n’a su que faire du ressentiment contre la droite, sous pretexe que la goche avait la verité et etait dans le camps des Cons,( avec un C majuscule), je veux dire du bien.

    • J’ajoute que la goche n’a pas supporté d’etre a plusieurs reprise eleminée du pouvoir, depuis mitterand, leur dieu, elle s’imaginait, au fond ‘delle meme, etre indeboulonable au pouvoir,
      elle a vu un peuple d’un autre avis,
      elle en a acquis de la haine contre la droite…

      Une haine souterraine, hypocrite, sournoise, celle qui ne veut pas dire son nom, mais qui se farde a toutes les « sauces », pour se masquer et continuer son travail de sape contre la droite… et le peuple desormais.

  3. Je ne suis pas en accord avec vous, que des journalistes de gauche soit d’accord parfois avec des politiciens de droite, c’est pour moi la preuve d’une honnêteté intellectuelle qui manque à plus de la moitié du monde journalistique actuel.

    FOG s’est souvent présenté comme gaulliste, certes cela ne mange pas de pain, mais j’en prends note.

    Si vous mettez FOG dans ce moule, autant y mettre Éric Brunet, que je considère comme un véritable imposteur mais souvent trop bien considèré dans ces colonnes, d’ailleurs j’attends que Valeurs actuelles mette dehors ce faux homme de droite.

    Vous parlez des affaires montées contre F.Fillon par là gauche et les journalistes, alors comment expliquez vous que le FN en général, et ses électeurs, ne croient pas en ces thèses complotiste?

    Je pense que vous êtes comme ceux que vous dénoncez, vous prêchez dans votre chapelle et êtes sectaire et sans demi mesure.

    • Je vous cite :
      que des journalistes de gauche soit d’accord parfois avec des politiciens de droite,
      c’est pour moi la preuve d’une honnêteté intellectuelle qui manque à plus de la moitié du monde journalistique actuel.

      Il peut arriver en effet qu’ils soient d’accord pour une idée, cela donne l’effet, comme vous dites, d’honnetete intellectuelle, morale, et tout et tout…mais c’est surtout superficiel, j’ai vu aussi ce que vous avez noté, et par la suite surveillé ces gens là.

      Ne vous faites pas trop d’illusions…

      Ceux que vous placez dans cette configuration sont extremement rare, et c’est plus par faiblesse que par conviction, mais quelques fois ils ont compris, c’est vrai, mais ils seront ostracisé par les autres …

      Mais, s’il doivent choisir la goche ou la droite dans des moments important, c’est la goche… en general,
      voila pour les quelques cas « normaux » assez rare quand meme, et surtout vite decevant.

      De toute façon c’est pas eux qui dirigeront le journal, donc pas de soucis pour la goche.

      Pour les autres, les vrais Cons, enfin les gochiste,
      ceux ci utiliseront les bonnes idée de centre-droite pour faire croire que cela vient d’eux, ( s’il le peuvent),
      ensuite ils sont indecrotables, gochiste jusqu’au boutiste, malgres le non sens de leurs idées.

      Ceci n’est qu’une vue generale, j’ai une observation beaucoup plus precise, qu’ils serait trop long a mettre dans ce post, ca prendrait des pages.

      Tout ce que je peux vous conseiller, c’est d’etre beaucoup plus mefiant.

      Quand a ceci :
      c’est pour moi la preuve d’une honnêteté intellectuelle qui manque à plus de la moitié du monde journalistique actuel.

      Vous dites plus de la moitié, je dirais plutot plus de 98 % au bas mot, et je suis gentil.

      Soit vous m’avez sorti ca pour me faire rire, ( c’est bientot la noel), soit vous etes comme la plupart des personnes qui se font « plumer » par les journaleux, desolé, c’est tout ce que vous etes pour eux.

    • Je vous cite:
      « Vous parlez des affaires montées contre F.Fillon par là gauche et les journalistes, alors comment expliquez vous que le FN en général, et ses électeurs, ne croient pas en ces thèses complotiste? »

      Je suppose que vous etes serieux…
      Vous etes tres loin, tres tres loin de mon experience a vous lire, et je n’ai pas eu attendre des fait mediatique contre F Fillon et N Sarkozy pour les connaitre.

      Tiens ca me fait penser que PPDA, disait de ces confreres journalistes, je le cite : des chacals et des vautours, en 1990 environ,
      la plupart des journaleux se sont ameliorés depuis,
      c’est pas cela qui m’a fait changé sur les journaleux, mais mes observations que j’ai voulu sans parti pris, et qui m’a permis de savoir qui mentait et qui etait plus « normal », ( non c’est pas hollande).

      Vous me faites perdre mon temps a parler de chose que vous ne connaissez pas apparement.

  4. Ne croyez vous pas que vous généralisez un peu trop aisément, surtout dans votre dernier paragraphe ?

  5. J’ajoute que laurent delahousse, a sciement menti a tous les francais ( x fois),
    au sujet du nombre de chomeur, a la fin du desastreux quinquenat de hollande.

    Il expliquait, avec arguments, que le nb de chomeur avait baissé et etait en dessous du chiffres officiel de 2012, sous N Sarkozy, soit … un million de chomeur en moins, donc mieux que N Sarkozy.

    Ce petit militant ( comme bien d’autre), n’a pas ete evincé de son poste pour mensonge agravé, et manquement a son devoir de journaliste,
    au contraire il reste tranquillement a son poste, tout tranquille…

    Si ces « superieur » de la chaine de TV, avait ete honnetes, ils l’auraient foutu a la porte…
    mais comme ils sont presque tous pareil, ils lui temoignent plutot leur sympathie, en esperant qu’il reussisse la prochaine fois.

    Ce n’est qu’un tres faible temoignage dans la tres tres longue liste de mefait de la part des journaleux.

    Ils ont tellement l’habitude de mentir qu’il le font comme s’il disait la verité, avec la main sur le coeur.

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *