« Les méthodes de Mediapart sont staliniennes »

Publié par le 11 Fév, 2019 dans Blog | 5 commentaires

« Les méthodes de Mediapart sont staliniennes »

L’avocat Eric Dupond-Moretti dénonce la collaboration entre les nouveaux juges et les journalistes d’investigation.

Elisabeth Lévy l’a interrogé sur les dernières révélations de Mediapart au sujet de l’affaire Benalla. 

Voici cette interview parue dans le magazine Causeur :

C’est le saint patron du journalisme, le symbole vivant d’une profession qui est elle-même le sel de la démocratie, la statue de la vérité. Celui à qui rêvent de ressembler les apprentis-journalistes. Toute la semaine, Edwy Plenel a fait une tournée triomphale des popotes médiatiques dans son rôle préféré, celui du courageux petit journaliste affrontant à la force de sa plume et de ses convictions un pouvoir habité par de sombres démons dans lesquels les mânes de Fouché s’acoquinent à celles de Pétain. Pour dénoncer un « scandale politique » : la justice a osé essayer de perquisitionner les locaux de Mediapart. En vain du reste car il a suffi aux intéressés de dire « non » pour que policiers et magistrats rebroussent gentiment chemin. Cette victoire sans grand péril a néanmoins permis au duo Plenel/Arfi de se couvrir de gloire, grâce à la complaisance (ou peut-être à la prudence) de nombre de confrères, qui adhèrent sans réserves au fatras de la transparence et de la purification démocratique sans s’aviser qu’il est en train d’accoucher d’un monde totalitaire. En effet, s’il faut choisir, mieux vaut vivre avec des escrocs qu’avec des terroristes. Avec les premiers, on peut toujours s’arranger.

Derrière l’affaire Benalla, il y a bien un scandale Mediapart, sauf qu’il ne s’agit pas de la perquisition avortée, mais de la diffusion d’enregistrements d’une conversation privée entre Alexandre Benalla et Vincent Crase qui ont nécessairement été réalisés à l’insu d’au moins un des deux interlocuteurs. Peu importe en l’occurrence la mystérieuse source, que l’on imagine inspirée par les plus nobles motivations. Certes, ces enregistrements révèlent ou confirment que l’ancienne coqueluche du président était en affaires avec un escroc russe, ce qui n’est pas rien. Peut-on vouloir savoir à tout prix ? En publiant, comme il l’a déjà fait, des documents issus de captations clandestines, Edwy Plenel proclame que, pour les journalistes, la fin justifie tous les moyens. « La liberté de la presse, c’est le droit des citoyens de savoir tout ce qui est d’intérêt public », répète-t-il avec son inimitable ton faussement modeste et réellement exalté. À partir de quel moment les maîtresses de l’un, les mauvaises pensées de l’autre, les petites manies d’un troisième sont-elles d’intérêt public ? Et qui décide de ce qui est d’intérêt public ? Des juges qui, depuis vingt ans, n’ont jamais osé sanctionner les innombrables violations du secret de l’enquête et de l’instruction (ou plutôt les recels de ces violations) qui sont le carburant principal du journalisme d’investigation ?

Devant l’intérêt public, il n’y a donc pas de secret qui tienne. À cela, il faut ajouter que Plenel, inventant une sorte d’article 40 pour les journalistes, se croit obligé de dénoncer tout manquement à la justice. Enfin certains manquements. M’dame, ils ont violé leur contrôle judiciaire et moi qui n’ai fait que les dénoncer on m’embête. Imagine-t-on des journalistes balancer de braves citoyens venus manifester pacifiquement avec des manches de pioche ? Ou même publier le nom de dealers que tout le monde connaît ? Le plus terrifiant, dans le fond, c’est que ces méthodes et la société qu’elles dessinent ne suscitent pas l’effroi. Il faut donc se féliciter qu’un avocat de la renommée d’Eric Dupond-Moretti ose affronter le patron de Mediapart – mais aussi les juges qui utilisent et couvrent ses douteuses méthodes.

Elisabeth Lévy. Après la tentative avortée de perquisition chez Mediapart, Edwy Plenel dénonce un scandale politique. Essaie-t-on de faire taire un média dans l’affaire Benalla ?

Eric Dupond-Moretti. Je me fiche de l’affaire Benalla, je ne la connais pas et je ne veux pas la commenter. Mais je n’ai pas envie de vivre dans une société où, quand je prends un verre avec un type dans un bistrot, je suis susceptible d’être enregistré de manière crapoteuse et de voir ensuite cet enregistrement diffusé par monsieur Plenel qui depuis vingt ans se plaint à juste raison d’avoir été écouté par François Mitterrand.

