Merci, Emmanuel ! Pour Jean d’O et pour Johnny

Publié par le 10 Déc, 2017 dans Blog | 10 commentaires

Merci, Emmanuel ! Pour Jean d’O et pour Johnny

« J’ai peur de mourir pendant son quinquennat. La pensée que Hollande puisse me rendre hommage me terrifie. »

Jean d’Ormesson, dans un humour malicieux qui le caractérisait tellement, s’était confié, en novembre 2014, au micro d’Yves Calvi sur RTL.

Dans une de ses chroniques matinales, Eric Zemmour, jeudi dernier, avait imaginé l’ultime parole qu’il prêtait à Jean d’Ormesson :

« Mourir en même temps que Johnny, mais c’est épatant ! »

Je n’étais pas un fan de Johnny, mais plutôt d’Eddy Mitchell que je suis depuis … six décennies ! Mais ces derniers jours, j’ai pris conscience, comme des millions de Français, que Johnny a marqué nos vies. Sans doute à cause de sa simplicité, de son authenticité de cette passion pour la musique qui l’a porté toute sa vie.

Hier, j’ai été touché par cet hommage populaire rendu à Johnny. Bien sûr par le témoignage poignant de Line Renaud mais sans doute plus encore par ces dizaines de témoignages de « gens ordinaires », de Français qui sont venus de tout le pays, qui sont restés immobiles dans le froid et qui ont fait preuve d’un calme impressionnant, et d’un respect incroyable.

Au risque de m’attirer les foudres de certains d’entre vous, j’ai envie, ce matin, de remercier  le président de la République, Emmanuel Macron pour les organisations des hommages respectifs rendus, vendredi à Jean d’Ormesson, et le lendemain à Johnny Hallyday.

Ce fut deux hommages très différents, l’un national, « officiel », pour l’académicien, l’autre « populaire » pour le rocker. Mais, deux hommages qui, tous les deux, ont visé juste et ont touché les Français.

Si la cérémonie, tenue dans la cour des Invalides, était assez convenue, sans surprise, mais parfaitement adaptée à l’homme qu’elle honorait, l’hommage populaire organisé pour Johnny, fut étonnant, décoiffant même mais également en parfaite osmose avec le chanteur et avec l’homme, en résumé … un hommage populaire et Rock’n Roll !

Oui, merci aux autorités de l’Etat, préfecture de police, sécurité civile, et présidence de la République, pour avoir autorisé cette horde pacifique de bikers qui firent trembler les façades des immeubles hausmanniens des Champs-Elysées au son rauque des Harley-Davidson.

Bravo à cette superbe idée d’avoir permis à la foule de se masser sur la voie montante de « la plus belle avenue du monde » de façon à être au plus près du cortège, « bombardé pacifiquement » par une pluie de bouquets de fleurs.

Merci encore d’avoir laissé la musique de Johnny, notre musique, s’inviter partout. Sur le parvis de l’église de la Madeleine mais aussi au sein même de son choeur. Le Blues aura conquis cet espace habituellement compassé et on aura surpris l’assistance en train de frapper dans ses mains dans une vraie communion avec les musiciens de Johnny.

Avec Jean d’O, nous remercions le ciel que François Hollande ait été empêché de présider ces deux événements. De toute façon, ça n’était pas l’affaire d’un « président normal » ! Monsieur « petite phrase », aurait été déplacé. Lui, ce petit homme devenu président par défaut, face à la dépouille de cet homme simple devenu immense parce que plébiscité par le peuple français.

Pour terminer, j’ai envie que soit repris dans ce blog, la transcription du discours prononcé par Emmanuel Macron en hommage à Johnny. Un discours simple, mais « matchant » parfaitement avec l’homme simple mais extraordinaire auquel il rendait hommage. La vidéo du discours est aussi disponible en fin d’article.

Mes chers compatriotes,

Vous êtes là pour lui, pour Johnny HALLYDAY.

Près de 60 ans de carrière, 1.000 chansons, 50 albums. Et vous êtes là, encore là, toujours là.

Je sais que vous vous attendez à ce qu’il surgisse de quelque part. Il serait sur une moto, il avancerait vers vous. Il entamerait la première chanson et vous commenceriez à chanter avec lui.

Il y en a certaines qu’il vous laisserait chanter presque seuls. Vous guetteriez ses déhanchés, ses sourires. Il ferait semblant d’oublier une chanson et vous la réclameriez, alors il la chanterait.

Vers la fin, il présenterait ses musiciens et vous applaudiriez, vous applaudiriez plus encore pour que cela ne finisse jamais. Et dans un souffle, en n’osant pas vous l’exprimer trop fort, alors il vous dirait qu’il vous aime.

