Steve Bannon mérite d’être écouté

Publié par le 16 Avr, 2019 dans Blog | 0 commentaire

Steve Bannon mérite d’être écouté

Steve Bannon est un homme d’affaires américain, ancien officier de marine, dirigeant de médias, réalisateur et producteur de cinéma. Il est né dans une famille modeste. Son père posait des lignes pour une entreprise d’électricité.

Militant conservateur proche de l’extrême droite, il est, de 2012 à 2016, président exécutif de Breitbart News LLC, la société mère de Breitbart News, qu’il décrit comme « la plate-forme de l’Alt-right  », la droite alternative américaine.

En 2016, Steve Bannon est désigné directeur exécutif de la campagne présidentielle de Donald Trump. Après la victoire de celui-ci, il est nommé au poste, nouvellement créé, de conseiller stratégique du président des États-Unis. Il est limogé en , et poursuit depuis son engagement partisan, notamment au niveau international, avec son organisation Le Mouvement.

Cet homme a conseillé Donald Trump durant sa campagne électorale qui lui doit en grande partie sa victoire. Il vient de donner une très longue interview au Figaro dont je vous propose ici quelques extraits, au long de deux articles, l’interview intégrale étant disponible ici.

Cette longue interview m’a paru intéressante car elle permet d’entendre un observateur (et aussi acteur) de la poussée populiste au niveau mondial . Steve Bannon se définit comme « populiste, nationaliste et souverainiste, avec une tendance traditionaliste. »

Un aveu qu’aucun homme politique n’aurait le courage de faire en France !

Il donne des clefs pour comprendre ce phénomène politique qui va de l’élection de Donald Trump à la révolte des peuples de l’Europe de l’Est contre la politique migratoire de l’Europe, en passant par le Brexit.

Le Figaro Premium – Steve Bannon:

« On a foutu en lʼair des gens qui avaient respecté toute leur vie les règles du jeu »

Partie 1

Steve Bannon pratique à sa manière la mondialisation. En quelques jours, il a parcouru des milliers de kilomètres pour serrer la main de Matteo Salvini à Rome, puis celle de Shinzo Abe au Japon avant de faire une escale de quelques heures à Paris. Cʼest à lʼhôtel Bristol que celui qui se présente comme le héraut des classes populaires nous a donné rendez-vous.

Steve Bannon a eu plusieurs vies : officier de lʼUnited States Navy, producteur de la série Seinfeld (la sitcom la plus lucrative de tous les temps), directeur du site conservateur Breitbart News puis directeur de campagne et conseiller de Donald Trump. Le fil rouge de son improbable parcours aura été la défense des « gens ordinaires » dont il entend porter la voix en Amérique, mais aussi aujourdʼhui en Europe. Son think thank « le Mouvement » rêve de fédérer tous les partis populistes européens, notamment dans la perspective des élections de mai prochain. Le « Patrick Buisson américain » fanfaronne volontiers sur son influence, son analyse est une composante indispensable pour comprendre le grand chambardement de la politique mondiale.

Le Figaro Magazine : Comment vous définissez-vous idéologiquement ? Comme un populiste ? Un nationaliste ? Un national-populiste ? Un conservateur ? Un national-conservateur ?

Steve Bannon : Je dirais que je suis à la fois populiste, nationaliste et souverainiste, avec une tendance traditionaliste dans la mesure où je défends la structure familiale et les valeurs traditionnelles. Cʼest le principe même du mouvement dont je fais partie que de réunir tous ces courants idéologiques. Je tiens à les expliciter un par un :

  • Etre populiste, cʼest être à la fois opposé aux élites et favorable au principe de subsidiarité : la décision doit se prendre à lʼéchelle la plus basse possible.
  • Etre nationaliste, cʼest considérer quʼil faut renforcer le système westphalien: la nation est la seule entité qui soit soutenue par les citoyens tout en leur garantissant la liberté.
  • Etre souverainiste, cʼest défendre un réseau de nations libres dans lequel chacune peut signer un traité ou une alliance (comme lʼUnion européenne ou lʼOtan), mais uniquement sur la base de son choix souverain.

Il suffit de prendre un peu de hauteur pour constater que nos idées sʼimposent tout autour du monde, de Shinzo Abe au Japon . Rodrigo Duterte aux Philippines. Observez ce qui se passe en Australie, en Inde avec Modi, ou plus près de vous en Europe, au Brésil avec Bolsonaro, en Colombie ou dans beaucoup dʼautres nations dont les Etats-Unis, bien sûr … Tout cela est une combinaison de populisme, de nationalisme et de souverainisme.

Le Figaro Magazine : Justement, comment expliquez-vous la montée en puissance simultanée des populistes dans toutes les démocraties occidentales ? Quels sont les points communs entre Salvini, Orban, Trump et Bolsonaro ? Pensez-vous que ces mouvements soient tous comparables ?

Steve Bannon : Voyez les Chinois: ils disent que leur système est un régime communiste avec des caractéristiques chinoises. Eh bien, pour les populismes, cʼest pareil: il sʼagit, à chaque fois, dʼun régime national-populiste, mais avec des caractéristiques hongroises, françaises, italiennes, brésiliennes, américaines … Dans chaque nation, il sʼagit dʼun régime différent qui propose des réponses adaptées à ses propres problématiques économiques et sociales. Cʼest cela la force dʼun régime nationalpopuliste : il est unique pour chaque nation, parce quʼil met en avant dans chaque cas ce qui est au centre de ses préoccupations.

Le Figaro Magazine : Mais alors, pourquoi et dans quel but voulez-vous rassembler les populistes européens puisque vous lʼavez dit, la situation en Europe et aux Etats-Unis est très différente ?

Steve Bannon : Je pense que les nationaux-populistes dʼEurope et des Etats-Unis ont une chose en commun: ils sʼopposent aux élites età la concentration du pouvoir, que ce pouvoir soit à Bruxelles ou à Washington. Aux Etats-Unis, le mouvement populiste veut rendre le pouvoir au peuple, aux Etats, au bas de lʼéchelle, tout en se révoltant contre la lame de fond de la mondialisation, qui se propage aussi bien dans la classe politique professionnelle quʼà Wall Street ou dans la Silicon Valley. Tout cela participe de la mentalité mondialiste dont Davos est la grande fête. Et cette mentalité entre en contradiction avec les intérêts de lʼhomme ordinaire. Cʼest cela qui unit les peuples des Etats-Unis et dʼEurope: les schémas comportementaux de nos élites sont comparables. Vous avez eu le projet européen de Jean Monnet et sa logique interne qui était dʼériger les Etats-Unis dʼEurope. On peut alors comparer lʼItalie à la Caroline du Sud, la France à la Caroline du Nord, lʼEspagne à la Géorgie et la Hongrie au Maryland. Bref, dans ce schéma, vous nʼavez que des unités administratives dépendantes de Bruxelles et de la BCE, en aucun cas des nations libres et indépendantes.

Les mondialistes voient dans lʼEtat-nation un objet à surmonter, une étape à dépasser. A lʼinverse, nous croyons que lʼEtat-nation est un bijou à polir et à nourrir. Ensuite, cʼest aux citoyens que doit revenir la prise de décision, au plus proche de leurs réalités nationales et dans le cadre de leur Etat-nation souverain. Enfin, il y a un dernier aspect, quʼon a pu voir notamment au Congrès mondial des familles [qui a eu lieu à Vérone du  29 au 31 mars, ndlr]. Il y a partout dans le monde un bourgeonnement des valeurs traditionnelles: on le voit chez Trump, mais aussi chez Marion Maréchal, chez Salvini, chez les Japonais et évidemment chez Bolsonaro.

Cʼest un retour aux structures sociales traditionnelles des nations, familiales et culturelles.

Le Figaro Magazine : Quel regard portez-vous sur les prochaines élections européennes ? Que répondez-vous à ceux qui vous accusent dʼingérence ?

Steve Bannon : Ces élections seront un point dʼinflexion majeure dans lʼhistoire européenne, et pas seulement dans sa petite histoire politique. Ce mouvement populiste dʼaspiration à la souveraineté nationale a vraiment pris racine. La dynamique qui le sous-tend est mondiale en termes de perspectives. Et lʼun de ces grands tournants se produira avec les prochaines élections européennes, quand un énorme succès surgira des urnes en faveur des partis nationalistes. Quant à mon ingérence, les peuples nʼont pas besoin de moi pour détruire les partis au pouvoir dans leurs pays.

Le Figaro Magazine : Evoquons votre parcours. Comment passe-t-on de producteur de sitcoms à conseiller du président Trump ?

Steve Bannon : Je viens dʼune famille dʼouvriers américains. Mon grand-père et mon père ont travaillé tous les deux pendant cinquante ans comme monteurs de lignes téléphoniques. Jʼai été élevé dans la tradition catholique. Avec cinq enfants, ma mère était femme au foyer. Nous étions démocrates, nous incarnions la classe laborieuse du Parti démocrate. Je nʼai pas oublié dʼoù je venais et, si vous êtes attentif à mes discours, vous verrez que je nʼai quʼun objectif: faire en sorte que ces classes populaires aient davantage droit de cité. Peu importe que jʼaie été officier naval, que jʼaie fréquenté lʼécole de commerce dʼHarvard et lʼécole du service extérieur de Georgetown ou que jʼaie travaillé chez Goldman Sachs à Wall Street, mes racines sont restées populaires. Au fond de moi-même, je suis resté un défenseur des travailleurs en col bleu et je ne voue ma vie quʼà une seule chose: mʼassurer de leur rendre leur voix.

Aujourdʼhui, le Parti démocrate ne compte plus que peu dʼélecteurs des classes populaires dans ses rangs, il est devenu le parti de la gauche « progressiste »: foncièrement contre la famille traditionnelle, contre les travailleurs et pour la mondialisation. Alors les classes populaires américaines ont commencé à voter pour le Parti républicain. Mais, dans un premier temps, elles nʼétaient pas correctement représentées. Il ne faut en effet pas oublier que les Républicains ont plébiscité le libre-échange sans protéger nos industries, quʼils ont défendu lʼouverture des frontières, lʼimmigration illégale et sans limites. Voilà pourquoi Trump a été élu.

Le Figaro Magazine : Votre expérience dans le monde de la finance a-t-elle été un tournant ?

Steve Bannon : Jʼétais au département fusions-acquisitions de Goldman Sachs dans les années 1980. Autant vous dire que je travaillais au coeur du réacteur de lʼinvestissement bancaire. Ce que jʼai appris chez Goldman Sachs, cʼest que les classes dominantes ne sont pas plus intelligentes que les classes populaires. Mon grand-père, qui a toujours été un de mes héros, a arrêté lʼécole au troisième grade [lʼéquivalent du CE2 en France, ndlr] et mon père à lʼécole secondaire [le collège, ndlr]. Mais ils étaient vraiment les deux personnes les plus intelligentes que jʼaie jamais connues. Chez Goldman Sachs, jʼai réalisé que la sagesse collective des classes populaires est au moins aussi performante que celle des élites. Cʼest la raison pour laquelle je reste très attentif à lʼavis du peuple dans le processus de prise de décision. Si jʼavais à choisir entre gouverner avec les cent premières personnes venues voir Trump avec leurs casquettes rouges sur la tête, et les cent collaborateurs les plus haut placés chez Goldman Sachs, mon choix se porterait sur les « déplorables » sans hésiter.

Le Figaro Magazine : Votre père a perdu toutes ses économies dans la crise de 2008. Est-ce que cet événement a motivé votre combat ?

Steve Bannon : Mon père a investi le peu dʼéconomies quʼil avait sur le titre AT & T, lʼentreprise de télécommunications pour laquelle il travaillait depuis cinquante ans. Dans sa vie, AT & T avait autant dʼimportance que lʼEglise catholique: cʼétait une institution absolument centrale. Mais, en 2008, tout cela sʼest effondré du jour au lendemain, ce quʼil a appris en regardant la télévision. Lʼinjustice, cʼest que seules les élites et les grandes entreprises comme General Electric, AIG ou Goldman Sachs ont été sauvées. Toutes les banques dʼinvestissement et toutes les banques commerciales ont été renflouées. Il nʼy a quʼun homme qui nʼa pas été renfloué, cʼest mon père. Pendant la crise de 2008, on a détruit la vie de gens qui avaient respecté toute leur vie les règles du jeu. Mon père était de ceux-à : il formait la colonne vertébrale de la société, il était un homme juste, il payait ses impôts, il contribuait à la vie civique, il travaillait dur tous les jours pour permettre à ses cinq enfants dʼaller à lʼécole catholique. Si vous foutez ces gens-là en lʼair, cʼest toute la structure sociale que vous détruisez! Dans cette affaire, les élites nʼont protégé que leurs propres intérêts, elles ont laissé mourir les ouvriers qualifiés, ceux qui, comme mon père, formaient la colonne vertébrale de la société, que nous sommes aujourdʼhui en train de perdre. Cʼest de ce constat que part notre révolution.

Le Figaro Magazine : Quel regard portez-vous sur le mouvement des gilets jaunes ?

Steve Bannon : Pour moi, cʼest assez comparable avec ce qui se passe chez nous avec ceux que Hillary Clinton avait appelé les « déplorables ». Sauf que nous avons, chez nous, canalisé toute cette énergie, toute cette colère, dans le soutien à Trump. Et cette même colère fera réélire Trump à la prochaine élection. Les « déplorables », aux Etats-Unis, nʼont pas pris les rues et nʼont pas eu besoin de violence.

Le Figaro Magazine : Que pensez-vous de Macron ?

Steve Bannon : Macron est un mondialiste. Quand on me dit quʼil est patriote, je réponds que oui, cʼest peut-être un patriote, mais que la capitale de sa patrie est Bruxelles. Il se voit comme un Européen: tout conduit chez lui à plus dʼintégration au projet européen.

Le Figaro Magazine.

Suite et fin de l’article à venir …

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