Les intellectuels de gauche compromis dans le déni

Publié par le 2 Déc, 2017 dans Blog | 1 commentaire

Les intellectuels de gauche compromis dans le déni

« intellectuel de gauche ! »

Pendant des années, l’expression ne fut qu’un pléonasme !

En effet, depuis plusieurs décennies, et jusqu’à il y a seulement quelques années, la gauche avait fait main basse sur la culture et sur la pensée officielle.

L’explosion  de l’URSS, avec son symbole éclatant, le démantèlement du mur de Berlin, donna un coup d’arrêt à cette hégémonie. La succession des reniements socialistes dès qu’ils furent confrontés à la dure réalité du pouvoir (de Mitterrand à Hollande en passant par Jospin), finit d’enlever les dernières illusions au peuple de gauche.

Il n’en reste pas moins que durant ces décennies de suprématie de la pensée de gauche, les intellectuels se sont trompés et pire ont trompé les Français !

« les intellectuels de gauche ont longtemps préféré
avoir tort avec Sartre que raison avec Aron. »

Cette phrase résume bien ce que l’écrivain et éditeur, André Versaille, a expliqué dans un livre, Les Musulmans ne sont pas des bébés phoques. Dans son livre, il revient sur un siècle de déni qui préfigure celui d’aujourd’hui. L’auteur a donné une interview à Causeur dont j’aimerais donner quelques extraits ici :

Sur le déni comme arme destinée à tuer tout débat …

Le déni est un phénomène universel, et vieux comme la mauvaise foi. En matière idéologico-politique, il est l’arme utilisée pour refuser de débattre d’un phénomène en contradiction avec sa propre vulgate, et cela quelque patent soit le phénomène, et absurde la vulgate. Le déni ne consiste pas seulement à nier la réalité de certains faits, il refuse même que ceux-ci soient nommés.

Comme par exemple, à gauche, le refus de nommer le terrorisme islamique.

Sur les régimes totalitaires épargnés par la gauche …

Dans mon livre, je me suis penché sur le déni utilisé par ma famille idéologique, celle des intellectuels de gauche. Combien se sont compromis ! J’ai donc remonté le temps et tenté de faire la chronique de ce déni sur un siècle d’histoire en suivant les positions de certains intellectuels français parmi les plus brillants et les plus écoutés face à des dictatures ou des régimes totalitaires : stalinisme, maoïsme, autocraties tiers-mondistes dès lors que ceux-ci se réclamaient de la gauche.

Nous nous sommes souvent aveuglés – et avec quelle détermination ! La plupart du temps, l’information existait mais nous en faisions fi, tant nous avions peur, par sa seule lecture, de passer pour des traîtres. Je me souviens qu’un jour, j’avais une vingtaine d’années, installé dans un café, je lisais L’Opium des intellectuels d’Aron ; un de mes amis vint à passer, me reconnut, me salua et me demanda ce que je lisais. Je lui montrai la couverture du livre. « Eh bien, t’as du temps à perdre ! » me dit l’ami. « Tu l’as lu ? », demandai-je. Réponse : « Et puis quoi encore ? »

Quelques maîtres à penser, dont le plus emblématique était Sartre, fortifiaient en nous un surmoi bien plus totalitaire que ne l’aurait pu faire l’opinion publique. Il nous fut toujours plus confortable de nous tromper avec nos maîtres et amis que d’avoir raison avec nos ennemis. On se souvient du temps où nous répétions en boucle qu’un « anticommuniste est un chien », et qu’il valait mieux se tromper avec Sartre qu’avoir raison avec Aron. Préférer se tromper qu’avoir raison, fallait-il être aliéné …

Nous avons tout nié : les camps de concentration soviétiques ; les procès truqués de Moscou, de Prague et d’ailleurs ; les horreurs du maoïsme ; et puis, avec l’essor du tiers-mondisme le caractère dictatorial de plusieurs régimes issus de la décolonisation.

Le plus étrange n’est pas que nous ayons fait des « erreurs » […], c’est l’entêtement de beaucoup à persévérer dans la même erreur : lorsque nous avons finalement rejeté le stalinisme, ce fut pour adopter le maoïsme que le besoin de soleil et de musique poussa certains à assaisonner de castrisme. Combien d’intellectuels « progressistes » ont proféré des mensonges en pleine connaissance de cause, déniant de fait toute obligation vis-à-vis de la vérité ?