Alors oui, ce samedi de décembre est triste. Mais il fallait que vous soyez là pour Johnny parce que Johnny depuis le début était là pour vous.

Dans chacune de vos vies, il y a eu ce moment où l’une de ses chansons a traduit ce que vous aviez dans le cœur, ce que nous avions dans le cœur : une histoire d’amour, un deuil, une résistance, la naissance d’un enfant, une douleur.

Dans sa voix, dans ses chansons, dans son visage il y avait cette humanité indéfinissable qui vous perce à jour et qui fait qu’on se sent moins seul. C’est comme cela que Johnny est entré dans nos vies, par ce blues qui dit nos misères et nos bonheurs, par ce rock qui dit nos combats et nos désirs et pour beaucoup il est devenu une présence indispensable, un ami, un frère.

Et je sais que certains aujourd’hui ont le sentiment d’avoir perdu un membre de leur famille, je sais que beaucoup d’entre vous depuis quelques jours découvrent une solitude étrange.

Mais vous aussi, vous étiez dans sa vie. Vous l’avez vu heureux, vous l’avez vu souffrir. Vous avez vécu ses succès et ses échecs. Vous l’avez vu parcourir le moindre recoin du pays, passer près de chez vous, chanter dans les petites salles et dans les plus grands stades. Vous l’avez vu frôler la mort plusieurs fois et vous avez tremblé pour lui. Vous avez aimé ses amours, vous avez vécu ses ennuis et à chaque instant, vous l’avez aidé parce qu’il savait que vous étiez là pour lui.

Nous sommes là avec sa famille : avec Sylvie VARTAN, Nathalie BAYE, Laeticia HALLYDAY ; avec ses enfants David, Laura, Joy et Jade, avec ses petits enfants, Emma, Ilona, Cameron. Et je n’oublie pas que pour eux, c’est aussi un jour de souffrance intime. Nous vous avons si souvent volé votre mari, votre père, votre grand-père, aujourd’hui nous devons aussi vous le laisser un peu parce que ce deuil est d’abord le vôtre.

Nous sommes là avec sa marraine, avec ses musiciens, avec ses paroliers, ses équipes, ses amis, avec ses compagnons de route de toujours. Eux aussi sont déjà un peu plus seuls, ils chercheront cette énergie qui emportait tout sur scène. Ils devront désormais retenir les mots et les mélodies que personne d’autre ne pouvait chanter ; et ils attendront le copain, l’ami, celui dont ils aimaient les longs silences et l’œil qui à un moment sourit.

Mais tous, tous au fond d’eux-mêmes savent depuis longtemps que Johnny était à vous, Johnny était à son public, Johnny était au pays. Parce que Johnny était beaucoup plus qu’un chanteur, c’était la vie, la vie dans ce qu’elle a de souverain, d’éblouissant, de généreux et c’était une part de nous-mêmes, c’était une part de la France.

Que ce jeune belge décidant de prendre un nom de scène anglo-saxon soit allé chercher très loin le blues de l’âme noire américaine, le rock’n’roll de Nashville pour le faire aimer aux quatre coins du pays était hautement improbable. Et pourtant, c’est un destin français.

Dix fois, dix fois il s’est réinventé, changeant les textes, les musiques, s’entourant des meilleurs mais toujours il a été ce destin et toujours vous étiez au rendez-vous. Il a été ce que Victor HUGO appelait « une force qui va ».

Il a traversé à peu près tout sur son chemin, il a connu les épreuves, les échecs. Il a traversé le temps, les époques, les générations et tout ce qui divise la société. Et c’est aussi pour cela que nous sommes ensemble aujourd’hui, c’est aussi pour cela que je m’exprime devant vous. Parce que nous sommes une nation qui dit sa reconnaissance. Parce que nous sommes un peuple uni autour d’un de ses fils prodigues.

Et parce qu’il aimait la France, parce qu’il aimait son public, Johnny aurait aimé vous voir ici.

Il ne savait pas vraiment exprimer ce qu’il vivait, il préférait les silences. Alors il chantait les mots des autres, les chansons des autres. Il n’osait pas avouer ce qu’il ressentait, il aimait la pudeur.

Alors il se brûlait au contact du public, dans la ferveur de la scène et il s’offrait entièrement, terriblement, furieusement à vous.

