« Les idéologies existent-elles encore ? » vous avez 4 H

Publié par le 26 Juin, 2019 dans Blog | 1 commentaire

«  Les idéologies existent-elles encore ? » vous avez 4 H

Décidément, la rubrique Le Club du site web de
Valeurs actuelles, recèle de nombreuses pépites !

Essayons d’élever le niveau de notre blog !

Mais est-ce possible ? Tentons cette gageure !

Je vous propose un très beau texte de Pierre Bentata qui traite de l’importance des idéologies encore bien vivantes dans notre monde que certains résument aux machines et aux algorithmes :

Comment les idéologies plient la réalité à leurs désirs

Les idéologies ne connaissent pas la crise. Elles, dont on prévoyait le flétrissement sous les assauts de la rationalité des Lumières ; elles encore, qu’on pensait incapables de survivre à l’effondrement du communisme ; elles enfin, qu’on savait inutiles avec l’avènement de la globalisation, font preuve d’une incroyable résilience. Loin d’être moribondes, elles pullulent, jusqu’à envahir les moindres interstices de notre quotidien.

En apparence, nos sociétés semblent bien loin de tout cela. Peuplées d’algorithmes et de machines, organisées scientifiquement, rassemblées autour des idées de progrès et d’efficacité : tout porte à croire que l’idéologie n’a plus sa place. Balayées les doctrines, oubliées les pensées de système, seuls le fait empirique et la technique importent. En apparence seulement. Car derrière la raison, ce sont encore les croyances qui gouvernent.

Pierre Bentata

Il suffit pour s’en convaincre d’observer les résultats des dernières élections européennes. Entre les gagnants et les perdants, une différence majeure : avoir ou non refusé d’épouser la version fantasmée de l’idéologie défendue. De ce point de vue, les grands vainqueurs du scrutin européen que sont les nationalistes et les écologistes ont allègrement passé le cap de la raison pour sombrer dans le mysticisme. Les premiers accusent l’Europe et la globalisation d’appauvrir les citoyens et de mettre en péril la souveraineté des États, alors que l’Europe demeure l’endroit le plus riche de la planète, le plus protégé aussi et le plus démocratique. Pour les seconds, l’imminence de la catastrophe écologique implique de réduire les libertés individuelles et de ralentir l’activité économique, dans cet espace européen où les forêts repoussent, les animaux sont protégés et la qualité de l’environnement s’améliore. Quel que soit le mal dont ils accusent l’époque, les faits donnent tort aux partisans de ces doctrines. Mieux, grâce aux mécanismes qu’elles combattent, notamment l’ouverture des frontières et le libre-échange, l’époque a déjà réalisé leurs objectifs et satisfait leurs attentes.

Les limites d’une idéologie

Pour attirer les foules, mieux vaut fustiger un système qui offre déjà tout ce qu’on promet ! Comment est-ce possible ? La raison est tristement simple : les idéologies politiques et sociales n’ont que faire de la réalité. De ce point de vue, elles se ressemblent bien plus qu’elles ne s’opposent car toutes acceptent de quitter le champ du réel pour débattre sur le terrain des idées. Les écologistes attribuent des droits à la nature et considèrent que, au nom du droit à ne pas souffrir, les animaux devraient être des citoyens comme les autres. Mais d’où viendraient ces droits si ce n’est des hommes ? De même, les communistes postulent l’existence d’une égalité naturelle que les sociétés bourgeoises auraient pervertie ; mais avant l’émergence des sociétés bourgeoises, l’égalité ne se concrétisait que dans la pauvreté absolue. Que dire des nationalistes qui posent la nation comme fondement de toute civilisation et font de la culture l’alpha et l’oméga de toute réflexion, alors qu’il est avéré que la culture se développe par sédimentation, au gré des échanges, interactions et mélanges entre les hommes, de sorte qu’aucun peuple n’est jamais figé ou homogène. Du reste, presque tous les contempteurs de l’époque accusent la globalisation de promouvoir la disparition de la société occidentale alors qu’elle se concrétise par l’occidentalisation des cultures.

Quand la réalité contredit l’idée, il faut donc nier la première pour sauver la seconde. Mais pour ne pas perdre de disciples en route, encore faut-il agir avec finesse. On ne renie pas ouvertement les faits, on les simplifie à l’extrême, jusqu’à ce qu’ils cadrent avec l’idée qu’on s’en fait. On opposera donc systématiquement l’économie ou la technique à la nature, pour mieux promouvoir l’idéal décroissant ; toute faillite d’entreprise, toute destruction d’emploi sera ramenée à l’existence d’une classe de capitalistes exploitant sans vergogne les travailleurs, quand bien même une telle division est caduque à l’heure où tout salarié détenteur d’une assurance vie ou d’un plan d’épargne est simultanément membre des deux classes. Pour chaque problème, le libéral accusera l’État, le nationaliste s’en prendra à celui qui vient de l’extérieur, le populiste à une prétendue élite qui dirige pour ses seuls intérêts particuliers, et chacun se réfugiera dans la binarité d’une pensée suffisamment caricaturale pour devenir un slogan : «  la faute au capitalisme  », «  la faute aux étrangers  », «  à la technique  », «  à la finance  »… À chaque problème son coupable et une solution qui passe par sa suppression ou l’instauration de nouvelles valeurs, de nouvelles règles, d’une nouvelle société ; comme s’il suffisait de décider pour faire advenir, de désirer pour rendre réel.

