Profs ? Coupables ou victimes ?

Publié par le 4 Nov, 2017 dans Blog | 4 commentaires

Profs ? Coupables ou victimes ?

Je garde un excellent souvenir des instituteurs et des professeurs qui m’ont accompagné et guidé pendant toute ma scolarité.

Comme certains d’entre vous ont pu le déceler, je suis « plutôt à droite » et donc, « naturellement », je garde un souvenir positif de l’autorité naturelle qui émanait des professeurs, à cette époque.

Et au dessus des professeurs, il y avait le surveillant général, « le surgé » dont l’autorité suprême était crainte de tous … Le CPE, conseiller principal d’éducation, n’avait pas encore été inventé et nul n’était besoin d’une médiation entre le professeur et l’élève !

Mais quand je compare avec la situation actuelle dans nos écoles, il me semble que le monde éducatif que j’ai connu est comme l’Atlantide. Il a sombré corps et biens … Dans un océan de laxisme …

 

Mon épouse, enseignant chercheuse, a fait ses armes dans deux établissements scolaires à Trappes et à Cergy-Pontoise, deux expériences où, plongée dans le système, elle a pu mesurer combien l’objectif des pédagogistes débiles : « mettre l’élève au centre des savoirs » avait pu être atteint et même sublimé puisque l’élève est aujourd’hui « au centre des pouvoirs » !

Là où le surveillant général était là pour appuyer l’autorité du professeur, le rôle du CPE consiste plutôt, aujourd’hui, à protéger les élèves d’un excès d’autorité. Mon épouse ayant fait un jour appel à un CPE pour régler un conflit avec des élèves insolents, avait assisté, médusée, à un long discours au terme duquel le CPE avait demandé aux élèves de respecter leur professeur mais aussi au professeur de faire des efforts pour comprendre les élèves !

Autre anecdote édifiante, en fin de première année de BTS, le conseil de classe refuse le passage en seconde année à deux élèves particulièrement perturbateurs et aux résultats scolaires mauvais. A la fin de la séance du conseil, le proviseur appelle les élèves en leur indiquant qu’il va leur transmettre toutes les informations pour pouvoir faire appel de la décision du conseil …

Il est difficile de répondre à la question : « Profs ? Coupables ou victimes ? » Ce qui est certain c’est qu’ils sont dans un environnement qui les bride, qui ne fait que peu de cas de leurs problèmes et qui ne les pousse pas à se battre contre la faillite de l’Education nationale.

En fait, cet article a été motivé par un courrier reçu ce matin de SOS Education, un courrier qui présentait le livre d’un professeur, Anne-Sophie Nogaret, intitulé : Du Mammouth au Titanic, la déséducation nationale.

Voici quelques extraits de ce courrier dont l’intégralité est disponible en fin d’article :

Le témoignage d’Anne-Sophie Nogaret vous plonge dans les rouages inhumains de l’Éducation nationale.

Ce qui me plaît particulièrement dans son témoignage, c’est cette grande clarté de jugement.
Car elle ne se contente pas de vider son sac. Elle nous décortique les mécanismes à l’œuvre, met à jour les nombreux sophismes sous-jacents, ces faux raisonnements qui aveuglent et poussent avec conviction aux pires absurdités.

Je l’ai déjà remarqué avec plusieurs personnes, devenues « profs » après avoir travaillé en entreprise : on n’entre pas dans l’Éducation nationale sans subir une insidieuse transformation.
Et ce livre explique bien pourquoi : le seul moyen de soumettre un professeur, c’est la manipulation.
C’est la pratique managériale la mieux partagée de l’Éducation nationale. Le professeur doit être suffisamment souple pour prendre les coups avec le sourire.

Car dans le prisme en vigueur, l’agresseur est une victime.

Gare à vous si vous sortez du rang, surtout si c’est pour sanctionner !
Et même s’ils ne sont pas d’accord, au fond, les professeurs s’autocensurent, au nom d’une idéologie devenue nouvelle morale du meilleur des mondes.

« Ils l’oublient trop souvent car cela les arrange, mais les profs constituent à eux seuls la pierre angulaire de l’école : bien qu’ils n’aiment rien tant que se représenter eux-mêmes en victimes de l’institution, ils en constituent pourtant la meilleure courroie de transmission. Sans leur concours diligent, l’idéologie à l’œuvre depuis des décennies n’aurait jamais pu agir de façon si efficace. De façon (du moins je l’espère) inconsciente, ils sont passés maîtres dans l’art de se tirer une balle dans le pied et de pleurnicher ensuite sur le sort qui s’acharne, incapables de comprendre que ce « sort » n’existe pas et qu’ils s’infligent eux-mêmes ce sur quoi ils se lamentent. »

Oui, j’apprécie aussi sa force de caractère qui refuse de compromettre son amour de la République et des élèves. Ou simplement sa dignité, que beaucoup de professeurs ont enfouie profondément pour pouvoir se laisser insulter par les élèves sans avoir à les punir … et plus particulièrement : sans avoir à les punir contre l’avis de leur hiérarchie.