Quant à la défense de Fabrice Arfi, elle laisse songeur : les conversations de bistrots ne relèvent pas, selon lui, de l’intimité de la vie privée. Quand l’intimité de la vie privée commence-t-elle pour Mediapart, quand on franchit le seuil du lit ?

Eric Dupond-Moretti

Il y a autre chose qui ne semble étonner personne. Plenel clame partout que Crase et Benalla ont violé leur contrôle judiciaire et somme la justice de prendre des sanctions. Est-ce le rôle d’un journaliste ?

C’est cela, l’ère de la transparence. On a ennobli les délateurs qu’on appelle désormais les lanceurs d’alerte. Quand Plenel écrit au procureur pour exiger des poursuites contre Cahuzac, quand, dans l’affaire Bettencourt, il explique qu’une ordonnance de non-lieu est une preuve de culpabilité, quand Fabrice Arfi écrit que c’est un mauvais signal pour la société que Cahuzac n’aille pas en prison, ils se comportent comme des flics et se prennent pour des juges. Du reste, cela fait longtemps que ces gens travaillent main dans la main avec des juges qui leur ressemblent. Ces nouveaux juges qui portent les mêmes valeurs morales qu’eux se sont affranchis des règles : ils utilisent des preuves obtenues par n’importe quel moyen, y compris des violations du secret professionnel de l’avocat ou du notaire. D’ailleurs, on se demande pourquoi perquisitionner Mediapart puisque Plenel donne tous les documents à la justice et à la police. On est en pleine confusion des genres.

Cependant, si on ne protège pas le secret des sources, qui parlera aux journalistes ?

Dans cette affaire, les cris d’orfraie sur le secret des sources relèvent de l’enfumage. On ne demande pas à Plenel de dire qui lui a donné cet enregistrement, mais on est bien obligé de se demander où et dans quelles conditions on utilise des moyens de basse police. En tout état de cause, il est aussi indigne de le diffuser que de le réaliser. Je respecte infiniment le secret des sources, mais je n’oublie pas le secret professionnel de l’avocat et du notaire, ni le secret de la vie privée. Or, de ce point de vue, les journalistes de Mediapart sont des multi-récidivistes : ils ont diffusé une conversation entre Liliane Bettencourt et son avocat, Me Kiejman, enregistrée clandestinement par un majordome, puis entre Bettencourt et son notaire. Ensuite, encore un enregistrement crapoteux de réunions à la Fédération française de foot. Ces méthodes sont indignes, dégueulasses, staliniennes, toute la presse devrait être vent debout contre elles. Du reste, j’ai le sentiment qu’elles indisposent pas mal de vos confrères.

Eh bien ils ne font pas beaucoup de bruit. Plenel et Arfi sont accueillis en triomphateurs. Le président de Reporters sans Frontières vole à leur secours. À d’aussi nobles fins, tous les moyens sont bons. 

Précisément ! À chaque fois qu’on attaque leurs méthodes, ils se drapent dans leur insupportable prétention à dire la morale publique. Eh bien, nous n’avons pas la même conception de la morale, j’ai envie de pouvoir continuer à dire des conneries au bistrot sans être enregistré. Je me demande la tête que ferait Plenel si j’enregistrais ses conversations. Au nom de la morale publique, et avec les nouveaux juges, ces gens-là ont tué le secret de l’instruction. Cette collaboration bien rodée est un cercle vicieux. Les policiers de notre grande démocratie n’ont pas le droit d’écouter les gens en loucedé sauf autorisation judiciaire particulière. Tout de même, voilà des moyens interdits à la police dont les résultats finissent dans les dossiers des juges. En effet, je trouve très souvent dans mes dossiers des éléments issus de Mediapart ou de l’émission de Madame Lucet. Autrement dit, quand il existe des éléments qu’un juge ne pourrait pas obtenir légalement ce sont des journalistes qui les lui donnent. Le journalisme d’investigation ne justifie pas tout. À ce compte-là, autant se passer de policiers, il n’y a qu’à utiliser Plenel et Arfi. Désolé, je n’ai pas envie de vivre dans une société qui leur ressemble.

Propos recueillis par Elisabeth pour Causeur.

