La parole à Xenia Fedorova

Publié par le 1 Août, 2026 dans Blog | 0 commentaire

La parole à Xenia Fedorova

Je clos ma série d’articles dédiés à la dénonciation de l’expulsion de Xenia Fedorova en lui laissant la parole, dans un tweet qui présente son dernier édito paru dans le JDNews :

Depuis quatre ans, il est devenu normal d’entendre le point de vue ukrainien.

Normal de l’inviter, de le relayer, de le traiter comme une évidence morale. En revanche, vouloir entendre un point de vue russe, non pour l’approuver, mais simplement pour comprendre la logique de l’autre camp, devient immédiatement suspect. L’écoute devient complicité. La nuance devient trahison. L’analyse devient propagande.

On peut défendre l’envoi d’armes, parler de guerre longue, évoquer une confrontation directe avec Moscou, présenter la Russie comme une menace existentielle pour l’Europe. Mais il devient presque interdit de poser une question pourtant essentielle : est-ce vraiment l’intérêt de la France ? On ne débat plus de souveraineté, d’énergie, d’équilibre continental ou d’indépendance stratégique.

Et voici son édito du JDNews.

J’en profite pour rendre hommage au courage des « médias Bolloré » : CNews, Europe 1 et le JDNews qui osent donner la parole à la journaliste, à contre courant de la grande majorité des médias !

D’ailleurs CNews et le groupe Lagardère ont publié un communiqué pour soutenir la journaliste qui collabore avec eux (voir en fin d’article).

Russophobie : le racisme qui ne dit pas son nom

Depuis 2022, une xénophobie politiquement acceptable s’est installée en France. Elle ne dit pas son nom, car elle se croit du bon côté de l’histoire. Elle ne vise pas officiellement les Russes, mais « la propagande », «l’influence », « le régime ». Pourtant, dans les faits, ce sont bien des artistes, des sportifs, des enfants, des familles, des voix russes ou simplement russophones qui ont été placés sous suspicion collective.

Au lendemain du déclenchement de la guerre en Ukraine, il n’a pas seulement été question de sanctions économiques ou diplomatiques. Très vite, la Russie comme Etat a été confondue avec tout un peuple, toute une culture, toute une langue. Des artistes russes ont été déprogrammés, des sportifs exclus ou contraints de concourir sans drapeau, des œuvres regardées avec méfiance, comme si Tchaikovski, Dostoïevski ou les danseurs du Bolchoï portaient collectivement la responsabilité d’une décision militaire. On a même vu, depuis Paris, une fédération internationale féline interdire les chats appartenant à des Russes ou élevés en Russie dans ses expositions. L’absurde aurait pu faire sourire s’il ne révélait pas quelque chose de plus profond : lorsqu’il s’agit de la Russie, certains interdits deviennent acceptables.

Ce climat n’est pas resté aux portes des institutions culturelles ou sportives. Il a fini par atteindre la société elle-même, jusque dans les écoles. Des parents de familles franco-russes ont raconté avoir vu leurs enfants interrogés, mis à l’écart, parfois sommés de se justifier pour une guerre qu’ils n’ont pas choisie, comme si leur origine familiale suffisait à les rendre suspects. Des étudiants, dans les universités, ont eux aussi été confrontés à des situations similaires. On leur demande de condamner la Russie comme on exigerait une preuve de loyauté.

La russophobie n’est pas une opinion courageuse. C’est une facilité sociale. Et lorsqu’une société commence à trouver normal de traiter une origine, une langue ou une culture comme une faute, elle ne défend plus ses valeurs. Elle révèle seulement à quel point elles deviennent fragiles dès qu’elles cessent de servir le récit officiel. Ce récit officiel a ses fabricants. Et c’est peut-être dans le paysage médiatique que la dérive apparaît le plus clairement : c’est là qu’elle a été organisée, légitimée, puis rendue presque banale. Depuis quatre ans, il est devenu normal d’entendre le point de vue ukrainien. Normal de l’inviter, de le relayer, de le traiter comme une évidence morale. En revanche, vouloir entendre un point de vue russe, non pour l’approuver, mais simplement pour comprendre la logique de l’autre camp, devient immédiatement suspect. L’écoute devient complicité. La nuance devient trahison. L’analyse devient propagande.

Est-ce vraiment l’intérêt de la France ?

Ce déséquilibre ne relève plus seulement d’un choix éditorial. Il est devenu une discipline collective. Le champ du dicible s’est rétréci. On peut défendre l’envoi d’armes, parler de guerre longue, évoquer une confrontation directe avec Moscou, présenter la Russie comme une menace existentielle pour l’Europe. Mais il devient presque interdit de poser une question pourtant essentielle : est-ce vraiment l’intérêt de la France ? On ne débat plus de souveraineté, d’énergie, d’équilibre continental ou d’indépendance stratégique. On répond par un mot infamant : collabo.

Ce mot, en France, devrait étre manié avec une extrême prudence. Il appartient à une histoire lourde, douloureuse, tragique. Il ne devrait jamais servir à disqualifier paresseusement ceux qui refusent l’alignement automatique. Pourtant, il est aujourd’hui jeté à la figure de ceux qui rappellent une évidence diplomatique : parler avec un pays n’est pas se soumettre à lui, commercer avec lui n’est pas l’adorer, défendre les intérêts français n’est pas trahir l’Ukraine.

Xenia Fedorova pour le JDNews.

Voici le communiqué des groupes Canal+ et Lagardère évoqué plus haut :

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