Faire coïncider tout évènement avec n’importe quelle idéologie

Telle est la politique de Procuste des idéologues qui raccourcissent ou étirent les faits selon les besoins, si bien que tout évènement finit par coïncider avec n’importe quelle idéologie. Tout se vaut, rien n’a plus d’importance. Le réel disparaît. Seule l’idée subsiste. Et dans le choc opposant des visions du monde libérées de toute nécessité de réalisme, les idéologies peuvent enfin accéder à l’immortalité sous forme de religions. Sur la pierre de son idéal politique, chacun bâtit son église. À l’origine, il y avait un paradis, dans lequel l’homme vivait enharmonie avec la nature ou avec ses congénères, au sein de peuples encore purs et homogènes, protégés des invasions barbares, ou des États ; mais le péché originel vint bouleverser cette perfection, péché originel qui, sans surprise, prend toujours la forme de l’idéologie à combattre. Et pour chacune de ces religions séculières, un salut est possible et avec lui l’avènement d’un millenium, à condition de se conformer aux règles révélées aux grands prêtres de l’idéologie tenue pour vraie.

Ainsi s’explique le doux parfum de décadence qui plane sur nos sociétés. Elles semblent vides de sens et nombre d’intellectuels et d’observateurs de tous bords en déduisent qu’elles ont déjà vécu le meilleur moment de leur existence et que l’avenir est au déclin. Mais cette impression relève d’un piège tendu par les idéologies. Nos sociétés ne souffrent pas d’un manque de sens mais d’un trop-plein d’idéaux déconnectés du réel. En témoigne le nombre de fidèles qui craignent une apocalypse – migratoire, civilisationnelle, environnementale, technologique – et nous conjurent de nous repentir avant qu’il ne soit trop tard, en nous plongeant dans la décroissance, l’autarcie, la désindustrialisation ou la création de nations animales. Dans l’imminence de la fin du monde, chacun voit midi à sa porte et tous s’unissent dans la détestation du présent et la haine des choses telles qu’elles sont.

Or, tout le risque est là. Tant que la religion aide à accepter l’incommensurabilité du mystère de la vie et l’inéluctabilité de la mort, il n’y a rien à redire ; dans la quête d’une raison d’être à l’existence même, toute réponse est la bienvenue. En revanche, quand il s’agit de juger de la situation de nos sociétés et des actions à mener pour assurer leur pérennité, l’analyse critique prime. Vivre ensemble impose alors d’accepter qu’une vérité empirique existe ; les faits n’ont jamais tort, les idéologies sont toujours imparfaites et le monde qu’elles promettent n’existe pas. Que toutes les bonnes âmes qui souhaitent sincèrement que le monde perdure se le tiennent pour dit ; il est temps de replacer la raison au cœur du village.

Pierre Benata pour Valeurs actuelles.

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Une réponse à “« Les idéologies existent-elles encore ? » vous avez 4 H”

  1. Un peu de retard pour faire ce travail. (Que j’avais fait la semaine dernière en lisant l’article papier, car j’écris toujours dans les marges de mes livres ou revues, mes impressions et réactions)

    Mais mon jardin et mes répètes de chorale me prennent beaucoup de temps.
    Oui, la vraie fausse canicule d’été ne m’empêche pas de faire mon jardin. Heureusement que je suis, parfois, comme Candide (de Voltaire)

    Vu mon grââând âge, j’en ai vu d’autres et pire, dans mes jeunes années et n’ayant pas encore Alzheimer, je me souviens de ce que me disaient mes grands-mères, arrières grands-mères et parents !!!
    Ce n’est certes pas l’habitude, mais c’est déjà arrivé maintes et maintes fois sans qu’il y ait dc barouf… ce barouf est sans doute fait pour montrer que l’augmentation du tarif EDF était « normal » !!!

    Bref, voilà mes commentaires :
    Nos sociétés ne souffrent pas d’un manque de sens, mais trop plein d’idéaux, déconnectés du réel
    Déjà, là je ne suis en désaccord avec l’auteur !

    Si effectivement nous sommes déconnectés du réel, nous manquons totalement de sens de la vie ! Et de sens logique qui plus est !