Et que dire des passages hauts en couleurs sur l’incroyable pantalonnade du bac, où la présidente du jury, après avoir vainement tenté de lui faire remonter les notes par différents moyens de pression lui lance : « ce qu’il vous faut savoir, c’est que le contenu d’une copie n’intervient pas dans sa notation » !

Les solutions nécessaires pour s’en sortir ?

Anne-Sophie Nogaret n’y va pas avec le dos de la cuillère :

  • Revenir à la « verticalité symbolique » : au-dessus de l’élève, le professeur, qui lui-même est soumis à une évaluation non idéologique ni administrative, mais disciplinaire et réellement pédagogique
  • Remettre à leur place les parents qui couvrent les violences de leurs enfants
  • Se débarrasser des syndicats idéologiques qui « cogèrent » l’Éducation nationale
  • Remettre à la justice et aux services de santé mentale les élèves qui en relèvent, pour éviter la psychologisation et la judiciarisation outrancières
  • Stabiliser les programmes scolaires : les disciplines ne se renouvellent pas tous les 5 ans…
  • Favoriser les enseignements progressifs, permettant à l’élève de répéter et de progresser à son rythme
  • Assurer les prérequis à chaque niveau
  • Revaloriser l’enseignement technique
  • Former les professeurs par un tutorat avec des enseignants chevronnés
  • Oser dire à certains qu’ils ne sont pas faits pour être profs
  • Désidéologiser les inspections pour en faire une évaluation honnête des compétences des enseignants…

Si je devais retenir une chose de ce livre, c’est le courage.

Nous devons, vous et moi, encourager les professeurs à tenir leur rôle, contre les élèves injurieux voire violents, contre les pressions psychologiques incroyables de leur hiérarchie, contre la bien-pensance hors sol, digne d’un roman orwellien et surtout, peut-être, contre leurs propres peurs.

Vous pouvez compter sur SOS Éducation pour les soutenir.
Et je vous invite à le faire aussi, en rejoignant notre combat.

Je vous souhaite le meilleur.

Claire Polin
Présidente de SOS Éducation

La version intégrale du courrier de SOS Education est disponible ici.






4 Réponses à “Profs ? Coupables ou victimes ?”

  1. Ma mère a pris la retraite en 1970, elle n’a pas voulu se soumettre aux dicktats de mai 68: il est interdit d’interdire, de punir, de donner des devoirs et des leçons, etc…
    Elle n’a pas connu, heureuse pour elle, la suppression des notes, du redoublement, les nouvelles méthodes de lecture et de calcul, la nouvelle chronologie de l’Histoire de France, ou le prédicat!!!!!
    Le jour où on a enlevé l’estrade sous le bureau de l’enseignant pour en faire l’égal de l’élève, on a tué le système éducatif.
    Le jour où on a supprimé les termes d’instituteur ou maître pour les appeler « professeur de… », on a voulu les valoriser seulement parce que la relation enseignant-élève n’existait plus.
    Je me demande s’il faut admirer les jeunes qui se lancent dans cette branche ou s’il faut douter de leur motivation, avoir les vacances en même temps que leurs enfants!

  2. Un inspecteur général de l’Éducation nationale n’avait-il pas répondu à une prof qui se plaignait de s’être fait traiter de Salope par un élève: »Madame,il faut tenir compte de la dévaluation sémantique du langage! ».

  3. Épouse d’un ex enseignant (Lycée technique), ayant pris sa retraite 2 ans avant l’échéance, que puis-je rajouter?

    Mon conjoint adorait son métier, était aimé de ses élèves (il y a d’ailleurs d’anciens élèves qui viennent lui dire bonjour lorsque nous en rencontrons dans les grands magasins de la ville où il enseignait.

    Mais il n’en pouvait plus.
    —Il n’en pouvait plus de ces réunions débiles où un type venait leur expliquer comment enseigner, avec des méthodes totalement à côté de la plaque, ceci dans un langage abscons.

    —Il n’en pouvait plus d’avoir à se battre (au figuré, hein!!!) pour tenter de faire rentrer dans la tête de ses élèves un tout petit peu de connaissances.

