Le Parti démocrate américain et la grande majorité des médias français tiennent Donald Trump pour le diable et pensent que tout sera effacé à la fin de son mandat qui n’aura été qu’une parenthèse vite oubliée.
Cette semaine, Valeurs actuelles titrait à la Une :
Les catholiques à l’assaut de l’Amérique
Parmi les différents articles proposés, j’en ai sélectionné un que je veux partager ici, parce qu’il dénote avec la plupart des articles consacrés à Donald Trump.
En effet, le plus souvent, en quelques lignes, ou quelques phrases, vous percevez immédiatement si l’auteur est pro ou anti-trump. Ce n’est pas le cas pour cet article de Valeurs actuelles signé du correspondant américain de VA à Washington, John Smith.
John Smith inscrit les deux victoires de Donald Trump dans une perpective de prise du pouvoir par la mouvance catholique. Il voit dans le vice-président JD Vance, et le Secrétaire d’Etat Marco Rubio la relève encore plus marquée sur le plan religieux.
Voici la première partie de cet article très documenté de Valeurs actuelles :
Les catholiques prennent le pouvoir à Washington
JD Vance, Marco Rubio : quand le pouvoir US devient catho
J.D. Vance et Marco Rubio sont les deux prétendants à la succession de Donald Trump. Ils incarnent cette nouvelle génération de catholiques conservateurs qui n’entendent plus seulement gagner les élections, mais aussi gouverner durablement les institutions américaines.
Donald Trump n’est pas immortel. Et alors que le monde semble avoir enfin compris que son mouvement ne disparaîtrait pas avec lui, deux noms reviennent avec une insistance presque mécanique dans les conversations des think tanks, des cabinets d’avocats de K Street ou des couloirs du Capitole : J.D. Vance, 41 ans, le « plouc des Appalaches » devenu le vice-président des États-Unis et le secrétaire d’État Marco Rubio, 55 ans, l’ambitieux fils d’émigrés cubains qui s’est hissé au poste de diplomate en chef de la première puissance mondiale. Deux hommes que presque tout oppose, à l’exception d’un point commun qui, à Washington, n’est plus un simple détail biographique : tous deux sont catholiques.
Une poussée catholique
Des pubs irlandais de Boston au carnaval de La Nouvelle-Orléans, pendant plus de deux siècles, le catholicisme américain fut la religion des laissés-pour-compte et des naufragés volontaires venus chercher fortune dans le Nouveau Monde. Mais alors que les États-Unis viennent de célébrer leur 250e anniversaire, son poids électoral avoisine environ 22% de la population, et son influence déborde largement cette lecture strictement démographique. Au fil des décennies, les catholiques ont noyauté les centres du pouvoir de la droite américaine. À la Cour suprême, où six des neuf juges sont catholiques, dans l’administration fédérale, les grandes facultés de droit, les fondations, les cabinets d’avocats et les principaux réseaux d’influence conservateurs, ils occupent aujourd’hui des positions clés. Une présence qui ne relève ni du hasard ni d’une soudaine conversion du Parti républicain, mais qui est l’aboutissement d’un patient travail de plusieurs décennies.
Une nouvelle conception du pouvoir : le bien commun
Chez J.D. Vance, dont la famille vient d’enregistrer une quatrième naissance, la dévotion à la Vierge Marie n’est pas un héritage mais un choix mûri. Converti au catholicisme en 2019 après un long cheminement intellectuel, l’auteur de Hillbilly Elegy, un récit autobiographique à succès, revendique une pensée nourrie par saint Augustin et la doctrine sociale de l’Église. Il invoque volontiers l’ordo amoris, cet « ordre des amours » qui place les devoirs envers les proches au fondement même de la responsabilité politique. Sa méthode tient en une phrase devenue célèbre : « Si votre argument politique sur l’avortement, ou sur n’importe quel autre sujet, ne convainc pas vos concitoyens, alors il faut construire un meilleur argument. » Plus qu’une stratégie électorale, une manière de penser : la politique ne se réduit jamais à la conquête du pouvoir mais à une certaine conception du bien commun.
Marco Rubio, également père de quatre enfants, présente un visage différent. Baptisé catholique par tradition, puis brièvement passé par une communauté mormone avant de revenir à sa foi d’origine, il incarne une droite plus diplomatique ou consensuelle, davantage préoccupée de liberté religieuse et du rôle des États-Unis dans le monde. Là où Vance apparaît volontiers comme un intellectuel converti à la politique, Rubio cultive depuis longtemps les attributs de l’homme d’État. En témoigne son déplacement au Vatican lors de l’inauguration du pontificat de Léon XIV, qui a renforcé cette image de responsable capable d’évoluer avec la même aisance entre Washington et Rome, entre la diplomatie et les enjeux de politique intérieure.
La Maison-Blanche et le Vatican
Une lecture rapide des pedigrees des deux lieutenants de Trump pourrait conclure que la Maison-Blanche devrait, sous sa gouverne, se rapprocher naturellement du Saint-Siège. Il n’en est rien en raison de désaccords politiques majeurs. Sur l’immigration, certaines interventions militaires, la peine de mort ou encore la conception du rôle de l’État, peu importe que le pape soit américain : les malentendus demeurent. Depuis Benoît XVI, dont la pensée entrait le plus en résonance avec leurs préoccupations culturelles et anthropologiques, les catholiques conservateurs n’ont jamais trouvé à Rome un véritable allié politique.
Cela ne les a pourtant pas empêchés de bâtir, presque à bas bruit, un milieu d’une remarquable cohérence, animé par une foi et une culture commune, des références intellectuelles largement partagées et, surtout, par une ambition de gouvernement. Avec Washington au centre de la toile qu’ils ont tissée, pour fabriquer les nouvelles élites de la droite américaine.
Et si J.D. Vance et Marco Rubio peuvent désormais prétendre à l’après-Trump, c’est précisément parce qu’ils ne sont plus seulement des trajectoires individuelles. Ils sont les figures les plus visibles d’une génération patiemment formée depuis plus de trente ans. Une génération qui n’entend plus seulement gagner les élections, mais gouverner durablement les institutions américaines.
John Smith pour Valeurs actuelles.
A suivre.




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