Yves Montand avait résumé plus lapidairement le parcours de sa génération : « Nous étions cons ! Cons et dangereux ! »

De la décolonisation au tiers-mondisme de la gauche française

La guerre d’Algérie, qui fut la guerre de décolonisation emblématique, a été le berceau du tiers-mondisme français. Ce fut une cause exaltante à laquelle bien des Français (et des Belges !) progressistes ont participé. Nous étions convaincus que cette lutte allait entraîner non seulement l’émancipation du joug colonial, mais un mouvement universel qui allait bâtir des nations fondées sur la justice, l’équité, et la fraternité avec les autres peuples émancipés.

Vint le moment de l’indépendance et de l’édification de l’Etat. La réalité s’avéra douloureuse. Aux yeux de tous, l’émancipation devait charrier la liberté. Hélas, dans les faits, dans la plupart des États décolonisés, et notamment arabes, ni la liberté ni la justice ne furent au rendez-vous : le tiers-monde arabe n’accoucha pratiquement que de dictatures, et de dictatures assumées – y compris par nous ! « Une fin grandiose justifie des moyens parfois regrettables, mais indispensables », répétions-nous. Et, bien sûr, nous entonnions l’éternel « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ». Non seulement nous avions choisi d’être aveugles face à ces nationalismes excluants, mais nous n’avons jamais marchandé notre soutien aux dictateurs, si sanglants fussent-ils, pour peu qu’ils se déclarent progressistes.

Car oui, très vite après l’émancipation, en Algérie et dans d’autres États arabes décolonisés, on a vu poindre la nécessité, pour leurs autorités, d’apparaître comme des victimes humiliées de l’Occident. C’est là le cœur de mon propos : ce sentiment d’impuissance, de dominés irresponsables, répétés par tant d’Arabes, nous ne l’avons sans doute pas créé, mais nous l’avons lourdement fortifié. Nous avons été jusqu’à applaudir leur détestation de l’Occident. […]

C’est ainsi que nous avons lancé cette trouvaille du curé : la mode de la repentance : il ne s’agissait plus de reconnaître et d’enseigner l’histoire de la colonisation, il s’agissait de s’en accuser au présent. Avec quel acharnement avons-nous insisté pour être reconnus coupables et comptables du colonialisme !

Et la gauche en arriva à « excuser » ou au moins à expliquer le terrorisme islamique …

Partant de là, beaucoup de progressistes vont considérer le fanatisme islamiste, et le terrorisme qui l’escorte, comme une réaction d’opprimés envers l’Occident « néo colonial », et une vengeance contre les campagnes menées par les Occidentaux au Moyen-Orient et en Afrique Noire.

Mais dans ce cas, pourquoi Daech exerce-t-il cette vengeance contre l’Allemagne ou la Belgique qui n’ont pas colonisé le monde arabe ? Contre les chrétiens d’Orient ? Contre les Yézidis dont les djihadistes violent massivement les femmes et les filles, réduisent les populations en esclavage et ce au nom du Coran ? Pourquoi les islamistes de Boko Haram se sont-ils attaqués à des petites filles nigérianes qu’ils ont vendu comme du bétail ? Pourquoi enfin, Daech exerce-t-il son terrorisme surtout contre les musulmans, y compris sunnites, en Irak et en Syrie, lorsque ceux-ci ne lui font pas allégeance ? Toutes ces populations font-elles parti des dominants ? Sont-elles à la solde de l’Occident impérialiste?

Notre vision tiers-mondiste a considéré comme « objectivement progressistes » des régimes comme ceux de Kadhafi, de Saddam Hussein, du Hezbollah et du Hamas. Et nous avons été jusqu’à dénoncer la volonté de vouloir démocratiser des régimes du tiers-monde, comme celui par exemple du colonel Kadhafi, comme étant une insupportable injonction néo coloniale. Les dictateurs pouvaient poursuivre leurs exactions et leurs tueries de milliers de leurs concitoyens, dépouiller les autres de la plupart de leurs droits, diffuser dans leurs écoles la haine à l’endroit des Occidentaux, nous les progressistes, nous ne bougerions pas !

Propos recueillis par Gil Mihaely pour Causeur.fr

Causeur nous promet une deuxième partie à cet interview qui sonne comme un terrible réquisitoire pour la gauche et qui frappe d’autant plus que l’auteur des propos prend sa part de responsabilité dans les erreurs et les malhonnêtetés intellectuelles commises.






Une réponse à “Les intellectuels de gauche compromis dans le déni”

  1. Je cite :
    Yves Montand avait résumé plus lapidairement le parcours de sa génération : « Nous étions cons ! Cons et dangereux ! »

    J’ajoute, que c’est encore actuellement le cas.

    Ils sont encore cons et dangereux.

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