Le titre de cet article résume la réponse de Christiane Taubira, alors Garde des Sceaux, aux députés qui lui reprochaient d’exclure l’esclavage arabo-musulman de sa loi mémorielle sur l’esclavage, crime contre l’humanité !
On devait comprendre que les jeunes Français de souche pouvaient endosser la responsabilité des crimes de leurs ancêtres, mais pas les jeunes Arabes vivant en France.
Un tel deux poids deux mesures est-il acceptable dans une démocratie ? Certes pas, mais il y a longtemps que la France n’est plus une démocratie !
Voici un article de Causeur qui dénonce l’exploitation de l’esclavage par la gauche :
Quand la mémoire de l’esclavage
devient un instrument politique
Alors que des pays africains réclament à l’Europe réparations et compensations, une question dérangeante reste soigneusement à l’écart : qui assume les responsabilités africaines et arabo-musulmanes dans les traites esclavagistes ? À force de chercher des coupables en Europe, la mémoire finit par oublier que l’histoire de l’esclavage fut tout sauf un récit à sens unique.
La journée restera historique pour la majorité des pays africains représentés à l’Assemblée générale des Nations unies (ONU). Le 25 mars 2026, une résolution portée par le Ghana a été adoptée par 123 voix pour, 3 contre, et 52 abstentions. Le texte reconnaît désormais la traite transatlantique des esclaves comme le « crime le plus grave contre l’humanité » et appelle notamment à engager une réflexion sur les réparations.
Dans la foulée, une conférence réunissant des États africains et caribéens à Accra, en juin, a adopté un plan en 19 points prévoyant notamment des excuses officielles, complètes et inconditionnelles, des compensations financières pour les populations africaines et afro-descendantes, la création d’un fonds mondial pour les réparations, l’allégement, voire l’annulation, de certaines dettes des pays concernés.
Le document paraphé par tous réclame également la restitution d’objets culturels, d’archives et de restes humains présents dans les musées occidentaux, le financement de mesures liées à la justice climatique, des dispositifs spécifiques en faveur des femmes et des jeunes filles victimes de l’esclavage, ainsi que des mécanismes facilitant le retour de membres de la diaspora africaine en Afrique et, dans certains cas, leur accès à la citoyenneté.
Si le document officiel ne donne de montant précis, ni ne dresse de liste nominative de pays appelés à payer, les revendications visent explicitement les États et institutions ayant bénéficié de la traite transatlantique et de ses héritages. De facto, les anciennes puissances européennes se trouvent au premier rang des nations concernées pour avoir participé à l’organisation d’un système de déportation massif, brutal et fondé sur la réduction de populations africaines en esclavage, dont les économies européennes et américaines ont également tiré profit.
Mais une question dérangeante mérite d’être posée – et qui, curieusement, semble encore peu présente dans le débat médiatique :
pourquoi la facture devrait-elle incomber exclusivement aux pays européens ?
Le commerce triangulaire, une pluralité d’acteurs
Une première précision historique s’impose. Les Européens n’ont pas inventé l’esclavage. Celui-ci existait en Afrique bien avant leur arrivée, comme dans le monde méditerranéen, au Moyen-Orient, en Asie et dans de nombreuses autres régions. Pour autant, cette réalité ne saurait minimiser la responsabilité des puissances européennes : la traite atlantique a profondément transformé l’ampleur, l’organisation et la logique économique du phénomène.
Les historiens estiment qu’environ 12,5 millions de captifs furent embarqués depuis l’Afrique dans le cadre de la traite atlantique, dont près de 10,7 millions survécurent à la traversée jusqu’aux Amériques.
Mais le système ne reposait pas sur des expéditions européennes sillonnant seules l’intérieur du continent africain à la recherche de captifs.
Les négociants européens dépendaient largement de réseaux africains pour leur approvisionnement.
Comme l’ont montré de nombreux travaux historiques, des captifs étaient conduits vers les comptoirs côtiers après avoir été faits prisonniers lors de guerres, de razzias ou de raids, puis vendus à des négociants européens.
Cette réalité ne diminue en rien la responsabilité des négriers européens de cette époque. Elle rappelle simplement que la traite atlantique fut un phénomène historique impliquant une pluralité d’acteurs et qu’il serait réducteur de présenter l’histoire comme un face-à-face entre une Europe exclusivement bourreau et une Afrique exclusivement victime.
La question de l’esclavage, un paradoxe africain
Bien avant que le toubab (« blanc », en dioula) ne débarque en Afrique, de nombreux royaumes africains avaient déjà institutionnalisé cette pratique.
Le royaume du Dahomey, situé dans l’actuel Bénin, constitue probablement l’un des exemples les plus embarrassants pour une lecture manichéenne et décolonialiste de l’histoire. Les travaux de l’historien Robin Law montrent que la montée en puissance du royaume fut étroitement liée à l’expansion de la traite. Cette monarchie participa directement à l’organisation de l’approvisionnement. Dans un premier temps, les rois s’appuyèrent notamment sur les captifs issus des razzias menées par l’armée puis à partir du XVIIIe siècle, le royaume devint également un intermédiaire entre les marchés de l’intérieur et les négociants côtiers, accumulant richesse et influence.
Le paradoxe est saisissant : un État africain pouvait tirer une partie de sa puissance du commerce d’autres Africains réduits en esclavage. Faut-il pour autant demander aujourd’hui au Bénin de « rembourser » les descendants des victimes ? La question montre immédiatement la difficulté du principe.
Le Bénin contemporain n’est pas le royaume du Dahomey et ne peut pas être juridiquement confondue avec la monarchie précoloniale. Mais si l’on refuse cette responsabilité au Bénin parce que l’État actuel n’est pas l’État historique, alors il faut expliquer pourquoi ce même raisonnement ne pourrait pas être invoqué pour les États européens contemporains.
Un continent, constellation de royaumes esclavagistes
Une autre simplification présentée par les partisans des réparations consiste à parler de « l’Afrique » comme si le continent avait été une communauté politique unifiée confrontée à l’Europe.
C’est anachronique !
Les sociétés africaines étaient constituées de royaumes, empires, cités, chefferies et communautés qui se faisaient la guerre. Un coup d’œil rapide à leur histoire démontre que des populations étaient capturées par d’autres populations sur la simple base de domination d’un royaume sur un autre, dans le but de les coloniser (ainsi que le fera l’Empire de Sokoto ou le royaume zoulou). Certaines étaient vendues, d’autres intégrées aux sociétés esclavagistes locales, d’autres encore envoyées vers les côtes. L’Empire Ashanti (ironiquement dans le Ghana actuel), l’Empire d’Oyo ou les monarchies Haoussas (au Nigeria), l’Empire du Kongo (Angola), le sultanat de Zanzibar (Tanzanie) ou certains royaumes et chefferies du bassin du lac Tchad (dont le Kanem-Bornou) ont indéniablement participé au commerce des esclaves, parfois vendus aux états barbaresques de l’Afrique du Nord.
Les Africains furent à la fois victimes, captifs, intermédiaires, résistants, marchands et parfois propriétaires d’esclaves. Il n’existe donc pas une « responsabilité africaine » collective mais bel et bien des responsabilités historiques africaines. La nuance est capitale.
La traite arabo-musulmane, le sujet qui fâche
Voici un autre sujet qui disparaît presque complètement du débat public. Pendant des siècles, les États barbaresques – Alger, Tunis, Tripoli et le Maroc – pratiquèrent la course maritime contre des puissances chrétiennes.
Les captifs chrétiens pouvaient être vendus comme esclaves en Afrique du Nord, selon un système de captivité et de mise en esclavage des chrétiens dans les États barbaresques. Le phénomène a laissé une littérature considérable de témoignages de captifs européens. L’étude de Bernard Capp sur les captifs britanniques dans les États barbaresques montre notamment comment ces prisonniers étaient confrontés à la servitude, aux conversions forcées ou négociées et à la question de leur identité religieuse.
Faut-il donc demander aujourd’hui à l’Algérie, à la Tunisie, à la Libye ou au Maroc des réparations à l’Europe ? Si l’on adopte un principe général de responsabilité historique des États contemporains pour les crimes commis par leurs prédécesseurs, la question peut légitimement encore être posée même elle rencontre exactement le même obstacle : les États actuels ne sont pas juridiquement identiques aux régimes qui les ont précédés.
L’Europe a produit des esclavagistes, mais l’Afrique également. Si les puissances européennes ont capturé, transporté et exploité des millions d’hommes, des royaumes africains ont eux aussi capturé, vendu et exploité des populations voisines. Si les négociants et les États européens ont tiré d’immenses profits de la traite, certains souverains, États et marchands africains se sont également enrichis grâce au commerce des captifs. Enfin, si les puissances européennes ont progressivement aboli la traite et l’esclavage, certaines autorités africaines résistèrent à leur suppression, précisément parce que l’esclavage constituait encore un pilier de leur puissance économique, sociale et politique.
Encore aujourd’hui, certains pays africains pratiqueraient un esclavage de fait comme en Mauritanie, régulièrement accusée par des ONG de continuer à réduire à la servitude les Haratines noirs, bien que l’esclavage ait été officiellement aboli en…1981, ou plus récemment en Libye comme l’a montré un documentaire effarant de CNN sur le sujet en novembre 2017.
Reconnaître les crimes de la traite européenne est nécessaire. Mais la justice historique ne peut être à géométrie variable. Demander à l’Europe de regarder son passé est légitime ; exiger qu’elle le fasse seule ne l’est pas. Si les réparations doivent devenir un principe universel, alors chaque société doit avoir le courage d’assumer sa propre histoire, y compris ses zones les plus sombres. L’Europe doit regarder ses négriers en face ; l’Afrique, ses royaumes esclavagistes ; le monde arabe, les traites transsahariennes et orientales.
Certains dirigeants d’Etats devraient méditer sur cette réflexion afin d’éviter de tomber dans une repentance à tout-va ou de formuler des demandes de compensation exagérées en tout genre : sans cette exigence d’universalité et de recontextualisation, la mémoire risque de devenir moins un devoir de vérité qu’un instrument politique.
Frédéric de Natal pour Causeur.




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