    Il suffit de voir les réactions d’un autre siècle sur le cas Lambert, sur l’immigration, sur l’Islam, sur le droit (et non le devoir, notez bien !) des femmes d’être les esclaves des hommes, sur le manque de spiritualité total des occidentaux (heureusement que certains reprennent leurs esprits, si je puis dire ) et se posent enfin des questions « existentielles :
    –quel est le sens de la Vie, quel est le sens de Ma vie,
    –à quoi sert La vie, à quoi sert Ma vie,
    –quel est le but de La vie, quel est le but de Ma vie, etc…. !

    Par contre, oui, nous manquons d’un trop plein d’idéologie (moi comme les autres, d’ailleurs)

    derrière la raison, ce sont les croyances qui gouvernent
    Tout dépend de ce que l’auteur nomme « croyance ».
    Il y a des gens qui croient en Dieu, d’autres qui croient que Dieu n’existent pas, d’autres qui croient à la raison pure (il suffire de lire Descartes pour constater que ce charmant homme n’avait pas toujours un raisonnement juste et je ne voudrais absolument pas qu’on me traite de cartésienne, je prendrais cela pour une critique négative !!)

    <i< les grands vainqueurs du scrutin des E.EU… on allégrement passé le cap de la raison pour sombrer dans le mysticisme
    Mysticisme, sens 1er : « Croyances et pratiques se donnant pour objet une union intime de l’homme et du principe de l’être (divinité, nature, idée…) »
    Sens, il est vrai, dénaturé par une nouvelle définition : « Croyance, doctrine philosophique faisant une part essentielle au sentiment, à l’intuition »
    Il faut bien dénaturer le sens des mots pour modifier la culture.

    Donc, j’ignorais que le RN et les escrologistes étaient des mystiques, à l’égal de Ste Thérèse d’Avila, par exemple !

    Je me souviens d’un passage de « la sagesse des sages » de Capra, où l’un de ses interlocuteurs lui disant (je cite de mémoire, sans certitude de la phrase exacte) :
    Là où le fou se noie, le mystique surnage »

    (Sans doute pour cela que manu a dit lors de sa campagne 2017 : « je marche sur l’eau car la politique est mystique » ??? Pourtant, j’ai vraiment l’impression qu’il se noie et va noyer tous ceux qui le suivent tels les rats du joueur de pipeau)

    Je pense réellement que les idéologues se noient.

    Plus loin, je lis « le populiste s’en prendra à une prétendue élite qui dirige pour ses seuls intérêts particuliers

    Pourtant, ceci me parait observable chaque jour qui passe (même si le « populisme » devient, pour certains, une idéologie)

    Lorsque j’ai lu la phrase le réel disparaît, Seule l’idée subsiste … les idéologies peuvent enfin accéder à l’immortalité sous forme de religions, j’ai écrit à c côté de la phrase soulignée par moi :

    Sans doute pour cela que l’auteur se sert de sa propre idéologie même si j’accepte sans problème qu’il croit qu’un dieu n’existe pas, ce qui est une religion, reliant ceux qui ont la même croyance que lui, « religare horizontal » chacun bâtissant son église pour lui l’église des athées convaincus, qui ne comprend pas ce que veut dire le mot « transcendance ».

    Ainsi s’explique le doux parfum de décadence qui plane sur nos sociétés et nombre d’intellectuels et d’observateurs de tous bords en déduisent qu’elles ont déjà vécu le meilleur moment de leur existence et que l’avenir est en déclin. Mais cette impression est un piège tendu par les idéologies […] tous s‘unissent dans la détestation du présent et la haine des choses telles qu’elles ont

    J’ai inscrit à côté de cet article lu donc, la semaine dernière, des points d’interrogation.
    Je ne comprends toujours pas une semaine après ce passage !

    Sans doute parce que je rejoints H16 lorsqu’il écrit : CPEF !
    En essayant d’être neutre (après tout, Dieu n’existe peut-être pas –et ainsi, je préfère faire le pari de Pascal-) je constate un déclin des mœurs :
    Renaissance de Sodome et Gomorrhe, retour aux années 1939, aux invasions barbares des premiers siècles, décadence, tant sur le plan économique que politique, que culturel…

    Sans doute est-ce une idéologie et vivons-nous dans une période de progressisme qui nous apporte bonheur et joie, grâce à jupiter et à l’Olympe (zut, je fais référence à une croyance divine et religieuse, l’auteur va me fâcher) et que je refuse de voir le bonheur dans lequel je nage !

    Voilà mes réflexions sur cet article.
    J’ai écrit en fin de l’article : « à la lecture de cet article « L’aube des idoles» un livre que je n’achèterai pas, car manipulatoire au point d’en être un cas d’école! »

    Il est vrai que ce n’est que le reflet de ma pensée, lépreuse, populiste, chrétienne, une rien, idéologue sur un quai de gare !

    Je n’ai pas mis 4h… ;-(

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