Quelle suite à la pétition contre CNews ?

Publié par le 6 Nov, 2026 dans Blog | 0 commentaire

Quelle suite à la pétition contre CNews ?

La pétition (scélérate ?) pour la fermeture de CNews ayant largement atteint les 100 000 signatures, un débat devra avoir lieu sur le sujet à l’Assemblée nationale.

Dans le temple français de la démocratie, des élus, censés représenter toutes les tendances politiques des Français, vont donc devoir envisager la censure d’une opinion parmi d’autres, en contradiction frontale avec les valeurs républicaines de pluralisme et de libertés d’expression.

En complément de mon précédent article :

La pétition de la honte 

Je relaye aujourd’hui l’interview du président de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, Alexandre Portier, qui va devoir statuer sur le sort donné à cette pétition.

Alexandre Portier

Alexandre Portier sur la pétition de suppression de CNews :
« LFI mène une offensive de muselage des avis contraires »

Le président LR de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée considère que « la gauche est en train de rompre avec les fondamentaux du débat républicain ».

Le Figaro :  Une pétition pour la suppression de CNews  a été signée plus de 800 000 fois sur le site de l’Assemblée. Le bureau de la commission des affaires culturelles s’est réuni cette semaine pour débattre de son possible classement. Quelle décision sera rendue mardi ?

Alexandre Portier : La pétition dont il est question est ancienne, elle avait été déposée début juin. Pendant très longtemps, elle est restée modeste puisque, mi-septembre, il y avait 155 signataires. Elle a explosé dans les jours qui ont suivi l’attentat de Trappes, car elle a été très relayée. Dès qu’elle dépasse 100 000 signatures, elle est envoyée vers la commission de l’Assemblée en charge du sujet, en l’occurrence celle des affaires culturelles. À partir de là, nous devons organiser son traitement, nommer un rapporteur, et voir quelles suites lui donner.

Mardi 10 novembre, à 13 heures, nous aurons en commission une discussion sur le sujet : je présenterai un avis sur ce qu’il me paraît opportun de faire pour cette pétition. Après quoi, les députés se prononceront avec deux possibilités : le classement ou l’organisation d’un débat ultérieur en commission sur le fond de la pétition. Un débat sur lequel, contrairement à ce que l’on peut entendre, il n’y aurait pas de vote : une pétition ne peut pas faire fermer de chaîne de télévision.

Le Figaro :  Considérez-vous ce type d’idée comme dangereuse pour la liberté d’informer, à l’heure où certains journalistes sont refoulés ou maltraités lors d’événements politiques ?

Alexandre Portier : Je suis totalement contre la fermeture de CNews. Nous ne sommes pas en URSS et l’État n’a pas à donner des brevets de moralité aux médias. Le droit de pétition est respectable, les signataires expriment un désaccord avec CNews, c’est leur droit. Mais ça n’équivaut pas à un référendum et ce n’est pas l’avis de tous les Français. J’observe par ailleurs que plusieurs dizaines de pétitions de soutien à CNews ont été déposées. Il est important de prendre la hauteur nécessaire sur le débat qui s’installe dans notre pays : une pétition déposée par un particulier a été très fortement relayée par l’extrême gauche non sans arrière-pensée…

Quand on entend l’Insoumis Thomas Portes ou le député Génération·s Benjamin Lucas, on comprend bien qu’il y a un agenda politique derrière l’accent qu’ils mettent sur ce sujet. J’ai été très frappé de l’instrumentalisation politique du drame de Trappes à laquelle nous avons assisté dans l’Hémicycle et qui se poursuit avec celle de la pétition sur CNews. Mais cette instrumentalisation politique de l’extrême gauche ne masquera pas ses attaques contre la presse et la liberté d’expression. Il faut quand même avoir en tête la multiplication des attaques contre la presse ces dernières années par LFI. Jean-Luc Mélenchon et ses amis, qui s’en prennent directement à des journalistes allant de Sonia Mabrouk à Anne-Claire Coudray, et qui appellent à « pourrir » ceux de Franceinfo ; le refus d’accréditation par LFI du journaliste Olivier Pérou du Monde ; les propos d’Aymeric Caron contre Jean Quatremer qui était à Libération… Il y a une multiplication des invectives, des restrictions d’accès et des contestations d’autorisation des journalistes. Ce ne sont pas les mêmes actes mais tout converge vers un même point. Les attaques contre CNews ne sont que la face émergée des attaques contre la presse de manière générale. Et cela s’inscrit dans une attaque frontale contre la démocratie française.

Le Figaro :  S’ils arrivent au pouvoir, les Insoumis promettent qu’ils supprimeront CNews du paysage de l’audiovisuel français. Est-ce possible ?

Alexandre Portier : Si l’extrême gauche arrive au pouvoir et met en place une politique soviétique, ils peuvent par définition tout interdire. En 1918, Clemenceau disait, alors qu’il était fortement attaqué : « Les républicains ne doivent pas avoir peur de la liberté de la presse. » Actuellement, LFI mène une offensive de muselage des avis contraires. La gauche ne supporte plus le débat contradictoire. Le réel lui démontre chaque jour un peu plus combien elle a tort et elle essaie de faire taire tous ceux qui expriment la voix du réel.

Concernant CNews, c’est l’Arcom qui est compétente, Arcom qui lui a renouvelé sa fréquence TNT en décembre 2024 et pour une durée de 10 ans. Ici, nous sommes en fait sur un autre débat. Nous sommes face à une opération de verrouillage du débat public à six mois de la présidentielle, ce qui est extrêmement grave. La gauche veut délimiter le champ du dicible et, pire, du pensable. Cela fait cinquante ans qu’elle veut dicter au pays ce qu’il a le droit de dire et de penser. Plus le réel lui échappe, plus elle est agressive et violente.

Le Figaro :  Selon vous, une partie de la gauche a donc perdu son attachement à la liberté d’expression ?

Alexandre Portier : Derrière ces attaques contre CNews, la question de fond c’est : est-ce qu’en 2026, en France, on a encore le droit de dire ce que l’on pense et ce que l’on voit ? Est-ce qu’on a encore le droit de dire ce qui ne va pas ? Ce qu’il me semble utile de remettre en perspective, c’est la rupture radicale de la gauche avec ce qui a toujours été le débat républicain dans notre pays. Le cadre juridique de la liberté de la presse fait partie des fondements de notre débat démocratique. Il y a onze ans, les Français défilaient dans les rues pour dire : « Nous ne lisons pas Charlie Hebdo, mais ils doivent être libres de s’exprimer. » Où est passée la gauche qui défilait pour la liberté de ton ? En dix ans, nous avons eu une vraie rupture philosophique. La gauche est en train de rompre avec les fondamentaux du débat républicain.

Propos recueillis par Wally Bordas pour le Figaro.

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