Il aurait dû tomber 100 fois, mais ce qui l’a tenu, ce qui souvent l’a relevé c’est votre ferveur, c’est l’amour que vous lui portez. Et l’émotion qui nous réunit ici aujourd’hui lui ressemble. Elle ne triche pas. Elle ne pose pas. Elle emporte tout sur son passage. Elle est de ces énergies qui font un peuple parce que pour nous, il était invincible parce qu’il était une part de notre pays, parce qu’il était une part que l’on aime aimer.

Alors au moment de lui adresser un dernier salut, pour que demeure vivant l’esprit du rock’n’roll et du blues, pour que le feu ne s’éteigne pas, je vous propose où que vous soyez, qui que vous soyez pour lui dire merci, pour qu’il ne meure jamais d’applaudir monsieur Johnny HALLYDAY.

Emmanuel Macron sur le parvis de l’église de la Madeleine – 9 décembre 2017






10 Réponses à “Merci, Emmanuel ! Pour Jean d’O et pour Johnny”

  1. Je fais parti des fans inconditionnels de JOHNNY depuis toujours, pour moi
    cette cérémonie était belle, pleine de dignité, pleine de sincérité, pleine d’amour.
    Qui n’a pas eu de frissons ou de larmes ?
    Johnny méritait cet hommage, aucun ne pourra jamais l’égalé, la puissance de cette voix extraordinaire, cette voix qui s’est bonifiée avec le temps restera à jamais.
    qui n’a jamais entendu chanté Johnny ?
    L’idole des jeunes, Jésus-Christ était un Hippie, le pénitencier, Quelque chose en nous de Tennessee, Gabrielle, Noir c’est noir, Que je t’aime, Je te promets, Ma gueule, Laura, Marie, La musique que j’aime, Mirador, Allumer le feu, Je t’attends, Sang pour Sang, L’envie, … Autant de chansons que l’on a tous entendu.
    Oui, Johnny était un monument de la chanson française et j’ai de la peine aujourd’hui de savoir qu’il n’est plus là Johnny, c’était une voix, une présence, un charisme évident, une bête de scène, le boss, le taulier
    Johnny n’a jamais triché avec son public et ses fans, ceux qui ne l’on pas vu sur scène ne peuvent pas comprendre ce qu’était JOHNNY
    alors NON
    je ne remercierai pas macron, pas pour l’hommage à Johnny, qu’il soit présent ok, mais il n’avait pas à prendre la parole surtout pour un discours aussi pauvre,
    quand à l’hommage pour Jean d’Ormesson c’était un très bel hommage écrit par Sylvain Fort, macron n’en a été que l’interprète

    • Je suis totalement en phase avec François..
      J’avoue avoir été émue, plus que je ne l’aurais pensé, par ces milliers de personnes venues malgré le froid, par cet orchestre reprenant, sans leur chanteur, les chansons que chacun connaissait, par cette famille endeuillée et digne. Mais je me suis figée à l’arrivée du couple Macron qui de toute évidence, n’avait aucune envie de faire dans la discrétion. Non, pour moi non plus, il n’avait pas à s’exhiber de cette façon, sur le mode « récup », alors que les feux étaient sur Johnny et ses proches. Le public l’a bien compris qui a commencé par le huer, genre « c’est pas pour toi qu’on est là! ». Sa prise de parole m’a crispée, comme le fait que lui et sa femme encadrent les enfants de Johnny à l’arrivée du cercueil.. Totalement indécent.

  2. Bien évidemment qu’il fallait rendre hommage à Jean d’Ormesson comme à Johnny! Chacun sait qu’il ne sont pas dans le même registre et pourtant chacun dans leur genre, ils ont marqué leur époque!

    C’est bien d’indiquer que le discours lu dans la cour des Invalides a été lu par un apprenti tragédien mais qu’il n’en est pas l’auteur!

    Les thénardier encadrant les ainés de Johnny à l’arrivée du convoi était d’une totale indécence! Le discours sur le parvis de la Madeleine était inconvenant. Un president aussi imbu de lui-même aurait du le savoir!

    Très fort aussi le coup du goupillon! Il n’avait qu’à rester à sa place s’il ne voulait pas faire le signe de croix! Il aurait pu tout aussi bien filer à l’anglaise en tenant sa vieille par la main!
    Cette façon de ne pas savoir marcher sans se tenir par la main est d’un ridicule achevé.

    Les fans de Johnny qui le suivent depuis plus de 50 ans ont pu lui rendre l’hommage qu’il méritait! C’est ce qui importe.
    J’ai bien aimé la foule, pas de capuchard, pas de désordre……Une image de la France que j’aime, digne, respectueuse, sensible, émue! Ils ont donné une belle image de notre pays lors de cet adieu.

    Les autres dans les premiers rangs dans l’église, les politiques, les Drucker et cie, n’étaient là que pour le frime!

    Quant au couple micron, il n’y a pas à dire, ce sont les champions de la propagande! Ils osent tout même lors d’une cérémonie d’obsèques!

  3. Je viens de l’apercevoir sur votre vidéo!
    Quelle tête à claques avec son petit sourire narquois et sa suffisance! Beurk!!!!!!!!!

  4. Au risque de m’attirer les foudres de certains d’entre vous, j’ai envie, ce matin, de remercier le président de la République, Emmanuel Macron pour les organisations des hommages respectifs rendus, vendredi à Jean d’Ormesson, et le lendemain à Johnny Hallyday.

    Eh oui, si j’aimais beaucoup Johnny Hallyday, et si je pense qu’il fallait lui rendre un dernier hommage, j’estime qu’on ne doit pas en profiter pour se donner en spectacle…

    Mais surtout, je déteste que certains utilisent la mort d’une vraie célébrité avec ce qu’elle avait de touchant (j’ai bien connu l’une de ses « collègues » qui nous entaillaient combien il avait le cour sur la main et le porte feuille toujours ouvert pour ceux qui en avaient besoin)pour se faire mousser et se faire photographier afin d’avoir quelques points supplémentaires dans les sondages.

    Voir ce couple fanfaronner et s’exhiber ainsi m’a donné envie de vomir.
    Plus vaniteux, orgueilleux et « m’as-tu vu » que ce couple infernal doit être impossible à trouver.
    Pauvre Johnny : il ne méritait pas ça. (et nous ne méritions pas de voir cette comédie en ce si triste jour)

  5. Qu’on aime Macron ou pas, en tant que président, il avait toute sa place pour représenter la Nation toute entière. Le discours est émouvant et le ton est bon. Qu’il n’en soit pas l’auteur, peu importe …
    Johnny a eu un bel hommage, c’est pour moi ce qui compte. Certains si certains ont essayé de polémiquer, je ne suis pas surpris d’y trouver Mélenchon et Poutou :
    http://www.lepoint.fr/dossiers/culture/johnny-hallyday-une-vie-rock-n-roll/hommage-a-johnny-immense-ferveur-petites-polemiques-10-12-2017-2178595_3486.php#xtmc=melenchon-johnny&xtnp=1&xtcr=2

    • Non,
      macron avait sa place certes mais au même titre que les autres président, sa place comme tout citoyen, comme tout admirateur, comme tout, fan mais pas sa place en qualité de Président, cette mise avant constante m’a déplu, son discours m’a déplu, de la com, de la récupération politique comme à chaque fois.
      C’est triste et désolant cette mise en scène constante
      Sur la cérémonie je voudrai rajouter un fait qui m’a interpellé comme beaucoup autour de moi place de la Madeleine et même sur les champs, Où étaient la diversité et les chances pour la France ? une certaine France était réuni qui n’était pas la France de ce Vivre-Ensemble qu’on veut nous imposer et qu’on nous vante à longueur de médias. La foule d’hier, c’était quelque part la France d’avant, pas la France diverse et variée d’aujourd’hui, où étaient les rappeurs, les diverses communautés,
      c’était pourtant tellement visible que je trouve bizarre comme étrange qu’aucun médias n’en ait fait état

  6. Désolé, François, de disconvenir courtoisement, la France rend hommage à un homme au destin particulier, à travers son président, c’est très symbolique. Les ex précident (au fait Chirac, je comprends, mais le Giscard où était-il* ? ) sont redevenus des « pipoles » comme les autres. Nous n’allons pas nous chamailler pour des questions de protocole, et je pense que de ce que j’ai pu entendre, la cérémonie a plu.

    * en 74 Johnny, Sylvie, BB, portaient des T-shirts avec « Giscard à la barre » …

  7. J’ai aimé la ferveur de ce peuple, j’ai constaté l’absence des banlieues, et j’ai eu peur de ce que ça pouvait prévenir: un « déséquilibré » au milieu de cette foule!
    Je n’ai pas aimé l’hésitation de Macron devant le cercueil, il n’aurait dû être là qu’en tant que FAN, rien à voir avec la présidence contrairement à la cérémonie pour Monsieur d’Ormesson aux Invalides. Même si Johnny a eu un destin particulier, sa vie n’a pas toujours été un exemple à suivre.
    En résumé, hommage populaire, oui, avec toute l’organisation à prévoir, mais hommage national, non, Johnny n’avait rien d’un HEROS au sens propre du terme.
    Que des fans pour l’accompagner.

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