Comment définir la droite ?

Publié par le 11 Juin, 2018 dans Blog | 2 commentaires

Comment définir la droite ?

En écho, à mon précédent article sur la droite molle, je vous propose une chronique publiée par Denis Tillinac dans Valeurs actuelles.

Alors que la droite se cherche, se divise, se décompose, se recompose, il n’est pas inutile de se poser la question de l’identité de la droite aujourd’hui. C’est ce qu’a tenté de faire Denis Tillinac qui se faisait trop rares dans ce blog :

Malgré un renouveau intellectuel en sa faveur, la droite, qui répugne à se laisser corseter dans une idéologie, souffre encore d’une mauvaise réputation.

Denis Tillinac

Marion Maréchal va créer à Lyon une sorte de Sciences Po alternatif aux fins de contester le magistère intellectuel et moral de la gauche française, alors qu’il n’est pas loin du dépôt de bilan. Chacun dans son registre, des philosophes (Manent, Braque, Marion, Chantal Delsol, Rey, Bérénice Levet … ), des sociologues (Bock-Côté … ), des essayistes (Zemmour … ), des historiens (Gueniffey, Teyssier, Lentz, Petitfils … ) récusent les présupposés du sartrisme, du freudo-marxisme, des soixante-huitards et des théoriciens de la « déconstruction ». Ferry en avait d’ailleurs décrypté le nihilisme il y a plus de trente ans, en relais du diagnostic de Clair sur les impasses de l’art contemporain. L’évolution de penseurs venus de la gauche (Finkielkraut, Debray, Le Goff, Michéa, Julliard … ) confirme un changement de cap assez radical.

Certes, la classe politique et le système médiatique ressassent encore les poncifs longtemps en usage sur la rive gauche de la Seine; ils ont toujours du retard à l’allumage. Pour l’essentiel, le déminage est un fait accompli; l’outillage conceptuel d’un renouveau de la pensée achalande les librairies et les revues.

L’intellectuel de gauche reste une espèce protégée,
mais atteinte de sénilité et en voie de raréfaction.

Rien de plus inopportun en conséquence que de procurer à son manichéisme de quoi se refaire la cerise en claquemurant le mot « droite » dans un nouveau ghetto. Car ce mot souffre encore d’un discrédit moral dans notre inconscient collectif. Mieux vaudrait le sortir une fois pour toutes des ornières qui sont à l’origine de sa mauvaise réputation. À cet égard, le projet de Marion Maréchal est une mauvaise idée. On n’en retiendra que le nom de son initiatrice et son affiliation partisane. Si Lacan vivait encore, il noterait malicieusement la glissade sémantique du lepénisme au … maréchalisme. Nul ne conteste le talent, la sincérité et le charme rayonnant de ladite dame blonde; tous les jeunes gens un peu droitiers, un peu tradis et inconsolables de la déconfiture de Fillon en raffolent. Que d’aucuns, moins jeunes et plus droitiers, préméditent de la propulser sur le théâtre politique en se gargarisant hors de saison des préceptes de Gramsci, c’est l’affaire d’une faction. La droite – terme générique – ruinerait son crédit en plongeant tel Gribouille dans une mare idéologique où se reflètent de vieilles lunes.

En France, la frontière entre droite et gauche, héritée des guerres de religion et de 1789, a toujours été brouillée par des aléas impromptus. Nos grands hommes d’État ont tous improvisé des synthèses pour transcender le clivage enfanté par l’histoire: Henri IV, Richelieu, Napoléon, de Gaulle. La droite dans son cours méandreux n’a jamais été l’homothétique de la gauche mais l’incroyante de sa dogmatique pour des raisons tantôt métaphysiques, tantôt morales, tantôt esthétiques. C’est une allergie à l’air du temps, une mélancolie, un romantisme, un dandysme, quelquefois un passéisme. C’est le bivouac des coeurs meurtris, le soleil noir des âmes dépossédées.

Comment la définir après l’extinction des étoiles rouges dans le ciel des idées ?  Ordolibéralisme ? Conservatisme ? Ces « ismes » venus d’ailleurs ne sont d’aucun recours. Mousquetaire ou buissonnière, la droite ne se reconnaît qu’en des exaltations suscitées par des figures à haute teneur symbolique : le Cid de Corneille, le Cyrano de Rostand, d’Artagnan, Charles de Foucault, Mermoz, Tintin, le petit prince de Saint-Ex, les légionnaires de Cameron. Elle peut invoquer les mânes de Chateaubriand ou de Tocqueville; elle répugne par essence à se laisser corseter dans une idéologie. Impossible de la théoriser sans la défigurer. Donc impossible de l’enseigner.

Un seul constat mérite d’être rappelé: en France, l’extrême droite, appellation mal contrôlée, n’est pas une marge de la droite, mais un surgeon de l’extrême gauche n’osant s’avouer ses fantasmes éradicateurs.

Denis Tillinac pour valeurs actuelles.






2 Réponses à “Comment définir la droite ?”

  1. Deux types de droite, l’une qui imite la goche et l’autre celle de L Wauquiez qui essais de la mettre en avant.

  2. Micron l’a assez répété, il n’y a ni droite ni gauche donc ni extrême droite ni extrême gauche et encore moins de centre, cela me va car c’était trop simple de stigmatiser en rangeant dans une case telle ou telle pensée.
    Alors forcément,les bien-pensants sont déboussolés car eux sont là pour qualifier ou exclure du débat toute idée qu’ils jugent extrême ou de façon nouveau-monde « populiste » car effectivement il reste la geole nommée populisme où on interne les problèmes des Français pour lesquels il faut risquer sa carrière à travers sa renommée, son image.
    Pour ma part, je préfère voter pour un populiste qui se mouille que pour un bien-pensant qui ne se livre pas car il préfère sa carrière au destin de sa Nation ou Patrie.
    En effet LREM et constructifs issus des partis socialiste et les républicains ont un point commun avec l’ancien-monde et les gouvernances précédentes, certains problèmes des Français ne seront jamais abordés car balayés d’un revers de main.
    Denis Tillinac évoque lui l’ex-droite courant allant de l’UDI au RN en passant les Républicains mais il définit un courant culturel plutôt qu’un positionnement historique, politique et idéologique.
    Non « famille patrie » n’est plus un courant Pétainiste mais des orientations politiques en faveur de la famille dans le sens démographique du terme et patriotique pour remettre la Nation au cœur du débat identitaire.
    Non, dire que l’immigration de masse est un problème n’est pas un acte raciste mais ne rien faire pour juguler ce flux est un manquement grave mettant en péril la Nation Française.
    Non le tract des Républicains n’est pas choquant et ceux qui s’en offusquent ne sont plus Républicains et doivent se mettre en marche vers le nouveau-monde et bientôt courir pour fuir la chianli dans laquelle tout ces bien-pensants continuent de nous enfoncer.
    Oui M. Wauquiez à raison de se soucier des problèmes d’une partie grandissante des citoyens et ne pas laisser ces sujets traité uniquement par la famille Le Pen ou Maréchal pour faire le lit de la réélection d’un imposteur.
    Il fera aussi bien que ces prédécesseurs car il utilise les mêmes méthodes alors que la martingale est sous nos yeux. Ce n’est pas des ouvriers ou chômeurs migrants dont nous avons besoin mais des entreprises et c’est bien en rendant compétitif le prix du travail en le libérant des charges que nous rétablirons les comptes publics.
    Qui a connu le plus de croissance ces dernières années pendant que les autres se serraient la ceinture :
    Les actionnaires, stars du showbiz, vedettes de la TV et du Net, sportifs de haut niveau et notamment les footballeurs professionnels et les multinationales de la toile.
    Tout ce petit monde prospère grace à la publicité et les droits TV et en période de coupe du monde, cela saute aux yeux, les grandes marques versent des sommes astronomiques pour ces événements et de façon volontaire alors qu’elles rechignent à payer l’impôt.
    Voilà une bonne idée pour la droite pas molle, transférer des charges du travail sur la publicité acte volontaire.
    Diminuer le coût du travail et « en même temps » redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs. Si on jugule l’immigration, on diminue les dépenses publiques et on voit plus clair. Peu de TPE PME osent la publicité et c’est pour cela qu’elles sont mangées par les grands, cela doit aussi leur donner de l’air.

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