Pour France Inter, 2 minutes 30 à droite, c’est déjà trop !

Publié par le 5 Sep, 2026 dans Blog | 0 commentaire

Pour France Inter, 2 minutes 30 à droite, c’est déjà trop !

Comme en écho à mon précédent article pour la défense de CNews attaquée par 71 universitaires, voila qu’à France Inter des journalistes se mobilisent pour rejeter la chronique de quelques minutes par semaine d’un « confrère » parce qu’il vient de Valeurs actuelles !

Le pire, c’est que lors d’une assemblée générale, des journalistes ont voté ce rejet … à l’unanimité !

Mais dans quel monde médiatique avons-nous sombré ?

Les journalistes ne devraient-ils pas incarner, plus que tout autre, l’ouverture d’esprit et la défense de la liberté d’expression ? A l’inverse, pour ces journalistes qu’il faut bien qualifier de gauchistes, entendre un point de vue différent du leur, ne serait-ce que 2 minutes 30 par semaine, est insupportable !

Rappelons que 2 minutes 30 minutes par semaine représente un quota de 2,5 dix millième du temps …

c’est à dire 0,025 % du temps !

Mais c’est beaucoup trop pour leur sectarisme forcené. ! Qui plus est sur une radio financée par tous les Français de droite et de gauche, y compris les lecteurs de Valeurs actuelles !

Voici des extraits d’un article du Courrier des Stratèges qui dénonce ce déni de démocratie :

Grève à France Inter ? ou la corporation
qui se prend pour la France

Grève à France Inter contre un chroniqueur de droite. Le SNJ parle pour « la profession » : 2 500 adhérents, 34 784 cartes, la moitié à Paris. Une corporation, pas la France.

À France Inter, une assemblée générale unanime refuse qu’un journaliste de Valeurs actuelles tienne une chronique hebdomadaire, et le Syndicat national des journalistes parle au nom de « la profession ». Reste à savoir ce qu’est cette profession : 34 784 cartes, délivrées par une commission de la profession elle-même, à des gens dont plus de la moitié vivent en Île-de-France. Une corporation, au sens que le mot avait avant 1791 — et qui demande à la France de lui ressembler.

Il existe en France une carte plastifiée, de la taille d’une carte bancaire, que 34 784 personnes détiennent et que les autres ne peuvent pas obtenir, non parce qu’elles écriraient mal, non parce qu’elles informeraient faux, non parce qu’elles manqueraient de lecteurs, mais parce que leur employeur n’est pas une « entreprise de presse » ou que leurs revenus ne viennent pas assez de cet employeur-là ; et c’est au nom des détenteurs de cette carte que, mercredi 2 septembre, une assemblée générale de Radio France a voté à l’unanimité le principe d’une grève pour empêcher un confrère de parler cinq minutes par semaine sur une antenne publique.

Le confrère s’appelle Charles Sapin. Il est directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, ancien du Figaro et du Point. Sa première chronique, dimanche, portait sur le mur de la dette qui mettra le prochain président « sous tutelle » — un sujet dont nous avons parlé ici même la veille, et qui ne passe pas, je suppose, pour une provocation d’extrême droite. Peu importe : le SNJ-CGT y voit une « ligne rouge inacceptable », la société des journalistes une « ferme opposition », et le SNJ — premier syndicat de la profession — estime que Radio France se comporte « comme un paillasson ». La direction, elle, parle de « pluralisme ». Le mot est le même dans les deux camps ; il ne désigne pas la même chose.

Le premier syndicat, et de qui

Le SNJ se présente comme « premier syndicat français de journalistes », et c’est exact. Aux élections de la commission de la carte de 2024, il a recueilli 52,4 % des suffrages. Mais la participation était de 37 % : 15 138 votants sur 40 835 inscrits. Un journaliste sur cinq, donc, a voté SNJ. Le syndicat lui-même déclare 2 500 adhérents — 7 % des titulaires de la carte, un dixième de pour cent de la population active. Quand le SNJ dit que Radio France est un paillasson, il parle pour un journaliste sur quatorze. Quand il parle de « la profession », il parle pour un cercle qui s’est lui-même défini, à l’intérieur d’un cercle qui s’est lui-même reconnu.

