Mais comment osent-ils ?
Comment tous ces macronistes de la première heure ou ralliés plus tardivement osent-ils envisager de postuler à la présidence de la République, handicapés qu’ils sont par l’écrasant bilan de leur gourou ?
Ils devraient se rappeler qu’ils sont dans une situation bien pire que celle de François Hollande qui, au vu de son impopularité, n’avait pu se représenter en 2017 !
Bien sûr, tous, vous diront : « lui, c’est lui, et moi, c’est moi ! » mais les autres candidats se chargeront de le leur rappeler dans les débats de premier tour de la présidentielle.
Le pire représentant de ces macronistes qui croient en leurs chances, c’est évidemment Edouard Philippe ! Car le maire du Havre et ancien premier premier ministre de Macron porte un triple handicap :
- D’abord parce qu’il fut le premier membre des Républicains à avoir trahi son camp pour aller goûter à la soupe macronienne,
- Ensuite parce qu’il partage le lourd bilan de Macron,
- Finalement pour son action personnelle à Matignon : les 80 Kmh, les Gilets jaunes qu’il a sévèrement fait bastonner, et sa gestion calamiteuse du covid.
Ensuite vient le toujours frétillant Gabriel Attal qui ne doute jamais de son avenir présidentiel. Pourtant, les 2 ou 3 Canadair dont il a supprimé la commande, en tant que premier ministre, vont lui coûter cher ajouté à ce soupçon d’insincérité comparable à celle de Laurent Wauquier.
Les Français savent que Gabriel Attal n’a pas de convictions bien établies et qu’il suit l’air du temps. Voici un article de Boulevard Voltaire qui ne croit pas beaucoup à son virage à droite :
Attal dans le JDD : à droite toute !
On aurait presque envie d’y croire …
L’entretien de Gabriel Attal n’a qu’un défaut : il est aux antipodes du parcours de l’homme.
On est à moins d’un an de l’élection présidentielle et, à l’exception de Marine Le Pen, personne n’est encore assuré d’être présent au second tour. Gabriel Attal l’est peut-être moins, encore, que les autres, puisque les sondages le donnent encore derrière Édouard Philippe, lui-même au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon. C’est peut-être la raison pour laquelle l’ancien conseiller de cabinet de la socialiste Marisol Touraine, l’ancien ministre et Premier ministre de Macron, consacre, ce dimanche, un long entretien au JDD, organe des horribles « médias Bolloré » dans lequel il se montre bien plus droitier que prévu, au risque d’être taxé d’opportunisme, les vents soufflant à droite par les temps qui courent. Voyons donc cela.
Fermeté
Interrogé, pour commencer, sur l’invasion de migrants à Ceuta, M. Attal dit qu’il veut agir, expulser, être capable de fermer ses frontières en réformant les règles de l’espace Schengen, et de ne pas être tributaire des politiques laxistes des gouvernements voisins. Même fermeté sur les installations illégales de gens du voyage : « Il y en a marre », et il va présenter « des propositions très fortes ».
Est-ce pour relancer une candidature jusqu’ici un peu asthmatique ? Gabriel Attal balaie ces allégations d’un revers de main : il « progresse » grâce à sa campagne « en nette dynamique » – variante moderne, peut-être, de l’appréciation « en progrès constant » que l’on mettait jadis sur les mauvais bulletins scolaires. En tous les cas, bien décidé à « renverser la table », après en avoir pourtant été l’un des meilleurs clients, Gabriel Attal ne doute de rien. D’ailleurs – cerise sur le gâteau -, il veut même proposer aux Français, par référendum, « la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 ». Carrément !
Autorité
Posture volontariste, mots forts, punchlines bien trouvées : l’ancien protégé d’Emmanuel Macron ne fait l’impasse sur aucun poncif de l’ethos* de droite. Il parle de référendum annuel – sur des sujets qu’il ne détaille pas -, de choc d’autorité, de construction de places de prison, de dégraissage de la fonction publique, de réduire le nombre de députés et sénateurs. Il pointe du doigt l’impunité des criminels, la « vetocratie » des résistances passives et le copinage parisien des politiques qui se renvoient l’ascenseur. Ce dernier point, bien sûr, est amusant, venant de quelqu’un qui a exclusivement vécu en Île-de-France, est un pur produit de l’élitisme scolaire parisien et aura donc du mal à convaincre qu’il est un nouveau Pierre Poujade ou un nouveau Jean Lassalle. Mais après tout, si ça l’amuse…
Audace
Il faut cependant reconnaître à Gabriel Attal une qualité qui ne vient pas de la droite : il ne dézingue personne. La droite française, la plus nulle, la plus bête du monde, se repaît ordinairement de querelles, de petites phrases et de trahisons. M. Attal, lui, n’a pas un mot pour critiquer son concurrent, Édouard Philippe, et préfère mettre en valeur son projet à lui plutôt que de descendre en flammes celui des autres. Une telle dignité (ou habileté), il faut en convenir, ne s’était plus vue depuis longtemps. On saluera, également, cette métaphore bien trouvée, dans un pays devenu frileux et hygiéniste : « Certains veulent faire rouler la France à 50 km/h, d’autres à 80. Moi, je veux qu’elle fonce à 140. Sinon, nous serons durablement dépassés. La Chine et les États-Unis ne nous attendent pas sur l’aire d’autoroute. » Attal fait du Sardou…
De bonnes idées, il y en a d’autres, comme par exemple le « spoil system » à la française, c’est-à-dire la possibilité, pour le Président, d’imposer ses équipes à tous les postes clés de l’administration publique. Maintenant, si ça pouvait annuler les nominations d’Emmanuel Macron, au crépuscule de son mandat : Ferrand au Conseil constitutionnel, Montchalin à la Cour des comptes, etc.
Encore une petite cuillère de droite : Attal termine sur la question des mineurs délinquants, parle de l’immigration qu’il faut réguler, des impôts confiscatoires et de la retraite, dans laquelle il faut, selon lui, ajouter une part de capitalisation. Tout ça est fort bien.
Au fond, l’entretien de Gabriel Attal n’a qu’un défaut : il est aux antipodes du parcours d’un homme qui a pourtant toujours baigné dans le marigot politique de sa courte vie. Et ce simple fait démonétise tout le reste.
Arnaud Florac pour Boulevard Voltaire.
* Ethos : L’éthos (ou ethos) désigne la crédibilité, l’autorité ou l’image de soi qu’un orateur projette pour convaincre son public. Issu de la rhétorique d’Aristote, il forme avec le logos (la logique) et le pathos (l’émotion) les trois piliers de la persuasion. En sociologie, il qualifie aussi l’ensemble des mœurs et des valeurs d’un groupe.




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