Je ne résiste pas à publier une nouvelle fois cette rencontre entre Plenel et Hollande montrant tout ce qu’un socialiste attend de Mediapart, contre leur ennemi commun : Nicolas Sarkozy.

C’est François Hollande qui le dit : Mediapart et Plenel ont fait plus que leur travail !

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5 Réponses à “« Les méthodes de Mediapart sont staliniennes »”

  1. Sans doute… E Levy a raison. Sur le fond et la forme.

    Néanmoins, dans la mesure où la justice ne joue pas son rôle, que sans Merdiapart, il n’y aurait pas de remous, et tout serait occulté par la bande de dictateurs qui nous gouvernent, parfois, je me dis que ces journalistes, qui ont fait le boulot des enquéteurs et de la justice (puisqu’elle n’a rien demandé et enterre tout ce que lui demande d’enterrer l’olympe) n’ont peut être pas eu tort, si effectivement il y a bien eu magouille.

    Dans le cas contraire (rappelons nous M Fillon qui avait « quelque chose de légal, mais pas moral »), effectivement, tout est à craindre dans ce pays qui ressemble de plus en plus à la Corée du Nord.

    Tout de même, voilà des moyens interdits à la police dont les résultats finissent dans les dossiers des juges… juges qui de toute façon, relâcheront et relaxeront ces maléfiques…

    Eh oui, si la police avait les moyens, si la justice faisait son travail avec justice, justement, peut être ces mises à jour par des journaleux dont c’est le fond de commerce, n’auraient pas besoin de sortir du coin d’un bois.

    • Suzanne,je pourrais partager votre point de vue si cela n’allait pas toujours dans le même sens :celui du « Camp du bien », politiques, journalistes et souvent magistrats, fréquentant souvent les mêmes coteries …
      Aujourd’hui le tribunal médiatique condamne, et c’est grave et dangereux !

      • En général, c’est dans le sens « du bien ».
        Pour une fois que c’est contre le camp du bien, il ne faut pas bouder son plaisir.

        ceci dit, je vous l’accorde, il ne devrait pas y avoir de tribunal médiatique.

        Cependant, faire ressortir une « histoire » qui est occultée volontairement par les politiques et la justice aux ordres, -sans jugement, seulement de l’information-, peut , peut-être, permette aux illettrés que nous sommes de savoir ce qui se trame sous les ors de la république.

        Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

  2. Il n’y a pas que Médiapart qui ait des méthodes staliniennes!!!

    Lu sur Polémia : https://www.polemia.com/evolution-autoritaire-presidence-macron-10-points/

  3. Au football comme au rugby, s’il y a hors-jeu, le but ou l’essai est refusé.
    Durant tant d’années, des matchs ont été pipées par des erreurs d’arbitrage comme par exemple la qualification de la France au mondial 2010 malgré une main flagrante de Thierry Henry sur le but qui élimine l’Irlande lors du match retour du barrage.
    Personne non plus n’a oublié la main de Maradona contre l’Angleterre en coupe du monde au Mexique.
    La vidéo assiste désormais l’arbitre, les « amoureux du jeu » trouvent que la discipline en est dénaturé alors que ceux qui s’insurgeaient régulièrement des injustices trouvent que la démarche est plutôt morale voire « progressiste ».
    Ces mêmes progressistes sont contre les caméras de surveillance qui pourrait les filmer de façon sournoise alors que disent-ils, leur honnêteté est totale.
    Du coup, lors des matchs, les joueurs se mettent la main devant la bouche pour communiquer, évitant la lecture sur les lèvres, alors que paradoxalement, ils se répandent ouvertement sur les réseaux sociaux et produisent même des sex-tapes sur leur smartphone avant de le laisser traîner.

    Le problème est que l’on pond des lois et des procédures à la pelle et qu’elles s’appliquent à géométrie variable.
    Coluche disait qu’il y a l’avocat qui connait bien la loi et celui qui connait bien le juge.
    Il y a aussi les juges qui connaissent bien le pouvoir et qui adhèrent à son programme ou s’y soumettent pour ne pas risquer leur carrière sur une affaire foireuse.

    Il y a des problèmes de partialité, de collusion des enquêteurs et des magistrats avec les organes de presse, de séparation des pouvoirs et de graves manquements dans le respect des procédures et dans l’application des peines.

    Tout cela mène à une justice à plusieurs vitesses et beaucoup d’injustices.
    Mediapart, le canard enchaîné et cash investigation sont actifs et efficaces sur les affaires de la droite et du centre de l’échiquier politique.

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