Pour cet article sur le scandale du marché européen de l’électricité, je reprends l’introduction (que je trouve excellente !) d’un de mes précédents et (non moins excellents !) articles intitulé :
La seule gestion de l’énergie justifierait une destitution
Où sont passés les De gaulle, les Pompidou, les Chalandon, les Fontanet et même les Giscard d’Estaing ?
En ce temps-là , on ne gouvernait pas la tête dans les sondages, ni sous la coupe du cabinet McKinsey !
Dans les années 60, jamais on n’aurait sacrifié l’avenir de la France à un misérable accord avec des écolos minables.
A l’époque, les politiques avaient une vision !
A l’époque, on réfléchissait à la souveraineté énergétique de la France pour cinquante ans, pour cent ans ! Le parc nucléaire, composé de 58 centrales, toujours opérationnelles 60 ans après leur construction, est un véritable patrimoine industriel français, et est la preuve de la pertinence et de la puissance de cette vision.
Mieux encore, nos anciens dirigeants se projetaient bien au-delà du siècle en préparant l’énergie du futur avec la centrale prototype Superphénix, sabordée, depuis, par Lionel Jospin !
A ces géants ont succédé des nains !
La gauche et ses complices écolos n’ont eu de cesse d’affaiblir la filière nucléaire. Voici les principaux coupables de cette forfaiture technologique et économique :
Voici un article de Contrepoints qui, comme moi, s’élève contre le scandale du marché européen de l’électricité :
Marché européen de l’électricité :
qui mettra fin à la casse de notre système électrique ?
Le marché européen de l’électricité n’a jamais été le marché libre et non faussé que ses promoteurs décrivent. Il prive chaque année la France d’une part substantielle de la rente que lui vaut son parc nucléaire, et il sert aujourd’hui d’argument à ceux qui contestent devant Bruxelles le financement public des futurs EPR2.
Deux formes possibles de marché, et deux seulement
Première forme. Une plateforme de conduite unique gère l’équilibre production-consommation sur tout le territoire de l’Union. Les producteurs des MWh les plus abondants et réellement les moins chers y sont présents à tout moment, à des puissances seulement limitées par la consommation appelée à l’instant t. Celui qui subit la limitation fournit le MWh marginal, dont le prix rémunère l’ensemble de la production, conformément au merit order.
Seconde forme. Chaque pays gère, dans le même esprit, un système national limité à son territoire. L’ensemble des systèmes nationaux reste interconnecté, mais chacun est commercialement étanche : ses voisins y figurent en producteurs ou en consommateurs indifférenciés des producteurs et des consommateurs nationaux.
Dans les deux cas, le merit order demeure souverain et les rentes encaissées par des producteurs uniformément rémunérés au prix du MWh le plus élevé sont d’autant plus fortes que ces producteurs sont performants. Ce qui doit être fait de ces rentes ne regarde que le pouvoir politique concerné.
Ce que la France gagnerait au modèle décentralisé
L’avantage de la seconde forme tient à une évidence : pour être le plus performant de tous, notre système ne pouvant pas pour autant fournir à ses voisins plus qu’il ne produit, il serait constamment tenu de servir prioritairement l’économie nationale — et jamais d’absorber, souvent à prix d’or, une puissance dont elle n’a pas besoin.
Les exportations se feraient au coût marginal français, les importations aux coûts marginaux des pays sollicités. D’où l’inclination à sélectionner ces derniers par ordre croissant de coûts, d’où une vraie concurrence sur un marché européen décentralisé, d’où la tendance à investir dans notre autonomie énergétique.
On peine, du reste, à rattacher l’appareil technico-commercial européen actuel à l’une ou l’autre de ces deux formes : contours flous, principes de fonctionnement difficiles à lire, grammaire spécialisée. L’entretien d’une telle confusion facilite les arrangements décrits ci-dessous.
La moitié de la rente nucléaire part chez nos voisins
La rente nucléaire sur laquelle l’État français devrait pouvoir compter a été grossièrement évaluée à 4 à 5 milliards d’euros par an. La moitié au moins de cette rente part chez nos voisins allemands, italiens et espagnols, ainsi que le rapporte La Tribune du 24 avril dernier ; soit la moitié de dividendes patrimoniaux dus à des consommateurs qui, des décennies durant, ont remboursé sur leurs factures la totalité du coût de construction du parc nucléaire.
La justification du régulateur ?
La CRE s’intéresse plutôt à la question du partage des coûts d’investissement dans de nouvelles interconnexions, connus à l’avance, plutôt qu’à ces recettes incertaines et volatiles.
Ainsi de l’interconnexion du golfe de Gascogne, estimée à 3,1 milliards d’euros et financée à 45 % par la France.
On paie d’avance des ouvrages dont on renonce à percevoir pleinement les recettes.
La « cannibalisation » : un argument facilement battu en brèche
La Commission a ouvert le 31 mars 2026 une procédure formelle sur les aides d’État au programme EPR2, avec consultation des tiers du 7 mai au 7 juin. L’association Énergies renouvelables pour tous, appuyée par l’économiste Alain Grandjean, y voit un effet de « cannibalisation ».
Sur le principe, la logique de cette consultation est contestable. Car, dans un marché réellement libre, on ne discrimine pas la personne du propriétaire d’une entreprise ni le volume des capitaux qu’elle y mobilise. Ce propriétaire peut être l’État, et qualifier ses investissements de subventions revient à préjuger de ce qui est en débat. La même Commission a d’ailleurs validé des contrats au bénéfice des renouvelables.
Sur les chiffres, le débat peut sembler légitime. Mais, alors que la Commission situe le prix du MWh garanti par « contrat pour différence » à EDF entre 85 et 115 euros, Antoine de Ravignan, le président de l’Association de promotion des énergies renouvelables, dénonce un MWh sorti des EPR2 à 226 euros, une fois intégré le prêt bonifié consenti à l’opérateur historique, quand, selon lui, le prix du MWh éolien ne dépasserait pas les 60 euros.
L’authentique expertise ci-après de Jean Pierre Riou souligne l’extravagance des chiffres avancés ci-dessus. Dépassant le consensus déjà ancien des 85 euros pour prix moyen du MWh renouvelable garanti par les contrats d’EnR, elle arrive aujourd’hui à un prix moyen de 151 euros auxquels il est nécessaire d’ajouter le coût des externalités décrites dans le rapport de l’UNCE, amenant déjà à au moins doubler ce prix, et d’ajouter le coût de la modulation de puissance qu’impose l’intermittence des EnR au nucléaire. Bref, en 2026 :
le coût moyen réel du MWh EnR le plus vraisemblable est certainement plus proche des 350 euros que des 60 euros.
Quatre questions à messieurs Grandjean et de Ravignan
Où était la considérable puissance éolienne espagnole le 28 avril 2025, au moment du blackout ibérique ?
Où est la nôtre le plus clair du temps ces deux derniers mois ?! Elle atteint pourtant 26,4 GW au 31 mars 2026 — l’équivalent de la puissance installée d’une vingtaine de tranches nucléaires.
Quelle puissance faudrait-il installer pour dispenser le pays, toute l’année, du nucléaire et du fossile ?
Et pourquoi, dans une Allemagne couverte d’éoliennes, le KWh reste-t-il parmi les plus chers d’Europe ?
Le coût des renouvelables et des batteries ne s’effondrera pas
Lorsque les réacteurs EPR2 entreront en service, les coûts des renouvelables et des batteries auront encore chuté,
assure monsieur de Ravignan. Le consensus technique dit l’inverse : le prix des batteries ne baissera plus qu’à la marge tant que leur densité énergétique restera suspendue au lithium, le plus léger des métaux, et tant que l’électrolyte n’aura pas connu de rupture franche. Quant à la baisse du coût des renouvelables, cf ci-avant.
Seules les élections de l’an prochain peuvent répondre à la question posée en titre, et leur réponse ne deviendra tangible que douze à dix-huit mois plus tard. Toute réforme profonde du système électrique français supposant de l’émanciper du système électrique européen, le consommateur français n’est pas encore sorti de l’auberge.
L’opinion d’André Pellen pour Contrepoints.
(1) Sur le merit order : Contrepoints.
(2) La Tribune, 24 avril 2026 – https://www.latribune.fr/article/entreprises-finance/energie-environnement/1866847549738214/marche-de-lelectricite-pourquoi-la-france-ne-touche-pas-tout-le-benefice-de-ses-exports
(3) Décision d’ouverture du 31 mars 2026 ; lettre d’observations publiée au JOUE le 7 mai 2026.
(4) Le Mont Champot, février 2026 ; travaux de la CEE-ONU (UNECE).




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