Desproges et les « anars de droite »

Publié par le 26 Avr, 2018 dans Blog | 2 commentaires

Desproges et les « anars de droite »

Pierre Desproges me manque énormément !

Parmi tous les nombreux humoristes disparus, Coluche, Thierry Le Luron, Alex Métayer, Raymond Devos, et bien d’autres, Pierre est celui qui me manque le plus.

François Hollande a eu beaucoup de chance ! Il aurait fait une cible de choix pour l’esprit frondeur et affuté de Pierre. Thierry Le Luron en aurait fait aussi ses choux gras !

Alors quand j’ai trouvé, dans le dernier numéro de Valeurs actuelles, un article titré « Desproges et les anars de droite », un article, qui plus est, signé Eric Brunet, je n’ai pu résister au plaisir de le partager sur notre blog !

Ni anars, ni de droite, ni de nulle part, ce sont simplement des misanthropes déçus par la nature humaine, qui conchient tout.

Il y a trente ans, Pierre Desproges disparaissait. Individualiste, dilettante, provocateur, le prince sans rire était un des plus beaux spécimens de la famille des anars de droite :

« J’aime mieux me faire chier tout seul que d’être heureux avec les autres. »

Qu’ils soient tendres ou abrasifs, c’est un fait établi : les anars de droite conchient tout. « Sur ma tombe, une seule épitaphe: Non ! », écrivait Céline. À vrai dire, ils ne sont ni anars, ni de droite, ni de nulle part … Simplement des misanthropes, récusant tout, y compris l’étiquette dont on les affuble. Déçus par la nature humaine, les anars de droite se laissent porter par le plaisir jubilatoire de choquer le bourgeois convenable. Un Gainsbourg qui allume sa cigarette devant des millions de téléspectateurs en brûlant un billet de 500 francs sur un plateau de télévision répond à ce schéma. L’anar de droite trouve souvent son salut dans les excès (l’alcool en tête), à la manière d’un Jean-Edern Hallier ou d’un Antoine Blondin : « N’oublie pas qu’on écrit avec un dictionnaire et une corbeille à papier. Tout le reste n’est que litres et ratures. »

L’anar de droite a des vertus civiques plutôt ténues. Refusant l’engagisme de gauche, il est incroyant même s’il sympathise avec le curé. Je ris souvent en repensant à la phrase de Jean Y anne : « Heureusement que Jésus-Christ n’est pas mort dans son lit. Sinon, en Bretagne, il y aurait un sommier en granit à chaque carrefour. » L’anar de droite n’est pas non plus un rousseauiste passionné. Céline : « L’ignoble imposture de Jean-Jacques : l’homme est bon. »

Eric Brunet

J’aime bien l’autoportrait de Michel Houellebecq : « Nihiliste, réactionnaire, cynique, raciste et misogyne honteux : ce serait encore me faire trop d’honneur que de me ranger dans la peu ragoûtante famille des anarchistes de droite; fondamentalement, je ne suis qu’un beauf » Pourtant, qu’il le veuille ou non, Houellebecq est un anar de droite.

Même quand il pare son pessimisme abyssal de gaudriole … Alors, de droite, de gauche ? « Je suis un mélange d’anarchiste et de conservateur, dans des proportions qui restent à déterminer », lâche Jean Gabin dans le Président d’Henri Verneuil.

Un siècle avant Houellebecq, Léon Bloy, en pleine affaire Dreyfus, écrivait un essai polémique : Je m’accuse … Ce catholique antibourgeois est l’écrivain vitrioleur par excellence. À Zola, vieillissant, qui avait relancé sa carrière avec Dreyfus, Bloy répond : « Je ne suis et ne veux être ni dreyfusard, ni antidreyfusard, ni antisémite. Je suis anti-cochon, simplement, et à ce titre, l’ennemi, le vomisseur de tout le monde, à peu près. »

Pour autant, l’anar de droite cultive un certain raffinement. Une forme d’élégance chevaleresque, antibourgeoise : « Ils me prennent pour un primitif, pour un gauche, pour un fruste. Or, je suis un raffiné, un aristocrate … », écrit Céline. Un aristocratisme qui n’a rien de mondain : « Je n’aime pas ce qui est commun. Je n’aime pas ce qui est vulgaire. Je veux dire qu’une prison est une chose distinguée, parce que l’homme y souffre. Tandis que la fête à Neuilly est une chose très vulgaire, parce que l’homme s’y réjouit. »

Dans un refus de s’assujettir aux conventions, les anarchistes de droite moquent la démocratie, la république …

Desproges:

« Je manifeste toujours tout seul. Au reste mes idées sont trop originales pour susciter l’adhésion des masses bêlantes ataviquement acquises aux promiscuités transpirantes et braillardes inhérentes à la vulgarité du régime démocratique imposé chez nous depuis deux siècles par la canaille régicide. »

Desproges encore:

« La démocratie, c’est la loi du plus grand nombre, le plus grand nombre c’est les gens qui regardent Sabatier. Que ces gens-là votent, je trouve ça scandaleux … »

Oui, je sais. Desproges n’aurait sûrement pas accepté d’être classé, inventorié. Tant de gens de gauche l’apprécient. Mais les gens de gauche aiment Céline, les cyclistes aiment Blondin, les cinéphiles aiment Audiard et André Pousse …

Alors Pierre Desproges est un anar de droite, ce n’est pas négociable !

Eric Brunet pour Valeurs actuelles.

Je ne résiste pas à conclure cet article par la citation de Pierre que je préfère :

Marguerite Duras n’a pas écrit que des conneries …

Elle en a aussi filmées !

Merci de tweeter cet article :





2 Réponses à “Desproges et les « anars de droite »”

  1. On peut très bien ne pas partager jusqu’au bout le libéralisme à tout crin d’Eric Brunet,mais on ne peut contester l’intérêt de ses articles dans « Valeurs actuelles »-toujours excellents.

    • C’est vrai qu’il est économiquement ultra libéral et c’est pour cela qu’il a donné du temps au « petit empereur » car il préfère paraître naïf plutôt que nihiliste.
      Mais, auditeur fidèle de son émission quotidienne sur RMC, j’entends un peu plus chaque jour la méfiance prendre le pas sur la confiance ou plutôt le temps qu’il avait accordé à Micron Bonaparte.
      Un jour il prononcera peut-être ces mots:
      « Hollande était le président de la synthèse, Macron est la synthèse des présidents de la 5ème République, chef de guerre comme De Gaulle, bourgeois ni droite ni gauche comme VGE, menteur et fourbe comme Mitterrand, traitre démissionnaire de son son président comme Chirac, super-président à l’Américaine comme Sarkozy, « commémorator » et interventionniste comme Hollande. Une omission, Pompidou, je ne veux pas souhaiter la mort d’un homme alors disons qu’il ne finira pas son mandat…
      Une chose est sûre, M. Brunet, vous faites parti de la minorité des journalistes qui ne sont pas de « goche » alors il est réconfortant de vous entendre.

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *