On espère que d’ici la fin de son mandat, Macron n’aura pas le temps pour une septième panthéonisation !
Macron adore ce genre de cérémonie où il peut se mettre en scène, jouer dans une pièce de théâtre créée spécialement pour lui.
Il faut dire qu’il est excellent dans l’exercice modulant sa voix comme les plus grands comédiens. On regrette juste qu’il n’ait pas panthéoniser à plein temps au lieu de ruiner la France dans son rôle de président.
Malheureusement, à l’occasion de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, on a assisté à un double détournement de la cérémonie :
- Comme à chaque fois, à partir de la vie de la personne célébrée, Macron s’est permis de lourdes et partisanes allusions à la vie politique actuelle,
- Cette fois-ci, en plus, il a laissé un membre de la famille totalement dévoyer la cérémonie au profit d’un parti politique !
Un président digne de ce nom ne se serait pas permis ces deux atteintes à la République.
Georges Michel, dans cet article de Boulevard Voltaire, partage mon indignation :
Marc Bloch au Panthéon : quelques vérités
Dans son discours, Emmanuel Macron a évoqué « la révision historique qu’un peu partout l’on voit poindre ». Effectivement, d’un peu partout …
Ce mardi 23 juin, Emmanuel Macron a donc présidé l’entrée au Panthéon de l’historien Marc Bloch. Une panthéonisation ! Un exercice dont raffole Emmanuel Macron. En neuf ans à l’Élysée, il aura présidé six panthéonisations, quand le général de Gaulle, en dix ans de pouvoir, n’en présida qu’une : celle de Jean Moulin, devenue en elle-même un véritable monument par le discours d’André Malraux.
Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège… Entre, avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle – nos frères dans l’ordre de la nuit …
Jamais imité car inimitable.
L’entrée de Marc Bloch au Panthéon, temple laïque d’une République en quête de verticalité, était une évidence : le professeur, l’historien, le combattant des deux guerres mondiales, cinq fois cités, chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, le héros de la Résistance, mort pour la France, fusillé par les Allemands le 16 juin 1944, alors qu’il était âgé de 57 ans, le père de famille nombreuse aussi. Que son épouse, Simonne Vidal, la mère de ses six enfants, son assistante dans ses travaux historiques, son soutien de tous les jours, jusqu’aux derniers jours, emportée par un cancer deux semaines après le supplice de son époux, l’accompagne, est tout aussi légitime.
Le RN, « héritier des Waffen SS qui ont assassiné mon grand-père »
Mais avouons que ce 23 juin 2026, cet événement qui a vocation à rassembler tous les Français, comme on peut le penser un peu naïvement, a été quelque peu gâché par les propos de Suzette Bloch, une petite-fille de Marc Bloch, sur l’antenne de France Inter. Reçue par Benjamin Duhamel, Mme Bloch a qualifié le Rassemblement national :
d’héritier des Waffen SS qui ont assassiné mon grand-père.
Visiblement, la petite-fille du fondateur des Annales d’histoire économique et sociale n’a pas hérité des qualités d’historien de son grand-père ! D’abord parce que son grand-père a été fusillé par membres de la Gestapo, pas par des Waffen SS. Il faut être précis. Ensuite, oui, il y a bien eu parmi les premiers membres du Front national quelques anciens de la Waffen SS, mais il y eut aussi d’authentiques résistants. On n’en citera qu’un seul ce soir : Michel de Camaret, compagnon de la Libération. Par ailleurs, affirmer comme le fait Suzette Bloch, que le RN n’a jamais renié Jean-Marie Le Pen – qui ne fut pas SS !-, est faux. Faut-il rappeler que Marine Le Pen a exclu son propre père du FN, justement pour ses propos sur les chambres à gaz.
L’absence de modération de Benjamin Duhamel
Or, les propos de Mme Bloch n’ont fait l’objet d’aucune modération de la part de Benjamin Duhamel, qui la recevait. Là, en l’occurrence, il n’a pas fait son travail de journaliste. C’est regrettable. Enfin, comment peut-on imaginer, par exemple, qu’un Jean-Philippe Tanguy, ancien de Debout la France, un Sébastien Chenu, ancien de l’UMP – et l’on pourrait citer des dizaines d’élus, de hiérarques du RN, nationaux comme locaux, et en tout premier lieu Marine Le Pen et Jordan Bardella – puissent être des « héritiers des Waffen SS ». Ce n’est tout simplement pas sérieux. Reproche-t-on aux LR, héritiers de l’UDR des années Pompidou, d’avoir compté dans ses rangs – et dans les tous premiers rangs – Maurice Papon, condamné pour complicité de crime contre l’humanité ? Non et c’est heureux.
Suzette Bloch a ajouté :
Jordan Bardella a indiqué qu’il n’y aura aucun représentant [du RN] normalement ce soir, je trouve que c’est bien.
Est-ce que c’était bien ? La question se pose. Elle se pose d’autant quand on voit que des députés LFI étaient présents à cette cérémonie. Et l’on comprend mieux maintenant les propos de Suzette Bloch lorsqu’on découvre qu’à l’issue de la cérémonie, elle a posé pour la photo avec Jean-Luc Mélenchon et les députés LFI présents à cet hommage.
« Dilexit veritatem » : « Il a aimé la vérité »
Telle était l’épitaphe que Marc Bloch voulait pour lui. Une maxime qui doit être celle de tout historien et devrait être celle de tout journaliste … Une maxime latine qui était en quelque sorte le fil conducteur de cette belle cérémonie d’entrée au Panthéon puisque affichée en grand devant le monument.
Cette vérité qui commande de dire que c’est l’équipe de l’ignoble Francis André qui arrêta, à Lyon, le 8 mars 1944, sur le célèbre pont de la Boucle, aujourd’hui démoli, l’historien, avant de le livrer à Klaus Barbie. Emmanuel Macron l’a rappelé dans son discours. Mais il s’est bien gardé de préciser, comme aurait pu le commander la vérité, que ce Francis André avait été membre du PCF avant-guerre. La vérité commande de dire que les choses furent plus compliquées qu’on veut bien le dire aujourd’hui.
La vérité commanderait aussi de dire que c’est les Allemands qui assassinèrent Marc Bloch. Emmanuel Macron a dit « les nazis ». C’est vrai. Mais comme s’il fallait exonérer l’Allemagne de ses crimes alors que, par ailleurs, le même Emmanuel Macron, dans le même discours, n’a pas eu les mêmes pudeurs pour la France. La vérité commanderait encore de dire que le titre de « Compagnon de la Libération », comme l’a déclaré le chef de l’État dans son discours, n’est pas « le plus beau titre de la République » mais de la France. Car, faut-il le rappeler, dans l’Appel du 18 juin, le mot « République » n’est employé à aucun moment.
Toujours dans ce discours du président de la République, on aura bien saisi ses allusions à peine voilées, lorsqu’il évoque ceux qui sont :
Les premiers à trahir le peuple qu’au fond ils n’aiment pas.
Ceux qui se proclament plus Français que vous sont toujours les premiers à sacrifier la France aux intérêts de puissances hostiles et à entretenir l’esprit de défaite, poison lent …
La fascination de la force brute ou la révision historique qu’un peu partout l’on voit poindre.
On aura saisi ou, tout du moins, pour tout dire et dire la vérité, cru saisir…
Georges Michel pour Boulevard Voltaire.
Un autre twittos fut encore plus percutant :
Pour ma part, j’ajouterai que voir la petite fille de Marc Bloch entouré, dans cet endroit sacré de la République, de plusieurs représentants du parti antisémite qu’est LFI, est un véritable sacrilège.




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