    —Il n’en pouvait plus d’avoir, les jours d’examen à téléphoner aux parents pour leur rappeler que c’était le jour dudit examen et que leur rejeton devait être présent (avec une fois une maman lui répondre que son fils dormait et qu’elle n’osait pas le réveiller, de peur de se faire taper dessus)

    —Il n’en pouvait plus des fôtes d’orthographe, des copies écrites style SMS, obligeant à lire les dites copies à voix haute.
    Et là, je puis vous dire, qu’on est loin de pouvoir mettre en place l’écriture inclusive… Mon conjoint en est plié en deux de rire d’avance!

    Déjà, qu’un jour à la question de « expliquez 1 cas d’électrocution par contact indirect en électricité », il a lu dans une copie « cékankon touche 1 fille avec la main et que la main et ejecté »
    Je ne suis pas certaine d’avoir « bien » tout orthographié. Je me rappelle seulement que tous les profs avaient bien ri du terme « fille » pour « fil » (électrique, bien sûr!)

    Ce n’est pas beau? Je ne suis pas sûre que ce pauvre gamin ait voulu faire de l’humour. 🙂

    —Il n’en pouvait plus des séances d’harmonisation des notes du bac, ressemblant à une foire aux enchères!
    C’était : « Qui veut mettre un point -voire 2!- à l’élève X ? »
    Et lorsque tous les enseignants, chacun dans leur matière, refusaient, c’était : » Bon M Y, vous mettrez 1 point de plus à sa copie de maths » (ou de français, ou de technique….)… Monsieur Z, vous aussi »
    Il fallait -et il faut encore- arriver au pourcentage de réussite au bac imposé par le ministère.

    —Il n’en pouvait plus de craindre d’avoir « stigmatisé » ou « brutalisé » un élève sans s’en rendre compte, bien qu’il ait pris, comme tous ses collègues, une assurance spéciale (par l’intermédiaire d’un syndicat… Comme quoi, les syndicats servent parfois à quelque chose) lui permettant de pouvoir se défendre, éventuellement devant un tribunal!
    Vous vous rendez compte où nous en sommes?

    Il faut également savoir que, dans une classe (lycée technique, je le rappelle) lorsque par hasard, il y a un bon élève, il se fait taper dessus, injurié, dévalorisé par tous les autres. ce n’est pas la mode d’être bon élève, figurez vous!
    Alors je vois mal comment il serait possible de faire un « enseignement progressif » et se baser sur des « pré-requis » que de toute façon ils n’ont pas et ne veulent pas acquérir!

    Il y a beaucoup d’enseignants dans ma famille proche.
    C’est ainsi que l’une de mes sœurs s’est vue agressée par des gamins (en primaire, ici, et non en lycée) qu’elle essayait de séparer alors qu’ils se bagarraient pendant la récré (elle savait que s’ils avaient des blessures, elle serait réprimandée).
    Elle a été appelée par la directrice qui lui a formellement interdit de prendre des ITT (ma sœur avait été blessée), mais plutôt un congés maladie… pour ne pas stigmatiser ces petits…
    Une autre de mes sœurs a été interpellée à la sortie de l’école par un père. celui-ci lui a dit « vous avez mis zéro à la dictée de mon fils. La prochaine fois, je vous casse la gueule ».
    (c’était du temps où il y avait encore des notes. je ne me souviens plus du nombre de fautes, mais cela touchait à l’extraordinaire)

    Je pourrais écrire un livre!

    Alors je ne sais pas si les enseignants sont coupables.
    Je sais seulement qu’ils sont des doubles, voire des triples victimes!
    –Victimes des élèves et de leur famille (et ils ne peuvent rien faire, car au moindre geste ou parole, ils seraient menés devant les tribunaux!)
    — Victimes des directeurs, proviseurs et autres supérieurs
    — Victimes des Inspections académiques, des ministres mêmes, qui disent une chose dans les médias et une autre chose au niveau du terrain

    J’ajouterai : pour beaucoup (cela n’a pas été le cas dans ma famille), victimes de la justice qui prend toujours parti pour le pauvre petit chéri au détriment de l’enseignant.

    Vous comprenez mieux pourquoi, je suis tentée de prendre comme réalité la caricature écrite par « Jenifer cagole » sur le site de M Brighelli, plutôt que les parlottes et les beaux discours de M Blanquer dans les médias mainstream!

    • Pardon, moi aussi, j’ai fait des fôtes d’aurtograffe et de grandmaire…
      Il va vraiment falloir que je passe par word pour prendre le temps de corriger mon texte.
      Mille et une excuses.

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