Je ne dis pas cela contre le syndicalisme, ni contre ces 2 500 personnes, dont beaucoup font un métier difficile pour des salaires médiocres, à la pige, dans des rédactions qui ferment. Je dis que la représentativité est une arithmétique, et que l’arithmétique est cruelle avec ceux qui parlent au nom des autres. Un syndicat qui représente un journaliste sur quatorze ne représente pas les journalistes ; les journalistes, qui représentent un Français sur deux mille et vivent pour moitié dans une région sur treize, ne représentent pas la France. On peut le regretter. On ne peut pas l’ignorer quand on réclame, au nom du « service public », le droit de choisir qui parle aux Français.

Ce que révèle le mot « pluralisme »

La direction de France Inter invoque le pluralisme pour justifier Charles Sapin ; la rédaction invoque les « valeurs » du service public pour le refuser. Les deux ont tort de la même façon, et c’est le point qui m’intéresse. Le pluralisme n’est pas un dosage d’éditorialistes qu’une directrice compose pour les week-ends comme on compose un plateau de fromages ; ce n’est pas non plus un droit de veto d’une assemblée sur les voix qu’elle accepte d’entendre. Le pluralisme, dans une société libre, c’est l’existence de mille supports qui ne demandent la permission à personne, et de lecteurs qui choisissent. Il ne se décrète pas rue Montpensier et ne se vote pas en assemblée générale. Il se constate au kiosque, ou sur l’écran.

Or c’est précisément cela que la carte, la commission et le syndicat rendent difficile. Le blogueur qui vit de ses abonnés n’est pas journaliste, faute d’« entreprise de presse ». Le retraité qui tient une lettre lue par dix mille personnes n’est pas journaliste, faute de revenus « principaux ». Le journaliste de Valeurs actuelles, lui, l’est — sa carte est en règle — mais il n’est pas « compatible ». Le critère a glissé, sans qu’aucun texte l’ait prévu : de la fiche de paie à la sensibilité. Ce glissement est la marque d’une corporation mûre. Les jurandes de l’Ancien Régime aussi vérifiaient d’abord les comptes, puis les mœurs.

Pendant ce temps

Pendant que Radio France vote une grève contre un chroniqueur, moins d’un Français sur trois déclare faire confiance aux médias, selon le baromètre annuel La Croix-Kantar ; les premières demandes de carte reculent ; et l’audience des supports que la commission commence à peine à reconnaître — chaînes, lettres, podcasts — dépasse, pour les moins de trente-cinq ans, celle de la radio publique. La corporation défend ses murs au moment où la ville s’est construite ailleurs. Je ne m’en réjouis pas : une presse qui s’effondre n’est pas remplacée par une presse meilleure, mais par du bruit. Faut dire que le bruit, au moins, ne vote pas de motions.

Dernier mot

Une société libre n’aurait pas de carte de presse. Elle aurait des journalistes, c’est-à-dire des gens qui informent et que d’autres choisissent de lire, sans qu’une commission de leurs pairs ait à certifier que leur employeur est convenable et leur salaire suffisant. Elle aurait des syndicats, autant qu’on voudra, qui parleraient pour leurs adhérents et pas pour « la profession ». Et elle aurait une radio publique — si elle en gardait une — dont la mission serait de laisser parler, non de faire trier par le personnel les voix que le personnel consent à entendre.

Je ne sais pas si Charles Sapin fera de bonnes chroniques. Je suppose qu’il en fera de discutables, comme tout le monde. Mais la question posée mercredi n’était pas celle-là. C’était : qui décide, dans ce pays, de qui a le droit de parler à la France ? Et la réponse d’une assemblée unanime de 34 784 cartes, dont la moitié à Paris, fut : nous. C’est la réponse d’un corps. Ce n’est pas celle d’un pays.

Eric Verhaeghe pour Le Courrier des stratèges.

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