Les sables mouvants de la démocratie

Publié par le 31 Jan, 2018 dans Blog | 0 commentaire

Les sables mouvants de la démocratie

Une reddition en rase-campagne !

La presse et une large majorité de Français, ont salué « l’esprit de décision » de Macron et de son gouvernement dans l’affaire de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Evidemment, après 50 ans de lâcheté des gouvernements successifs, il fallait prendre une décision !

Mais la décision sonne bien comme une reddition de l’Etat en rase-campagne. Une capitulation sans condition par refus de combattre.

C’est le thème, cette semaine dans Valeurs actuelles, de la chronique de Denis Tillinac.

Quelques « zadistes » à Notre-Dame-des-Landes font plier les élus et sapent leur légitimité, et le principe même de la représentation.

Exit le projet d’un nouvel aéroport du pays nantais à Notre-Dame-des-Landes. Était-il ou non pertinent ? Peu importe: après un demi-siècle d’atermoiements, l’État a rendu peu glorieusement les armes à une escouade restreinte de « zadistes » qui paradent. Il serait indécent d’accabler le pouvoir macroniste, tant ses prédécesseurs ont rivalisé de pusillanimité. Tous. Reste ce constat: des groupuscules radicalisés peuvent faire plier le genou à l’un des États les mieux charpentés du monde. Donc narguer la légitimité issue des urnes.

Denis Tillinac

ll y a des précédents. Les députés des états généraux désireux d’abolir la monarchie capétienne n’étaient pas nombreux au printemps de l’an 1789. Quatre années plus tard, Louis XVI était exécuté et à terme s’imposa un tout autre principe politique. Le coup de force bonapartiste du 18 brumaire, celui des bolcheviques d’octobre 1917, l’accession au pouvoir des nazis, la longue marche de Mao furent fomentés par des minorités jusqu’au-boutistes. En 1940, les appuis de Churchill et ceux de De Gaulle dans leur classe politique respective n’étaient guère moins minoritaires. Mais dans tous ces cas de figure – à l’exception de la Grande-Bretagne -, la légitimité du pouvoir était érodée, et les activistes disposaient d’un chef charismatique. Or les « zadistes » de Notre-Dame-des-Landes n’ont pas de chef, pas de projet politique identifiable, peu de sympathies dans l’opinion, et le socle de nos institutions n’est récusé par personne: les « insoumis » de Mélenchon et les militants du FN inscrivent leur contestation à l’intérieur du cadre démocratique. Les « zadistes » semblent ne représenter qu’eux-mêmes, et on les compte à peine par centaines.

Pourtant, ils ont gagné. Cela prouve qu’aujourd’hui, en France, une faction d’agitateurs déterminés peut tétaniser l’autorité publique par le chantage à la violence. Car si nos gouvernants ont reculé aussi piteusement, c’est qu’ils auraient été contraints pour réaliser ce projet de faire évacuer la zone manu militari. On aurait vu à la télé des flics charger, des projectiles fuser, des matraques cogner. Ce genre de sport implique presque mécaniquement des dérapages et des bavures qui, dans un climat aussi nuageux, peuvent enclencher une révolte populaire n’importe où, et embraser illico un pays.

Le monde a changé si vite durant les dernières décennies, le champ mental a été tellement dévasté que tout un chacun, fût-il le plus paisible des citoyens, a au moins une raison de prendre en grippe ses hauts dirigeants. D’où le doute qui s’insinue sur la légitimité des nôtres. À Notre-Dame-des-Landes, ils n’avaient comme atout que la légalité. Atout mineur. Certes, la légitimité de Macron semble à l’abri des turbulences; il a arraisonné les oppositions et son style lui vaut une certaine adhésion. Mais de surface et sans doute éphémère. Il le sait.

Ils savent tous qu’ils avancent leurs petits pions technos sur des sables mouvants. Ils ont tous peur. Diverses rétractions « identitaires » reflètent un désarroi des consciences, aggravé par la hantise des flux migratoires et l’obsolescence des ancrages moraux. La vogue d’une conception « participative » de la démocratie ruine le principe de la représentation, délégitimé en outre par les agissements spontanés de meneurs qui débordent les centrales syndicales. C’est de partout que l’incendie peut s’allumer et la logique de son éventuelle propagation échappe à la sagacité de nos énarques.

Vivons-nous un moment prérévolutionnaire ? On ne le sait qu’après coup. En tout cas s’amplifie une crise de légitimité de la démocratie à la mode occidentale, qui, entre autres symptômes, a permis à Trump de se faire élire par le peuple américain, contre ses élites et ses campus. Voilà pourquoi nos gouvernants n’ont pas tort d’avoir peur de leur ombre:

ils titubent en aveugles sur un volcan en instance permanente d’éruption.

Denis Tillinac pour Valeurs actuelles.






 

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *