Donald Trump n’est pas tombé du ciel ! (2/2)

Publié par le 17 Août, 2026 dans Blog | 0 commentaire

Donald Trump n’est pas tombé du ciel ! (2/2)

Voici la seconde partie de l’article de John Smith paru dans le dernier Valeurs actuelles.

La galaxie catholique américaine en action

Une armature constituée depuis plusieurs décennies

Et si J.D. Vance et Marco Rubio peuvent désormais prétendre à l’après-Trump, c’est précisément parce qu’ils ne sont plus seulement des trajectoires individuelles. Ils sont les figures les plus visibles d’une génération patiemment formée depuis plus de trente ans. Une génération qui n’entend plus seulement gagner les élections, mais gouverner durablement les institutions américaines.

Cette stratégie de conquête s’est développée loin des caméras, dans les universités, les fondations, les cabinets d’avocats, les associations étudiantes et les laboratoires d’idées qui irriguent Washington. Un milieu, en quelque sorte, dont la Federalist Society constitue sans doute la colonne vertébrale. Depuis plus de quarante ans, cette puissante association de juristes identifie, forme et met en relation les futurs magistrats, professeurs de droit et responsables appelés à occuper les plus hautes fonctions judiciaires. Son influence sur la sélection des juges fédéraux est devenue considérable, particulièrement depuis les présidences de George W. Bush puis de Donald Trump.

À ses côtés, l’Ethics and Public Policy Center s’est imposé comme l’un des principaux laboratoires intellectuels du conservatisme catholique. Philosophie politique, bioéthique, liberté religieuse, politique étrangère ou doctrine sociale de l’Église : c’est là que se rencontrent universitaires, théologiens, anciens responsables politiques et jeunes collaborateurs promis aux plus hautes responsabilités. À Princeton, le Witherspoon Institute nourrit depuis des années la réflexion philosophique d’une partie de cette élite conservatrice, tandis que le Napa Institute rassemble chaque été chefs d’entreprise, prélats, universitaires et responsables politiques autour d’une ambition : réconcilier foi, culture et exercice du pouvoir. S’ajoutent, bien sûr, les grandes universités catholiques américaines : Universiy of Notre Dame, The Catholic University of America, Franciscan University of Steubenville ou encore Ave Maria School of Law. Chaque année, leurs centaines de diplômés vont armer tout ce que Washington compte d’institutions influentes.

Au cœur de cette galaxie se détachent quelques figures devenues incontournables. Les intellectuels, d’abord. Leonard Leo est sans doute le plus influent. Inconnu du grand public, ce juriste catholique est considéré comme l’un des principaux artisans de la transformation idéologique de la Cour suprême. Principal leveur de fonds des causes catholiques, son rôle dans l’identification et la promotion des magistrats conservateurs a profondément marqué le paysage judiciaire. Russell Vought incarne une autre facette de cette révolution. Catholique lui aussi, directeur de l’Office of Management and Budget, il s’est imposé comme l’un des théoriciens d’un exécutif fort et d’une profonde restructuration de l’État fédéral. Là où Leonard Leo s’est attaché à transformer les tribunaux, Vought entend remodeler l’administration. L’un agit sur le droit, l’autre sur la mécanique de l’État.

Cette génération puise également sa cohérence dans un corpus intellectuel commun. Les œuvres de saint Augustin, de Thomas d’Aquin, de Benoît XVI ou de Jean-Paul II y côtoient les réflexions de penseurs contemporains comme Patrick Deneen, dont la critique du libéralisme moderne a profondément marqué J.D. Vance, ou encore celles de Robert P. George, figure majeure de la philosophie du droit naturel aux États-Unis. Plus qu’une doctrine uniforme, ils partagent un même diagnostic : la crise politique américaine trouve d’abord son origine dans une crise culturelle et anthropologique. À leurs côtés, agissent de puissants hommes d’affaires, qui mettent leurs fortunes au service de cette cause en laquelle ils croient. Les figures les plus connues sont l’entrepreneur Timothy Busch, le banquier d’affaires Frank J. Hanna, le financier Sean Fieler ou le bâtisseur Tom Monaghan.

Le cadeau de Trump aux élites catholiques conservatrices

C’est précisément cette armature, patiemment constituée depuis plusieurs décennies, qui explique pourquoi l’après-Trump est déjà en marche. Derrière les figures médiatiques de J.D. Vance ou de Marco Rubio s’étend une génération entière de juristes, de hauts fonctionnaires, d’universitaires, de conseillers politiques et d’intellectuels qui n’ont pas seulement préparé une alternance. Ils entendent inscrire durablement leur vision de l’État dans les institutions américaines.

Et pour cela, ils mettent en avant leur bilan. Leur victoire la plus spectaculaire demeure sans conteste la Cour suprême. L’annulation du célèbre arrêt Roe v. Wade en 2022, rendue possible par la majorité conservatrice façonnée durant le premier mandat de Donald Trump, a consacré plusieurs décennies de travail juridique, intellectuel et politique. Cette décision empêche aujourd’hui l’avortement dans treize États américains, où les naissances ont bondi de 3%. Pour eux, cette décision démontre qu’une bataille culturelle peut, à terme, transformer durablement le droit.

Liberté religieuse, place de la famille, éducation, identité sexuelle, limites du pouvoir des agences fédérales ou encore interprétation de la Constitution : sur chacun de ces sujets, cette génération entend déplacer le centre de gravité du conservatisme américain. Les décisions Kennedy v. Bremerton School District, qui a conforté la liberté de prière dans les écoles publiques, ou 303 Creative LLC v. Elenis, consacrant une protection plus large de la liberté d’expression face à certaines législations anti-discrimination, sont perçues comme autant d’étapes victorieuse d’une même reconquête culturelle. L’objectif n’est plus simplement de ralentir les évolutions de la société, mais d’en proposer une lecture alternative, fondée sur une anthropologie chrétienne assumée.

Cette ascension ne doit pourtant pas masquer les fractures qui traversent ce courant. Entre les héritiers de la tradition néoconservatrice et les partisans d’un réalisme plus assumé, dont J.D. Vance est aujourd’hui l’une des principales figures, les divergences sont parfois profondes. Les débats sur le rôle international des États-Unis, sur le soutien à l’Ukraine, sur l’usage de la puissance militaire ou sur la place de l’État dans l’économie révèlent des sensibilités très différentes chez ces catholiques influents. Certains mettent l’accent sur la doctrine sociale de l’Église, d’autres privilégient presque exclusivement les combats culturels ; certains se réclament d’un conservatisme classique, d’autres s’identifient plus volontiers au courant traditionaliste.

Surtout, cette droite catholique demeure minoritaire dans une Amérique où les évangéliques blancs constituent encore le principal socle religieux de l’électorat républicain. Leur force ne réside donc pas dans leur nombre, mais dans leur capacité à occuper les lieux où se forment les élites. Car si les présidents passent, comme les majorités, les institutions, elles, demeurent. La spécificité de l’ère Donald Trump est que le milliardaire new-yorkais aura sans doute offert à cette génération l’occasion d’accéder au pouvoir. Mais la véritable réussite de cette nouvelle élite se mesure ailleurs. Dans les amphithéâtres où se forment les futurs juristes. Dans les fondations qui financent les idées. Dans les cabinets où se rédigent les recours appelés à faire évoluer la jurisprudence. Dans les bureaux, souvent anonymes, où se prépare déjà l’Amérique de l’après-Trump.

John Smith pour Valeurs actuelles.

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